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Le bon et le mauvais patron

Après avoir déjà mis à la porte 147 personnes en février, Sunrise a annoncé une nouvelle vague de licenciements en septembre: 450 postes supplémentaires sont menacés. Cela signifie que 600 salariés risquent de se retrouver au chômage, face à l'angoissante perspective de ne pas retrouver de poste de travail. Et tout ça pour quoi? Selon plusieurs sources, citées notamment par les titres de Tamedia (société qui, elle aussi d'ailleurs, vire à tour de bras), ces licenciements pourraient avoir un lien avec les bonus du CEO de l'entreprise, André Krause. Pour toucher ses 15,4 millions de francs, le directeur doit atteindre des objectifs, qui l'auraient poussé à réduire drastiquement le nombre de salariés. Un PDG qui met 600 personnes à la rue pour grossir son compte en banque? Voilà qui a de quoi écœurer. Et justement, cette information a été largement relayée dans la presse. 

Mais il ne faut pas se tromper de combat. Certes, les agissements de certains patrons ultrariches et ultrarémunérés sont une source légitime d'indignation. Mais ces injustices flagrantes ne doivent pas laisser croire qu'il existerait une manière «correcte» d'exploiter ses employés. Qu'un licenciement collectif décidé par un patron moins tape-à-l’œil serait plus acceptable. Combien d'entreprises ont supprimé des dizaines de postes ces derniers mois sans que l'on questionne les dividendes versés aux actionnaires de ces mêmes boîtes, dont les directeurs assurent, la bouche en cœur, que les finances de leur société ne leur laissaient «pas le choix»? Souhaitons que le traitement des annonces de Sunrise soit un exemple pour la suite, et non une exception. Car les travailleurs demandent à pouvoir exercer leur métier dans la dignité et sans craindre pour l'avenir de leur famille tous les six mois. 

Parfois, une bonne blague résume mieux une problématique qu'une longue explication. C'est pourquoi on reproduit ici, avec quelques adaptations, le texte du sketch mythique des Inconnus sur les chasseurs: «Il y a le bon et le mauvais patron. Le mauvais patron, il voit une opportunité et il licencie massivement. Le bon patron, lui, il voit une opportunité et, bon... Eh bien, il licencie massivement, mais voilà, quoi, c'est pas pareil.» Ne devenons pas les personnages de ce nouveau sketch. Et rappelons que, contrairement à la galinette cendrée des Inconnus qui ne peut être que la victime des chasseurs, les salariés, eux, ont des moyens à leur disposition pour contrer les politiques antisociales menées par les patrons, bons ou mauvais. Des moyens qui forment l'essence même d'un syndicat: l'union et la lutte. 

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