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Le syndicalisme comme remède

portrait Magali Mangin
©Olivier Vogelsang

Magali Mangin milite à Unia Aargau-Nordwestschweiz depuis son arrivée à Aarau, il y a environ trois ans.

«Des soirs, je voyais mon père rentrer des séances avec la direction dans un état…» Lorsqu’on parle engagement syndical avec Magali Mangin, très vite, la figure paternelle apparaît. Il faut dire que ce mécanicien s’est engagé durant 35 ans à la CFDT en France pour défendre ses collègues, au sein d’une coopérative agricole. Le chemin de celle qui a grandi dans la Meuse était donc tout tracé: «Comme lui, je n’accepte pas l’injustice. En voyant mon père se battre pour la reconnaissance des heures supplémentaires des salariés ou contre le harcèlement moral subi par les travailleurs, ça m’a tout de suite semblé logique de prendre soin des autres.»

Avec cet état d’esprit, quoi de plus normal que d’envisager une carrière dans la médecine. Oui mais voilà, même si elle ne les supporte pas, Magali Mangin va vite être confrontée aux injustices. «Médecine, c’est neuf ans d’études. Mes parents ne pouvaient pas m’entretenir sur une si longue période.» L’étudiante se redirige vers la biochimie. Elle suit ses cours durant l’année scolaire et enchaîne les petits boulots durant les vacances.

Dix ans d’errance

Elle se lance ensuite dans une licence professionnelle, suivie d’un Master en alternance à Strasbourg. Bac +5 en poche, elle se met à chercher un travail… mais là aussi une certaine injustice va frapper. «A l’université, on nous disait que des profils sans expérience professionnelle auraient peu de chance d’aboutir à un engagement. Donc j’ai trouvé des stages, j’ai obtenu mon Master avec mention, mais impossible de trouver un job en France. A chaque entretien, on me disait qu’il me fallait plus d’expérience.» Après une année sans emploi, la Lorraine sait que son profil ne passera plus dans son pays.

Direction la Suisse, paradis de l’industrie pharmaceutique? Pas tout de suite. C’est d’abord l’Allemagne, pays qui attirait déjà son conjoint depuis longtemps, qui va ouvrir ses bras au couple. «A cette époque, beaucoup de Syriens venaient se réfugier en Europe. En Allemagne, des cours de langue intensifs s’ouvraient. Pendant neuf mois, j’ai appris l’allemand avec des personnes venues de toutes les régions du monde. C’était très enrichissant!» La roue commence à tourner.

«En voyant mon père se battre pour la reconnaissance des heures supplémentaires des salariés ou contre le harcèlement moral subi par les travailleurs, ça m’a tout de suite semblé logique de prendre soin des autres»
Magali Mangin, militante Unia

Elle obtient un contrat à durée déterminée (CDD) de six mois, au terme duquel elle reçoit trois offres d’emploi dont – ironie du sort – une en France! Mais le poste qui lui est proposé en Allemagne est plus attractif. «Je passais du labo à la production et c’était un challenge que je voulais relever.» La particularité pour Magali Mangin, c’est qu’elle n’est pas directement employée par les entreprises pour lesquelles elle travaille. Sous contrat avec une boîte de consulting, elle obtient ensuite des missions dans des sociétés pharmaceutiques. Et même si son travail est passionnant, construire une vie devient difficile pour la jeune femme et son conjoint. «Lorsqu’on est consultant, on vit de contrats de quelques mois. Ça veut dire qu’on ne peut pas s’installer durablement dans un logement, et les baux de six mois sont difficiles à trouver. J’ai vécu en coloc, dans des caves… Alors quand on m’a proposé une place en Suisse, en CDI, j’ai démissionné dans le mois qui suivait. Même pas pour le salaire, mais parce qu’après dix déménagements en dix ans, j’en avais marre.»

Un engagement multiple

Direction Zofingen, en Argovie, où la Française rejoint la société Siegfried, comme manager de projet analytique. En résumé, Magali Mangin s’assure de la qualité des principes actifs qui se retrouvent dans les médicaments et prépare les déviations à mettre en place dans la chaîne de production en cas de problème, entre autres tâches. Et à l’inverse de sa vie professionnelle, son activité politique, elle, reste très stable. A Munich comme en Suisse, l’ingénieure milite au sein de La France insoumise. Un engagement qui prend de nouvelles formes à Aarau, où elle travaille actuellement, puisque à la politique va s’ajouter le syndicalisme. «Pour moi, tout le monde devrait être syndiqué. Mais comme consultante, c’était impossible. Et en Suisse, je ne connaissais pas vraiment le fonctionnement des organisations. Mais quand j’ai découvert le Manifeste du care d’Unia, je m’y suis totalement retrouvée. Je me battais déjà exactement pour ça. J’ai vu mon grand-père dépérir en maison de retraite, avec des soignantes sous-payées et surmenées. C’est pour améliorer ces situations que je me bats. Et j’ai découvert avec Unia une organisation qui menait le même combat.»

Magali Mangin adhère à Unia et va même pouvoir unir ses deux engagements politiques en organisant un atelier des lois de La France insoumise à Genève, où il est justement question de s’inspirer du Manifeste du care d’Unia pour élaborer le programme qui portera peut-être Jean-Luc Mélenchon à la présidence de la France. Une action qui résume bien l’engagement de l’ingénieure qui se bat pour la santé de tout le monde, professionnellement et à travers un syndicat. Un peu comme un certain mécanicien d’une coopérative agricole le faisait avant elle. 

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