A Genève, le personnel des soins est prêt à se battre
À Genève, où les EMS et les cliniques privées sont soumis à deux conventions collectives de travail distinctes, la situation est loin d’être sereine.
Réunis au siège d’Unia, une trentaine de travailleuses et travailleurs de la branche ont affûté leurs arguments en vue de la grève du care du 14 juin prochain.
Plonger aujourd’hui dans le monde des soins de longue durée, au sein des EMS ou des cliniques privées, c’est découvrir un secteur en détresse. Épuisement du personnel, pénurie de main-d’œuvre, salaires proches de l’indécence et mal-être des résidents sont autant de symptômes désormais bien connus, qui touchent depuis des années, avec une acuité croissante, l’ensemble des métiers concernés: des soignants aux animateurs, en passant par les services techniques et les blanchisseries. Autant dire que la rencontre organisée le 21 octobre au soir par Unia Genève, dans ses locaux, à l’intention des travailleuses et travailleurs de la branche, promettait d’être intense. La colère s’est exprimée ici et là, froide, contenue, souvent poignante. Mais un autre sentiment s’est également imposé: celui de la solidarité et de la cohésion, dans une salle où une trentaine de participantes et participants s’étaient réunis.
Un législateur qui trahit
Cette rencontre a manifestement porté ses fruits en matière de mobilisation. Elle a permis de faire le point sur les luttes qui se profilent à l’horizon. Car il s’agit, encore et toujours, de faire aboutir des revendications plébiscitées par la population suisse en 2021, mais depuis largement trahies par le législateur. Celles, précisément, défendues par l’initiative pour des soins infirmiers forts. Responsable national de la branche chez Unia, Enrico Borelli a rappelé les tergiversations du Parlement. «Le Conseil fédéral a présenté un projet de loi timide, qui a été détricoté sur tous les points défendus par les initiants.» A l’heure des premiers bilans, seul le renforcement du financement de la formation a été maintenu, la Confédération ayant alloué un milliard de francs pour les huit années à venir.
Cela ne suffit pourtant pas. Tout un ensemble de mesures destinées à fidéliser les professionnelles et professionnels dans leur métier reste en suspens. Selon le dernier rapport de l’Observatoire suisse de la santé (Obsan), publié en septembre dernier, 25 % du personnel fraîchement diplômé quitte la profession au cours de sa première année d’activité. À 40 ans, seuls 47 % des employés sont encore actifs dans la branche. «Compte tenu du vieillissement de la population et de l’augmentation des besoins dans ce domaine, la Suisse aura besoin de 50 000 soignantes et soignants supplémentaires d’ici à 2034», rappelle Enrico Borelli. De quoi justifier une mobilisation d’ampleur, aux échelons local et national, pour engager une véritable transformation de la société, telle que la préconise le Manifeste du care. Celui-ci plaide notamment pour des effectifs suffisants et des mesures permettant d’alléger la charge de travail, une réduction du temps de travail sans baisse de salaire, ainsi qu’une participation accrue des professionnelles et professionnels à l’organisation du travail.
À Genève, où les EMS et les cliniques privées sont soumis à deux conventions collectives de travail distinctes, la situation est loin d’être sereine. Les nombreux témoignages recueillis lors de la réunion en attestent. L’un des salariés présents a ainsi évoqué, avec pudeur et émotion, une réalité que partagent de nombreuses personnes: «Les directions des établissements savent comment porter atteinte à leurs employés. Elles font en sorte qu’on se sente coupable, qu’on se dise qu’on est mauvais. Elles instillent en nous un poison qui agit lentement, sans qu’on s’en rende vraiment compte.»
Une action à Berne
Face à ce mal-être, Yves Defferrard, secrétaire régional d’Unia Genève, et Balmain Badel, responsable du secteur tertiaire au sein de la même section, ont rappelé que l’amélioration des conditions de travail dans la branche constituait une priorité absolue pour le syndicat. Des moyens seront mobilisés pour obtenir des résultats concrets. Au lendemain de cette rencontre, Enrico Borelli en tire un bilan positif: «Il y a de toute évidence, chez les soignantes et les soignants, une volonté de sortir de situations de conflits personnels et d’inscrire leurs problèmes dans un combat collectif. On constate aussi que, lorsque le syndicat est très présent sur les lieux de travail, comme c’est le cas à Genève, les salariés adhèrent au mouvement. Enfin, cette participation a permis de renforcer le comité des soins d’Unia Genève, ce qui est particulièrement réjouissant.
À l’échelle nationale, l’ensemble de la branche a désormais rendez-vous à Berne, le 28 novembre prochain. Une action y rappellera le cinquième anniversaire de l’approbation de l’initiative pour des soins infirmiers forts.