Aller au contenu principal
Menu

Thèmes

Rubriques

abonnement

«Si on n’augmente pas la TVA pour financer l’AVS, elle plongera dans les déficits»

Des militants défendent la 13e rente AVS à La Chaux-de-Fonds
©Thierry Porchet/archives

Toute la gauche s'était mobilisée pour obtenir une victoire sur la question de la 13e rente AVS, comme ici à La Chaux-de-Fonds.

Alors qu’on vote le 29 novembre sur le financement de la 13e rente AVS, une minorité de la gauche a rallié le camp du non. Interview de Pierre-Yves Maillard, président de l’Union syndicale suisse.

C’était l’une des grandes victoires récentes de la gauche et des syndicats dans les urnes. Le 3 mars 2024, la population suisse approuvait à plus de 58% l’introduction d’une 13e rente AVS, qui sera versée pour la première fois en décembre prochain. Mais la question de son financement, sur laquelle nous voterons le 29 novembre, est une autre paire de manches. Après de nombreux allers-retours entre les Chambres fédérales, la solution d'un double financement – par le biais de la TVA et des cotisations salariales – a été rejetée d'un cheveu par la majorité de droite, qui n'a retenu que la hausse de la TVA de 0,4%. Malgré cet échec, le Parti socialiste suisse (PS) et l’Union syndicale suisse (USS) font campagne pour cette hausse, afin de ne pas mettre les finances de l’AVS dans le rouge. Mais la section genevoise du PS, la Jeunesse socialiste suisse et le Syndicat des services publics (SSP) ont rallié le camp du non. Le président de l’USS, Pierre-Yves Maillard, réagit à cette dissidence, qui complique la campagne de votation.

Pierre-Yves Maillard, êtes-vous inquiet face à la division de la gauche, à deux mois de la votation sur la 13e rente AVS?
Lors de l’assemblée des délégués de l’USS en août, il y a eu un débat approfondi, où chacun a pu s’exprimer. Plus de 80% des délégués ont approuvé cette hausse de la TVA. La minorité est essentiellement concentrée au SSP, mais dans tous les autres syndicats, il y a un fort soutien pour le oui. Cette position est aussi défendue par l'écrasante majorité des forces de gauche, puisque le Parti socialiste s’est prononcé pour à 80% et que les Verts y sont également favorables. Les voix très minoritaires à gauche et dans les syndicats qui font campagne pour le non endossent une lourde responsabilité, car elles s’ajoutent à la campagne de l'UDC et du PLR contre l’USS. 

Mais ne vaudrait-il pas mieux rejeter ce compromis décevant et remettre l’ouvrage sur le métier?
On est bien d'accord qu’augmenter la TVA n'était pas notre solution pour la 13e rente AVS. Notre modèle de financement favori, ce sont les cotisations sociales. C’est plus équitable puisque les gens aisés et les entreprises paient davantage. Au Parlement, Nous nous sommes battus pour cette option-là, jusqu’à ce qu’elle soit définitivement écartée par la majorité de droite. Il ne restait plus alors qu’une hausse très modérée de la TVA pour l’AVS. Nous devons prendre nos responsabilités. Dans la réalité du rapport de force politique actuel, ce n’est plus le match entre TVA et cotisations sociales qui compte, mais celui entre financer l'AVS ou ne pas la financer et la laisser plonger dans les déficits. La place financière suisse et ses relais à l’UDC et au PLR font désormais la même chose avec l’AVS qu’avec l’Etat: une politique des caisses vides pour imposer leurs réformes impopulaires. Et leur obsession, c’est la hausse de l'âge de la retraite. Ils savent qu’il leur faut une AVS déficitaire pour arriver à leurs fins.

Que se passerait-il en cas de non dans les urnes le 29 novembre?
Si c'est non, l'AVS ne sera de loin pas en faillite. Elle n’a pas de dettes et possède 60 milliards de francs de fortune, qui génèrent en principe un bon milliard de revenu annuel. En plus de ça, il y a dans les comptes annuels un excédent structurel d’environ 2 milliards entre les recettes et les dépenses. Cela fait donc un total de 3 milliards, et la 13e rente va coûter 4,5 milliards par an. Donc, nous aurons rapidement un déficit de 1 à 2 milliards. La fortune de l’AVS permettrait de l’absorber pendant un certain temps, mais cela rendrait la bataille pour les réformes à venir beaucoup plus difficile. Si on veut aborder le prochain débat sur les rentes de veuve et les rentes de couple sans la pression des déficits, il faut que la hausse de la TVA soit acceptée. Je ne peux pas m'imaginer que des syndicats ou des forces de gauche mènent une campagne active affaiblissant à ce point-là nos chances d’obtenir une réforme acceptable pour les femmes, surtout une année de grève féministe. 

Mais ces temps-ci, les gens ont tendance à voter avec leur porte-monnaie…
Il faut mesurer ce que représente ce 0,4 point de TVA sur le pouvoir d’achat des ménages. Par exemple, pour une paire de jeans à 100 francs, c’est 40 centimes. Au total, on estime que ça représenterait entre 7 et 12 francs par mois pour les salaires modestes et moyens. Et la TVA ne sera pas augmentée pour les biens de première nécessité. Ce qui affaiblit le pouvoir d'achat, ce sont les hausses de primes d’assurance maladie.

Pour aller plus loin

La ville de Lucerne dit «oui» au salaire minimum

Lucerne vue panoramique

Appelés à se prononcer sur l’abrogation du dispositif, les citoyens ont validé son maintien par 67,6 % des votants. Un signal fort en vue du référendum national.

Services publics en soldes

Manifestation contre initiative 12% à la gare de Lausanne

Genève doit voter sur la contraception gratuite

pillules contraceptives

Le 27 septembre, les électeurs du bout du lac trancheront sur une initiative du Parti socialiste qui souhaite rendre gratuits les moyens de contraception. Enjeux.

Les locataires en danger à Genève

Meyrin

Sous prétexte de faciliter l’accès à la propriété, une loi veut supprimer des protections contre les congés-ventes, dénonce l’ASLOCA. Les Genevois votent le 27 septembre.