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Les syndicats vaudois unis contre la destruction du bien commun

Conférence de presse syndicale
©Olivier Vogelsang

Huit organisations syndicales se sont réunies à la Maison du Peuple pour dénoncer les dangers de l'initiative 12%.

Les Vaudois se prononceront le 27 septembre sur l’initiative 12%. La baisse d’impôt prévue ne bénéficierait qu’aux plus riches, dénoncent les représentants des travailleurs.

Un bruit sourd s'échappe de la salle Jean Jaurès, à la Maison du Peuple de Lausanne. À l'intérieur, plusieurs représentants des syndicats vaudois – du secteur privé comme du service public – s'affairent, à grand coup de poing, à coller une affiche contre le mur qui se trouve derrière eux. La conférence de presse syndicale contre l'initiative ultralibérale des 12% n'a même pas commencé et tout est dit: les salariés doivent s'unir contre cette attaque qui les touchera tous, qu'ils soient fonctionnaires ou usagers des services publics.

Unia, SPV (Société pédagogique vaudoise), SSV (Syndicat de la sûreté vaudoise), SEV (Syndicat du personnel des transports), Syndicom, SSP (Syndicat des services publics), Fédération syndicale SUD, AVIVO et même l’USS (Union syndicale suisse) en la personne de son président Pierre-Yves Maillard… la liste des organisations présentes ce jeudi 27 août ­– qui parlent au nom de leurs dizaines de milliers de membres – est longue. «Tous les employés seront touchés quotidiennement par les coupes qu'implique cette initiative, si elle est acceptée, a résumé Raphaël Ramuz, secrétaire syndical au SSP Vaud. Il y a une solidarité entre salariés du public et du privé, car chacun sait bien que la dégradation des conditions de travail des uns ne va pas améliorer celles des autres. Au contraire, ce sera un prétexte pour donner un coup de vis dans toutes les branches.»

Des coupes qui se ressentiront

Il faut dire que les effets attendus en cas de «oui» sont dramatiques. Éducation, soins, transports publics ou sécurité: tous les services de l'Etat, dont chaque Vaudois profite, sont en danger. «Nous sommes déjà sous pression, alerte Lucie Kemmling, coprésidente de la SPV. Le plus gros risque, c'est de voir le nombre d'élèves par classe augmenter, avec pour conséquence moins de disponibilité pour les élèves et donc un moins bon apprentissage pour eux. On ne pourra pas faire plus avec moins de moyens.» Elle est rejointe dans son raisonnement par Ludovic Vienne, président du SSV. «Le Conseil d'Etat chiffre la diminution des recettes fiscales provoquée par l'initiative à 272 millions de francs par année. C'est plus que le coût de toute la Police cantonale vaudoise. Cela signifie concrètement que certaines affaires seront classées, faute d'enquêteurs. Quand les moyens manquent, on sait que ce sont les enquêtes de fond qui sont sacrifiées.»

Notons que ce manque à gagner de 272 millions de francs s’ajoute aux baisses de revenus déjà enregistrées ces dernières années. Le Conseil d’Etat, à majorité de droite, a déjà fait passer une baisse d’impôt de 5%, qui profite principalement aux contribuables les plus aisés et aux entrepreneurs. Et ce sera encore plus le cas avec l’initiative 12%, puisqu’à ces 5% s’ajouteront 7% de diminution de l’impôt sur le revenu et 12% de baisse de l’impôt sur la fortune. Il suffit d’ailleurs de se rendre sur le site des initiants afin de savoir pour qui a été créé ce texte. La section témoignage, qui doit montrer la réalité de Vaudois broyés par l’impôt n’expose en fait… que des patrons.

Quelle baisse, pour quel ménage?

Si l’initiative est acceptée, selon les calculs du Canton, une famille avec deux enfants qui gagne 80 000 francs bruts par an économiserait 2 francs d’impôt par année. Au contraire, l’Etat ferait un beau cadeau à la même famille si elle gagnait 325 000 francs par an. Avec l’initiative, ce ménage paierait 1320 francs d’impôt en moins chaque année. M.G.

Trois questions à Arnaud Bouverat, secrétaire régional Unia Vaud

Huit organisations syndicales sont ensemble pour dénoncer l’initiative 12%. C’est rare de voir une telle union?
Nous travaillons souvent ensemble, mais être tous réunis pour une conférence de presse spécifiquement syndicale, c’est assez exceptionnel, en effet. A mes yeux, cela montre la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Un «oui» le 27 septembre aurait des conséquences désastreuses pour de très nombreux Vaudois et Vaudoises.

On parle de coupes potentielles dans le secteur public. Pourquoi Unia milite-t-elle activement contre cette initiative?
Parce que tout le monde subira ces coupes. On sait que les prestations complémentaires (PC) famille ou les subsides seront attaqués si l’Etat doit faire des économies. Or nos membres sont parmi les premiers bénéficiaires de ces mesures, car beaucoup d’entre eux sont des travailleuses et des travailleurs aux revenus modestes. Ils sont par ailleurs des usagers des services publics dans lesquels on coupera. Les quelques francs qu’ils «gagneront» sur leur fiche d’impôt ne compensera pas les prestations auparavant publiques pour lesquelles ils devront payer si l’initiative passe.

Des travailleurs pourraient aussi être touchés plus directement?
Oui, parce que les entreprises publiques ou subventionnées font aussi appel à des sociétés privées pour certaines tâches. Je pense par exemple aux blanchisseuses. Les hôpitaux sont de très gros clients dans cette branche. Or, si les hôpitaux doivent faire des économies, la pression sera aussi reportée sur l’entreprise de blanchisserie lors de l’attribution du marché public. Et la société reportera elle aussi cette pression sur ses employées. C’est un mécanisme qu’on voit déjà, et qui s’accentuera en cas de «oui». M.G.

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