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Rêver la Suisse du 14 juin

Lançons un défi. Que les historiens plongent dans les annales et les archives les plus reculées du pays et se laissent guider par une question simple: à quand remonte une journée aussi chargée, sur les plans politique et sociétal, que celle qui nous attend le 14 juin prochain? Sans doute les plus affûtés des limiers ne trouveraient-ils pas, dans le passé, d’équivalent à la hauteur de ce que nous allons vivre d’ici moins d’un mois. Dans quelques semaines, des millions de personnes retiendront leur souffle en attendant avec impatience les premiers résultats de scrutins cruciaux pour l’avenir de la Suisse. D’autres auront les yeux rivés sur des enjeux de politique cantonale dont l’issue dépendra également de la volonté populaire. Enfin, d’autres citoyens encore descendront dans les rues ou observeront de loin ce que dira l’espace public lors de manifestations qui menacent de déborder.

Cet imposant catalogue nous fait frémir tout en nous autorisant – mieux encore, en nous poussant – à rêver au plus beau des scénarios. Alors rêvons. Imaginons qu’au réveil du 15 juin, en ce lundi qui nous rapprochera un peu plus de l’été, Genève aura fait face avec sérénité, mais aussi avec rage et opiniâtreté, aux grandes injustices géopolitiques et économiques qu’incarne ce club de pays nantis qu’est le G7. Imaginons encore que les autorités du canton, récemment condamnées par la Cour européenne des droits de l’homme pour ne pas avoir respecté le droit de manifester, auront accordé aux milliers d’opposants aux géants réunis à Évian la légitime liberté d’exprimer leur opinion. Et souhaitons que tout cela se déroule sans déprédations, sans vitrines brisées ni affrontements avec les forces de l’ordre.

Rêvons encore. Que les citoyens du canton de Vaud se prononcent en faveur de l’introduction d’un salaire minimum; que celui-ci soit inscrit dans la Constitution et gravé dans la loi, comme le proposent les deux initiatives soutenues par les partis de gauche et les syndicats, dont Unia. Et que le contre-projet défendu par le Conseil d’État soit balayé, lui qui veut accorder la primauté aux salaires fixés par les conventions collectives de travail tout en y ajoutant de nombreuses exceptions qui vident de sa substance cette noble aspiration. Souhaitons également que les Genevois s’opposent à l’ouverture des commerces de détail deux dimanches par an sans encadrement par la CCT de la branche.

Un dernier rêve? Ce sera le plus beau. Que l’initiative du chaos portée par l’UDC fasse naufrage, elle qui n’apporte aucune réponse concrète aux problématiques qui traversent notre société. Un «non» nous permettra de rester connectés à l’Europe, à la libre circulation des personnes et aux traités garantissant l’accès à un marché dont la Suisse ne peut se passer. Il écartera, ce «non», des scénarios catastrophes sur le front du financement de l’AVS, qui serait sinon gravement compromis. Il permettra de répondre de manière satisfaisante aux besoins de main-d’œuvre dans des secteurs essentiels comme les soins, la construction ou l’hôtellerie-restauration. Enfin, il empêchera la résurgence du statut dégradant de saisonnier, qui a laissé de profondes cicatrices chez les migrants et leurs enfants.

Dans le flot de cette impressionnante actualité, retenons encore une autre noble aspiration, celle que nous offre depuis plusieurs années le 14 juin: une société où les femmes n’auraient plus besoin de faire grève ce jour-là pour réclamer l’égalité avec les hommes. Alors, pour cette cause comme pour toutes les autres évoquées ici, accrochons-nous à la célèbre phrase d’Eleanor Roosevelt: «L’avenir appartient à ceux qui croient à la beauté de leurs rêves.»

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