Sans porter un regard totalement naïf sur la réalité du racisme de nos jours, on pensait quand même que les mentalités avaient un peu évolué depuis l’époque de l’esclavage, du colonialisme et de la ségrégation. Et que – hors des défouloirs que sont les réseaux sociaux – certaines choses n’étaient plus possibles au XXIe siècle sous nos latitudes. Comme, par exemple, traiter publiquement les personnes d’origine africaine de singes. Eh bien si, c’est possible! Qui plus est dans des médias grand public. La récente élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis, lors des municipales françaises, a donné lieu à des commentaires abjects à l’antenne. Ainsi, cet élu de La France insoumise (LFI), d'origine malienne, a été comparé à un Homo sapiens, à un grand singe et à un chef de tribu... Des propos d’une violence inouïe, tenus, entre autres, par l’ex-philosophe de gauche devenu polémiste réactionnaire, Michel Onfray. On se pince!
Cela rappelle la vidéo partagée début février par Donald Trump sur son réseau Truth Social, où un montage représentait Barack et Michelle Obama en singes. Avec le glissement vers le fascisme auquel on assiste dans tous les coins de la planète, ce genre d’opinions nauséabondes s’expriment de façon de plus en plus décomplexée. Quand les idéologies extrêmes montent en puissance et que des dirigeants du plus haut niveau usent eux-mêmes d'une rhétorique outrancière, cela incite les gens à se lâcher. La Suisse n'est d’ailleurs pas en reste, au contraire. Souvenez-vous de la fameuse affiche de l’UDC avec le mouton noir que des moutons blancs chassaient à coups de sabots. La discrimination raciale a aussi tendance à gagner du terrain dans notre pays. Le dernier rapport du réseau de centres de conseil pour les victimes de racisme fait état d’une hausse de près de 40% des incidents signalés entre 2023 et 2024. Le plus inquiétant, c’est que ceux-ci se produisent en premier lieu dans le domaine de l’éducation, notamment à l’école obligatoire.
L’auteur de ces lignes a lui-même été le témoin indirect d’insultes racistes fusant dans les cours de récréation, où des élèves en traitent d’autres – métis ou d’origine africaine – de singes. Il a surtout pu constater que les établissements scolaires font parfois preuve d’un certain laxisme face à de tels comportements, et ne saisissent même pas l’occasion annuelle de la Semaine d’actions contre le racisme, qui a eu lieu récemment, pour faire de la prévention dans les classes. Pourtant, l’enseignement ne sert pas qu’à apprendre à lire, écrire et compter, mais aussi à vivre ensemble. Certes, l’éducation familiale joue un rôle crucial et les parents doivent assumer leur part de responsabilité. Mais quand ils ne le font pas – ou pire, que ce sont eux-mêmes qui inculquent des idées racistes à leur progéniture –, l’école est la mieux placée pour détecter ces agissements, qui surviennent de plus en plus souvent entre ses murs, et pour faire prendre conscience aux jeunes de leur caractère intolérable, voire potentiellement pénal. La sensibilisation à la diversité et à la tolérance ne devrait pas être une option à l’école, mais faire partie intégrante du programme scolaire. Le racisme est un fléau qu’il faut combattre à la racine.