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«Nous espérons délivrer un message d’espoir»

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© DR

Image tirée du flim Le Vivant qui se défend de Vincent Verzat, un des documentaires majeurs du Festival.

La 21e édition du Festival du film vert se déroulera du 7 mars au 12 avril prochains. Entretien avec son directeur, Nicolas Guignard, qui conserve son enthousiasme intact en dépit d’un recul de la question environnementale.

Plus de 75 documentaires, quelque 500 projections, 114 endroits dans deux pays: le Festival du film vert rouvrira ses portes du 7 mars au 12 avril prochains. Unique manifestation francophone de cette ampleur consacrée à la durabilité et à l’environnement, l’événement se déroulera dans différents lieux de Suisse romande, mais aussi au Tessin et dans des régions de France. A vocation culturelle et écologique, traitant de thèmes locaux et internationaux, cette nouvelle édition, 21e du genre, poursuivra sa mission de sensibilisation à la question climatique tout en y insufflant de l’espoir. Son créateur et directeur, Nicolas Guignard, en dessine les contours avec un enthousiasme intact, soulignant l’essor pris par l’initiative – pas moins de 24000 spectateurs et spectatrices l’an dernier. Et ce quand bien même il juge les temps difficiles pour l’écologie.

Quels messages entend véhiculer la 21e édition du festival?
Au-delà de l’information et de la sensibilisation du public à la problématique environnementale – la nécessité de protéger le climat et la biodiversité est aujourd’hui largement partagée –, nous espérons délivrer un message d’espoir, d’optimisme.

Un parti pris dans un contexte qui pourtant n’est pas favorable.
Oui, les temps sont durs. Le contexte se révèle très déprimant depuis le retour au pouvoir de Trump, qui mise sur le tout pétrole et détricote les engagements climatiques. La loi du plus fort s’impose en force. Nous devons entrer dans une forme de résistance. Il est indispensable de montrer d’autres possibilités de vivre et d’agir, de ne pas se résigner.

Deux films phares illustreront notamment cette volonté de ne pas baisser les bras...
Il s’agit des coups de cœur du comité de programmation du festival. Le documentaire Eclaireurs, d’Arthur Gosset, suit des travailleurs qui ont dû adapter leur métier en raison des changements climatiques. Un film original qui parle de résilience. Le Vivant qui se défend, de Vincent Verzat, retrace pour sa part le cheminement militant du réalisateur. Celui-ci prend le temps de la réflexion sur sa recherche d’équilibre entre combat et contemplation de la nature. Il s’agit de deux œuvres inspirantes.

Vous avez créé ce festival. Qu’est-ce qui a changé depuis son lancement en 2006?
Le nombre de spectatrices et de spectateurs, en constante hausse. Mais aussi le ton des films. Au début, l’accent était plus alarmiste. Risques et vérités dérangeantes étaient portés à l’écran. Aujourd’hui, les personnes ont pris conscience des dangers. Les réalisateurs n’insistent plus sur ces derniers, car le public les connaît. Et mesure l’impact du dérèglement climatique, ses conséquences sur l’alimentation, l’énergie... Il reste en revanche moins informé sur les questions de déforestation et d’accaparement des terres. 

Le Festival du film vert ne draine-t-il pas seulement un public de personnes déjà convaincues par la nécessité d’agir?
Non, il n’y a pas seulement des végétariens qui votent pour le parti des Verts. Le Festival attire aussi pas mal de curieux. La fréquentation augmente quand bien même l’écologie ne se trouve pas en tête de liste de l’agenda politique. Bien sûr, il y a également nombre de convaincus qui participent à l’événement, mais c’est aussi précieux. Et les films et débats qui les accompagnent, souvent en présence des réalisateurs, sont très appréciés et contribuent à leur donner de bons arguments pour persuader d’autres personnes d’agir.

Comment expliquez-vous le recul du climat sur la liste des priorités de la population et du politique?
Nous vivons dans un monde bouleversé par des guerres et en pleine incertitude économique et sécuritaire. On se trouve dans le court terme, l’immédiateté, plus intéressés de savoir quelle sera la hauteur des taxes douanières, ce qui va se passer au Groenland, quels sont les risques d’extension des conflits... que de connaître l’évolution de l’environnement. On vit dans la peur. Le climat, c’est un sujet qui s’étend sur le temps du long terme – les générations futures en paieront la facture.

La préservation de l’environnement n’est-elle donc plus d’une actualité brûlante?
Elle le reste, mais la vision sur le court terme complique la donne. Et les efforts effectués pour tenter de limiter les émissions de gaz à effet de serre sont mis à mal par des décisions d’un Trump ou de la Chine. Ce qui m’angoisse le plus aujourd’hui, c’est la montée de l’extrême droite en Europe, une extension du trumpisme qui se traduit également par la remise en question de la science et l’imposition de la loi du plus fort. Il est impératif de refuser cette situation. La question climatique concerne aussi les droits humains et la sécurité internationale.

La Suisse votera le 8 mars sur un fonds climat. Quels sont vos pronostics?
Je ne suis malheureusement pas très optimiste. Par beau temps, ce projet passerait la rampe sans problème. Mais dans le contexte actuel, on s’inquiète pour son coût, pour l’emploi, le risque de départ d’entreprises. Sans en faire une lecture correcte et se poser les bonnes questions.

Vos conseils pour le futur?
Restez droits dans vos bottes! Ne cédez pas à la peur. Suivez des valeurs d’humanité, d’écologie. Pensez à la planète et aux suivants!

 

Informations et programme: festivaldufilmvert.ch/fr 

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