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Mobilisation contre le renvoi d’exilés de Palestine

conférence
© J/CC BY-NC-SA

Par le biais d’un traducteur, au centre, Azzam et Rami ont témoigné de leur parcours et, après les traumatismes subis, de leur espoir de pouvoir rester en Suisse.

Des collectifs de défense du droit d’asile ont demandé au Gouvernement vaudois de renoncer au renvoi d’exilés originaires de Palestine vers la Croatie et la Grèce. Menacés de cette issue, deux Gazaouis ont plaidé leur cause.

Stop au renvoi des Palestiniennes et Palestiniens! Des collectifs de défense du droit d’asile ont organisé une conférence de presse le 25 février, à Lausanne, demandant que les exilés de cette origine puissent rester dans nos frontières. Ils étaient soutenus dans leur démarche par des représentants de Médecins du monde et par deux députés vaudois, Julien Eggenberger (PS) et Hadrien Buclin (Ensemble à Gauche). La rencontre médiatique a aussi été l’occasion de donner la parole à deux Gazaouis, menacés d’expulsion, qui ont témoigné de leur parcours et de leur espoir de pouvoir se reconstruire dans notre pays. Des récits révélateurs des traumatismes subis et de la nécessité d’avoir accès à des soins spécialisés. 

Ouvrant la réunion, Graziella de Coulon, de «Droit de rester Lausanne», s’est insurgée contre l’inertie du gouvernement face à la situation dramatique de la population palestinienne. Et a dénoncé «le silence assourdissant des autorités». Si elle a salué l’accueil de vingt enfants blessés, elle n’en a pas moins souligné la portée réduite de l’opération. Avant de revenir à l’objet premier de la réunion: appeler le Canton à user de sa marge de manœuvre pour que les deux requérants d’asile défendus ne soient pas renvoyés en Croatie et en Grèce. Une requête valable pour l’ensemble des cas similaires risquant pareille issue.

Urgence vitale
Les organisations en présence ont justifié leur demande en dépeignant la situation prévalant dans les deux pays par lesquels ont transité les exilés. Elles ont en particulier insisté sur la difficulté d’accéder à des soins, avec des systèmes médicaux saturés, l’absence de réseaux et de repères, les problèmes d’hébergement, une protection plus que précaire. Elles ont aussi largement mis l’accent sur la nécessité de prendre en compte la gravité du contexte d’origine des exilés et la dégradation générale de la santé mentale de la population de l’enclave palestinienne.

«La population de Gaza a subi des cycles répétés d’escalades militaires, engendrant des traumatismes massifs. Dans un tel contexte, la santé mentale n’est pas un besoin secondaire, elle est une urgence vitale. Les deux personnes que nous soutenons aujourd’hui portent les séquelles de ce contexte: les renvoyer vers des pays européens sans garantie réelle de continuité des soins de santé mentale serait ignorer la vulnérabilité spécifique liée à leur parcours traumatiques», a souligné Hortense Devalière, responsable des programmes internationaux de Médecins du monde pour la Palestine. Les deux hommes ont ensuite raconté, par l’entremise d’un traducteur, leur histoire.

Efforts vains
Azzam, 46 ans, marié et père de cinq enfants, a quitté Gaza en 2020, peu de temps avant que n’éclate la pandémie. Cet ancien professeur d’université, blessé par une bombe, s’est rendu en Turquie dans l’espoir de bénéficier de soins adéquats. Et restera confiné dans cet Etat avant de rejoindre la Grèce. Il apprend alors la langue, élargit sa formation et mise sur ses efforts d’intégration pour obtenir l’asile et faire venir sa famille. Une longue procédure qui se soldera toutefois par un refus.

Le 7 octobre 2023 rebat les cartes. Pas question de faire marche arrière. Azzam poursuit sa route vers l’Europe, espérant pouvoir venir en aide à son épouse et à ses enfants dont il montre les photos. La traversée des Balkans lui laisse des souvenirs terrifiants. Interpellé par la police en Croatie, en pleine forêt, il raconte avoir été roué de coups jusqu’à l’évanouissement, enfermé dans un espace sans eau ni nourriture, puis placé dans un camp de réfugiés. Vu les violences subies, il écarte toute possibilité d’y rester. Et, reprenant la fuite, il finit par arriver en Suisse. Mais, en vertu du règlement Dublin, sa demande d’asile est rejetée et le requérant reçoit une décision de renvoi vers la Croatie. «Je demande à l’Etat de traiter mon dossier avec son cœur pas avec un stylo», plaide Azzam qui, victime d’un stress immense lié à son vécu, passera trois semaines au sein du centre psychiatrique de Prangins, «en raison d’idées suicidaires scénarisées, d’hallucinations auditives et d’épisodes dissociatifs», précisent les associations dans un communiqué.

Un calvaire...
Rami, qui tenait autrefois un petit commerce à Gaza, enchaîne avec son histoire. Le jeune homme de 23 ans a perdu sa mère et trois frères dans la guerre. Et en reste gravement traumatisé. Il a fui l’enclave palestinienne en 2024. But de son départ: conduire son père, blessé, en Egypte pour y être soigné. A court de ressources financières, Rami continue sa route pour la Grèce où il obtient un permis de réfugié. Mais il se retrouve dans un dénuement complet. L’exilé vit plusieurs mois dans la rue. Il est malade et souffre de difficultés respiratoires, de maux de tête, de vertiges et de saignements de nez. Il finit par rejoindre la Suisse où il est opéré à deux reprises d’une tumeur nasale. Il risque aujourd’hui d’être renvoyé en Grèce. Une idée qui le tétanise. Comme un retour potentiel à Gaza. «C’est un calvaire. Et comment pourrais-je regagner la Palestine. Ce pays n’existe pas. Je suis apatride», déclare d’une voix blanche Rami, qui a déjà tenté de se suicider.

Partageant sa consternation devant le «cynisme et le manque d’humanité» face à la situation des deux exilés, Julien Eggenberger a mentionné la démarche en cours au Parlement pour réclamer un arrêt des renvois des personnes vulnérables. Une pétition dans ce sens, signée par 56 députés, a été remise au gouvernement. Hadrien Buclin a renchéri en qualifiant d’inacceptable une application routinière de la loi dans ce contexte. «Le caractère exécutoire d’un renvoi peut être examiné en tenant compte de l’état de santé. Le Conseil d’Etat a la possibilité d’intervenir à Berne. Il dispose de cette marge de manœuvre. Et Vaud est un grand canton. Il a du poids.» Reste à savoir si les autorités feront montre de sensibilité et accepteront d’exploiter cette marge d’action...

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