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«L’argent du 2e pilier ne doit pas servir à faire du business»

2e pilier
© Olivier Vogelsang

«Les rendements perçus par les caisses sur leurs placements ont été clairement positifs ces dernières années, mais la rente réelle n’a, quant à elle, augmenté que de 0,5% en 2024», déplore Daniel Lampart, de l’Union syndicale suisse.
 

 

Avec l’inflation, les rentes réelles ont baissé depuis dix ans. Pourtant, les placements des caisses de pension sont rentables. Pour Daniel Lampart, coresponsable du secrétariat de l’USS, cela devrait avant tout profiter aux assurés.

Les caisses de pension travaillent-elles pour leur propre compte ou dans l’intérêt des assurés? La question peut se poser à la lecture d’un récent communiqué de l’Union syndicale suisse (USS). La faîtière déplore le fait que les rentes du 2e pilier stagnent alors que les rendements réalisés sur les placements des caisses augmentent. Daniel Lampart, coresponsable du secrétariat de l’USS, dénonce les institutions qui ne voient dans le 2e pilier qu’un juteux business plutôt qu’une assurance sociale au service de la population.

Daniel Lampart, quel est le décalage entre les rendements des caisses de pension et l’évolution des rentes versées aux assurés? 
Les rendements perçus par les caisses sur leurs placements ont été clairement positifs ces dernières années, mais la rente réelle n’a, quant à elle, augmenté que de 0,5% en 2024. Et en tenant compte de l’inflation, elle a même diminué de 10% en dix ans. Il est vraiment préoccupant de voir que la rentabilité des caisses ne bénéficie pas assez aux assurés. L’argent qui est dans le 2e pilier leur appartient et ne doit pas servir à faire du business et à engranger des profits.

Comment expliquer le fait que les rentes stagnent?
Plusieurs facteurs en sont la cause. D’une part, les taux d'intérêt sont beaucoup plus bas qu’à l'époque et, donc, les placements des caisses rapportent moins, même s’ils restent rentables. D’autre part, beaucoup d’acteurs du système ne sont pas assez efficaces. Les coûts de leurs placements sont trop élevés, de même que leurs coûts administratifs. Enfin, un grand nombre de caisses de pension ont accumulé des réserves qui ne sont pas nécessaires.

Est-ce que cela signifie que les caisses de pension sont mal gérées?
Il faut nuancer. Il y a quand même beaucoup de caisses de pension qui font un excellent travail. Plusieurs d’entre elles verseront même une 13e rente LPP. Les syndicats sont présents dans de nombreux conseils de fondation, et veillent à ce que les placements soient efficaces, avec des coûts bas, et que les cotisations des assurés leur permettent à terme de toucher de bonnes rentes. Par exemple, il y a la CIEPP (Caisse inter-entreprises de prévoyance professionnelle, ndlr), une grande caisse de pension pour les PME, gérée par les partenaires sociaux, qui fonctionne très bien.

Comment les salariés peuvent-ils s’assurer que leur caisse de pension travaille vraiment dans leur intérêt? Ont-ils le droit d’exiger que leur syndicat soit représenté dans le conseil de fondation?
Il faut regarder sur le certificat de prévoyance qu’on reçoit à intervalles réguliers, pour voir auprès de quelle institution on est assuré dans le 2e pilier. On peut ainsi vérifier si elle est gérée par les partenaires sociaux, si les syndicats sont représentés ou non au conseil de fondation. En cas de doute, votre syndicat peut vous conseiller. Si vous pensez que votre caisse de pension ne défend pas vos intérêts, vous pouvez proposer à votre patron d’en changer. C’est aussi le travail des syndicats de convaincre les employeurs d’adhérer à des caisses comme la CIEPP.

Cela concerne les PME, mais est-ce que les syndicats sont représentés dans les grandes entreprises ou les groupes qui ont leur propre caisse de pension? 
A l'époque, nous y étions très présents mais aujourd’hui, c'est plutôt rare. Par exemple, nous sommes dans celle d’UBS, mais pas dans celles de Novartis ou de Roche. Il faut que les salariés votent pour les candidats présentés par les syndicats lorsqu’il y a des élections pour les conseils de fondation. Y siéger permet d’émettre des critiques si on a l’impression qu’on fait du profit au détriment des assurés, ou que les coûts administratifs et les coûts des placements sont trop élevés. Ces derniers ne devraient pas dépasser 0,5%.

Comment est-ce possible que le 2e pilier soit devenu un business? Est-ce que la législation est trop laxiste?
Ce risque existe partout où il y a de l'argent en jeu, qu’il s’agisse du 2e pilier, de l’AVS ou de l’assurance maladie. Mais à la différence de cette dernière, les syndicats ont un rôle à jouer en ce qui concerne le 2e pilier, en tant que membres des conseils de fondation. Contrairement à d’autres pays, nous avons la chance, en Suisse, que les salariés et les syndicats aient leur mot à dire dans la gestion de la prévoyance professionnelle. C’est une chance, mais aussi une responsabilité.

Dans quelle mesure les caisses de pension peuvent-elles réduire leurs coûts?
Nous avions calculé qu’il serait possible d’économiser 2 à 3 milliards de francs rien que sur les coûts administratifs des caisses de pension. Cela permettrait d’augmenter les rentes de 5% ou plus. En diminuant par ailleurs les réserves, on pourrait encore améliorer les prestations. Evidemment, le potentiel d’économies varie d’une caisse à l’autre. Dans celles qui sont bien gérées, il y a moins de marge de manœuvre.

On a voté l'an dernier sur la réforme LPP 21, qui a été massivement rejetée, et où il était question de réduire les rentes. Selon vous, le message n’a pas été entendu?
Pas assez. En tout cas pas par les compagnies d’assurance, les banques et tous ceux qui font beaucoup de profit avec le 2e pilier. Pourtant, la population a clairement dit qu’elle ne veut pas qu’on fasse des placements aventureux avec la fortune des assurés, pour ensuite réduire les prestations. 

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