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Carré vert, passion rouge

Portrait Djaouad Souyad
© Olivier Vogelsang

Trois ans après avoir cofondé le FC POP, Djaouad Souyad a pu constater que le football est un moyen efficace pour amener certains jeunes vers la politique.

Avec le FC POP, Djaouad Souyad allie ses deux centres d’intérêt: le football et la politique. Deux mondes qui peuvent faire très bon ménage, assure le capitaine-militant.

Le FC POP sort de deux défaites en matchs amicaux. A quelques minutes du début de la rencontre contre l’Olympique vaudois, ce lundi 14 septembre, le capitaine Djaouad Souyad réunit ses camarades. «Les gars! Je sais qu’on vous l’a déjà répété à l’entrainement…» On s’attend alors à l’une de ces célèbres instructions données par le capitaine avant un match de football amateur et qui – malgré la clarté de l’explication – est immédiatement oubliée à peine l’arbitre siffle le début de la rencontre. Sauf que Djaouad est le capitaine du FC POP. «On reviendra sur la tactique après, mais d’abord, n’oubliez pas qu’on vote bientôt. Alors, pour la baisse d’impôts de 12% dans le canton de Vaud, c’est non!»

Crampons aux pieds et politique à la bouche, voilà un bon aperçu de qui est Djaouad Souyad. Né en 2000, d’un père algérien et d’une mère zurichoise, il grandit à Crissier. Le foot? «C’est un peu comme Obélix, je suis tombé dedans petit», sourit le capitaine. Celui qui l’a poussé dans la marmite n’est autre que son père, dont la vie a fortement influencé le jeune Vaudois. «Il était défenseur central, comme moi! Et surtout, c’est un grand footeux. Il a joué jusqu’à 60 ans avec ses amis, en seniors.» Djaouad suit ses traces et commence à jouer au FC Crissier à l’âge de 5 ans, puis évolue dans le club de sa ville pendant quatorze ans, avant de partir au FC Renens pour deux ans.

Naissance d’un marxiste

Et après seize années lors desquelles le foot a dicté sa vie, son autre centre d’intérêt va prendre le dessus: la politique. «J’ai été élu au Conseil communal (législatif, ndlr) de Crissier et j’ai commencé à prendre des responsabilités au sein du Parti ouvrier et populaire (POP). A côté de ça, je devais aussi gérer mes études d’ingénieur, alors j’ai laissé de côté le foot.» Dans cet engagement aussi, son père a eu une place décisive. «Quand on vient d’une famille mixte comme la mienne, on est tout de suite touché par les questions d’impérialisme. Très jeune, j’ai compris que les Etats-Unis représentaient un problème pour le monde. En plus, mon père était ouvrier et ma mère réceptionniste. Je remarquais bien qu’ils rentraient épuisés du boulot. J’ai vu mon père partir travailler avec une ceinture de maintien à 65 ans.» Une situation qui le révolte et le pousse vers l’idéologie marxiste, malgré le vote PS régulier de ses parents.

A la maison, c’est lui qui essaie de politiser les repas de famille. «Mes parents n’ont jamais été des militants. Ils n’étaient pas très assidus pour voter non plus, alors je les motivais, eux et mes grandes sœurs. Il faut dire qu’à 13 ans, je regardais déjà l’émission Infrarouge!» En évoluant dans ses études, Djaouad découvre aussi de manière très concrète les inégalités entre classes. «Plus j’avançais et moins il y avait d’autres gosses de prolos dans mes classes. C’était flagrant.» Déjà convaincu par le communisme au gymnase, il rejoint officiellement le POP le jour de ses 18 ans – «mon propre cadeau d’anniversaire» – et il s’engage de plus en plus dans le parti. Jusqu’à accéder, en 2023, à la vice-présidence de la section vaudoise.

«On reviendra sur la tactique après, mais d’abord, n’oubliez pas qu’on vote bientôt. Alors, pour la baisse d’impôts de 12% dans le canton de Vaud, c’est non!»
Djaouad Souyad, capitaine et cofondateur du FC POP

Mais ces deux trajectoires – politique et footballistique – ne vont pas simplement se croiser. Avec l’aide de son président de parti, Luca Schalbetter, le Crissirois va les faire fusionner en créant le FC POP, conçu à l’origine comme un outil de campagne en vue des élections fédérales de 2023. Dans ce cadre, ils organisent un match contre le Parti socialiste vaudois. «Pierre-Yves Maillard a de sacrés restes, se souvient le défenseur. Même s’il ne court plus aussi vite, balle au pied, on voyait qu’il savait jouer. Je me souviens d’une frappe lointaine qui a fait trembler la latte… et notre défense!» Score final: 2 à 2.

«Le football a toujours été politique»

Ce premier match en appellera d’autres. Tournoi de soutien à la Palestine, match solidaire pour Cuba ou rencontre en faveur du Congo, le football est toujours une bonne occasion de mettre en avant les causes qui sont chères à Djaouad et à ses camarades. «Le foot a toujours été politique, rappelle le militant. En Angleterre, on a rapidement vu des équipes de travailleurs émerger. Et lorsque le sport s’est développé, il a été instrumentalisé par les pouvoirs en place, à l’image de la Coupe du monde organisée par l’Italie fasciste de Mussolini en 1934. Aujourd’hui encore, dans un groupe d’ultras, la politique existe. Que ce soit à la Lazio de Rome, une tribune connue pour ses positionnements néonazis, ou à Livorno, une tribune d’extrême gauche qui a soutenu des dockers en grève.» Et l’abonné du Lausanne-Sport ne mâche pas ses mots en s’adressant à d’autres camarades: «C’est aussi en côtoyant les supporters en tribune qu’on peut faire passer notre message. J’aimerais bien voir des militants de gauche quitter certains espaces culturels lausannois et venir un peu plus souvent au stade.»

Du stade, on passe à la pelouse, où arrive un moment clé du match qui oppose le FC POP à l’Olympique vaudois. Le capitaine s’avance pour tirer un pénalty. Serein, il transforme l’essai et offre un but décisif à son équipe, qui finit par s’imposer 7 à 6. L’objectif est atteint, les rouges renouent avec la victoire. De bon augure pour Djaouad Souyad et ses coéquipiers, qui devraient officiellement inscrire leur équipe en Ligue romande dans quelques semaines.

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