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Un ouvrier sur six victime ou témoin d’un malaise cet été

Conférence de presse
© Thierry Porchet

Unia a donné ce 31 août, à Berne, une conférence de presse très suivie par les médias sur le problème de la canicule que les salariés de la construction ont subie cet été.

Unia publie les résultats d’un vaste sondage mené durant la canicule estivale auprès des travailleurs de la construction. Et demande des mesures fortes pour protéger les salariés.

Un travailleur de la construction sur six a déjà été victime d’un malaise lors de la canicule de cet été ou témoin du malaise d'un collègue dans le cadre du travail. C'est le résultat choc obtenu par Unia lors d’un sondage mené auprès de mille salariés du secteur dans toutes les régions de Suisse. Et il ne s'agit pas de la seule réalité mise au jour par l'enquête (lire ci-dessous): globalement, le syndicat constate que la santé des ouvriers n'est pas suffisamment assurée sur les chantiers en cas de canicule.

Si la thématique du travail lors de fortes chaleurs était sur toutes les lèvres cet été à cause des températures extrêmes ressenties par toutes et tous, elle n'est pas nouvelle pour le syndicat Unia. En 2023 déjà, une pétition munie de la signature de 20 000 travailleurs demandait que des mesures soient prises. «Depuis, de nombreuses discussions ont eu lieu avec tous les acteurs, relate Simon Constantin, coresponsable du secteur Construction d’Unia. Mais maintenant, il faut passer de la parole aux actes!» Nico Lutz, membre du comité directeur d’Unia, résume: «Pendant qu’on parlemente, les travailleurs, eux, paient cette inaction de leur santé.»

Large consensus

La situation est d’autant plus absurde que les solutions existent et qu’un large consensus existe quant au fait que des mesures doivent être prises pour garantir la sécurité des travailleurs. «Le souci, c’est qu’il y a trois problématiques auxquelles nous devons apporter des solutions: les règles doivent être claires, les pénalités en cas de retard suspendues et les heures perdues en cas d’arrêt du chantier indemnisées, détaille Simon Constantin. Si on ne règle pas les trois d’un coup, ça coince.»

Après des mois de discussions, le syndicat se veut maintenant très clair: des solutions doivent se concrétiser pour ne pas faire revivre le même enfer aux travailleurs de la construction l’année prochaine. Et la première mesure pour éviter les situations où l’intégrité physique des employés n'est pas respectée, c’est d’effectuer des contrôles, une tâche qui doit être effectuée par la Suva. Mais, au vu des résultats obtenus par Unia dans son sondage national, ces contrôles ne sont pas suffisants. «La Suva doit tout mettre en œuvre pour être en mesure de faire respecter ses propres dispositions visant à protéger la santé des ouvriers, estime le coresponsable du secteur Construction d’Unia. Si elle ne peut pas ou ne veut pas le faire, un autre organisme doit être mandaté pour le faire.»

33 degrés: la limite

Parmi les autres mesures jugées nécessaires par le syndicat, on retrouve notamment l’adaptation de l’indemnité en cas d’intempéries – un dispositif conçu pour l’hiver et qui ne correspond pas à la réalité des arrêts liés à la canicule – et l’inscription contraignante de la limite des 33 degrés dans l’Ordonnance sur les travaux de construction. «Il faut bien comprendre que, quand MétéoSuisse annonce 33 degrés, il ne fait jamais cette température sur le chantier, précise Simon Constantin. Entre le bitume, l’absence d’ombre et les pièces métalliques, le mercure monte bien plus haut.» Il est donc impératif de faire respecter cette mesure pour éviter les soucis de santé, voire les malaises. «Un malaise sur un chantier, ce n’est jamais anodin, rappelle le syndicaliste. Sur un échafaudage ou aux commandes d’une machine, le moindre malaise risque vraiment de mettre la vie des travailleurs en danger.»

Unia attend désormais une vraie prise de conscience politique quant à l’urgence de la situation vécue par les quelque 100 000 ouvriers qui font la Suisse chaque jour. Les solutions existent, à charge pour les autorités et pour les  entreprises de les mettre en œuvre rapidement

Des mesures de protection peu respectées

Unia a transmis un sondage aux ouvriers de toute la Suisse afin de vérifier si les mesures de protection de la santé des travailleurs étaient concrètement mises en place sur les chantiers du pays. Le syndicat a reçu près de mille réponses. On découvre par exemple que 82% des ouvriers n’ont pas systématiquement eu le droit à des pauses de 15 minutes supplémentaires pour se rafraîchir lorsque la température dépassait les 33 degrés. Une mesure pourtant préconisée par la Suva. Plus de deux tiers des travailleurs n’ont pas vu leur leurs horaires être adaptés durant cet été, alors que commencer plus tôt et finir plus tôt permet d’éviter les moments les plus chauds – et donc les plus dangereux – de l’après-midi. Quant aux endroits frais où effectuer sa pause, seuls 32% des ouvriers ont pu en profiter tout l’été. Un quart a répondu que la présence d’un lieu frais sur le chantier était aléatoire, et 43% qu’aucun lieu frais n’était jamais mis à la disposition des travailleurs.

Une vidéo de Thierry Porchet.

«La considération des ouvriers, c'est zéro»

Les résultats obtenus par Unia n'étonnent pas André*. «Cette réalité, on la voit tous les jours», assène ce travailleur de la construction. Et c'est peu dire que ces derniers mois ont été durs. «Quand il fait 38 degrés, c'est pratiquement impossible de travailler, assure celui qui œuvre depuis plus de trente ans dans le canton de Neuchâtel. On cherche des coins d'ombre, mais avec les machines autour, on a l'impression d'être à côté d'un four. On se fatigue vite et notre santé se dégrade de jour en jour. Je le vois sur mon corps, mais aussi sur le mental de certains collègues. Combien de fois j'ai entendu: "André, je suis cassé, je n'en peux plus".» Mais alors comment cet ouvrier et ses camarades ont-ils tenu cet été? Il répond du tac au tac: «Comment on a tenu? Difficilement. Mais qu'est-ce qu'on pouvait faire d'autre? On fuyait le soleil, mais on ne peut pas le faire tout le temps.»

Un employeur a la responsabilité de garantir la santé de ses salariés sur leur lieu de travail. Quand on demande au Portugais ce qu'a mis en place son entreprise pour les protéger, lui et ses collègues, lors de la canicule, il rigole un peu jaune. «Ils nous ont donné de l'eau, c'est tout! On a demandé plus à notre chef de chantier, par exemple pour avoir un container climatisé ne serait-ce que pour la pause de midi. Mais, à chaque fois, c'était la même réponse. "On verra, la direction réfléchit..." Et à la fin, on mange dans les camionnettes. Par contre, quand il y a des gros chantiers, avec des containers pour les gens de la direction, là il y a la clim!» s'esclaffe l'ouvrier.

Qu'une façon de faire plier les patrons

Mais derrière le sourire usé du Neuchâtelois, on sent que la situation le révolte. «Ça m'enrage. C'est grâce à nous que les patrons se remplissent les poches. Mais la considération des ouvriers, c'est zéro. Notre bien-être n'est juste pas une priorité pour eux. Pourtant, on ne demande pas un traitement de luxe. Juste de la climatisation et des pauses. Mais je l'ai appris dans ma carrière: il faut mériter 4 pour que le patron nous donne 1. C'est inscrit dans le logiciel de pensée de la direction, les employés ne sont qu'un chiffre.»
André est désormais plus proche de la fin de sa carrière que de son début. Mais il espère voir des améliorations pour ses collègues qui forment la relève. «Aujourd'hui, c'est plus difficile d'engager des ouvriers qualifiés. Les profils manquent. Et de plus en plus de jeunes ne vont pas accepter d'être maltraités comme c'est le cas actuellement, d'autant plus avec les périodes de canicule qui s'enchaîneront. Mais il n'y a qu'une façon de faire plier les patrons, pour la canicule comme pour le reste: s'unir.»

* Prénom d’emprunt

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