Une véritable réforme pour se déplacer autrement
Le 23 juin, la récolte de signatures a commencé par une action symbolique devant la gare de Renens,.
La récolte de signatures pour des transports publics abordables est lancée. Le mouvement Agissons! a 18 mois pour récolter 100000 signatures.
La récolte de signatures pour l’initiative fédérale «Pour une politique juste et durable des transports publics» a commencé. Ce 23 juin, ils étaient plus d’une vingtaine de bénévoles romands issues pour beaucoup de mouvements sociaux à se retrouver à Renens près de cette gare symbolique qui concentre trains, métro, bus et bientôt tram. Leur vision: «la justice sociale et territoriale, le report modal massif, le financement robuste et durable». Sous un soleil de plomb, signe d’un réchauffement climatique inéluctable, ils et elles, de tous âges et de différents cantons romands, témoignent de leur motivation par une photo vue du ciel et des mots plein d’espoir, malgré le parcours qu’ils savent long. «Nous devons transformer nos modes de faire et lutter pour la vie sur terre», exprime l’une des nombreuses militantes, Rossella Riccaboni. «C’est indispensable pour l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants», renchérit sa camarade Corinne Divorne.
Inéquité d’accès
Avant la conférence de presse nationale prévue fin août, le comité d’initiative souhaite expliquer les grandes lignes de sa proposition. A commencer par un constat: «En Suisse, la liberté de choisir comment se déplacer n’est pas la même si on vit en ville ou en région périphérique, ou si on gagne 3000 ou 8000 francs par mois. Pour des centaines de milliers de personnes, la voiture s’impose faute d’alternatives fiables et abordables: la liberté de circuler autrement reste théorique.» De surcroît une augmentation de 30% des prix des billets des transports publics dans les dix prochaines années serait à prévoir selon Agissons! qui se réfère à l’Union des transports publics. «Sans réforme structurelle, ce libre choix sera encore plus inégalement distribué». L’initiative veut donc inscrire dans la Constitution la garantie que chacune et chacun puisse bénéficier de transports publics fréquents, de qualité et accessibles, qui plus est à des coûts raisonnables. Elle prévoit des gratuités locales et régionales pour toutes et tous, un abonnement général national plafonné à 1095 francs par an (3 francs par jour), une gratuité ciblée pour les jeunes, les étudiants, les apprentis, les retraités et les ménages à revenus limités. Pour y parvenir, le comité d’initiative table sur des investissements de l’ordre de 8 milliards de francs par an. «En fait c’est très peu si l’on compare avec le coût des investissements liés à la voiture, notamment dans les infrastructures largement financées par le contribuable et les problèmes de santé engendrés… 300 milliards selon certaines estimations contre 17 à 24 milliards pour les transports publics», souligne Steven Tamburini, cheville ouvrière de la campagne. Cadences, desserte régionale, connexions entre les différents modes de déplacement sont déployés pour un «report modal massif». «Non par la contrainte, mais par l’alternative à la voiture qui devient réelle, fiable et attractive pour toutes et tous», indique le communiqué.
Dépasser le tout automobile
«Il s’agit d’offrir enfin le libre-choix de son mode de transport. Trois-quart de la population veut une gratuité des transports publics, explique Steven Tamburini. Les gens vivent de plus en plus mal la voiture car elle représente un temps mort et beaucoup de stress. Dans le train, on peut regarder le paysage, lire, travailler… Mais l’accessibilité et l’ergonomie sont primordiaux. Pour éviter une saturation de l’afflux des usagers, le système général doit être amélioré. L’accès et le réseau doit permettre ce bon report modal. Cela ne signifie pas que la voiture n’existe plus, mais elle est davantage partagée, plus petite, intermodal… Dans tous les cas, le débat, complexe et nécessitant du temps, existe déjà: l’extension des autoroutes, la place de la voiture électrique, le fond d’infrastructure ferroviaire...»
Le projet soulève bien évidemment la question des modes de financement. Dans son communiqué, Agissons! l’assure: «La facture ne sera ni présentée aux usager.ères des transports publics, ni aux plus petites entreprises ni aux contribuables ordinaires: elle repose sur les plus grandes entreprises qui profitent quotidiennement d’un réseau de mobilité performant sans y participer financièrement aujourd’hui, sur une contribution progressive sur les véhicules les plus luxueux et les plus polluants, ainsi que sur une réaffectation partielle de fonds publics aujourd’hui dédiés aux routes nationales.» Le mouvement précise: «Les plus petites entreprises de moins de 11 employé.es et les indépendant.es, soit près de 90% du tissu économique suisse, en sont exemptées.»
Steven Tamburini de conclure: «Nous voulons un droit à la mobilité qui soit équitable, notamment entre campagne et villes. Notre mouvement part d’une dynamique citoyenne. Nous espérons une coalition très large – partis politiques, syndicats, ONG, organisations étudiantes, etc. – car un tiers des émissions de Co2 vient des transports et cela ne s’améliore pas. Nous devons aller au-delà de la société de la voiture, du pétrole… L’espoir est sincère, pas naïf, qu’on va gagner.»
Plus d’informations: transports-publics-gratuits.ch