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Lens, ou la fusion entre le foot et les mineurs

Stade Bollaert de Lens
DR

Le stade Bollaert, foyer incandescent du RC Lens, affiche complet pour la quasi-totalité des matches qui s’y jouent.

La dernière mine a fermé en 1986, mais cette histoire ouvrière est encore très présente en ville, où mineurs et équipe de foot du Racing Club de Lens ne font qu’un.

Le stade Bollaert est toujours plein à craquer. «C’est extraordinaire, explique un voisin à l’occasion du match entre le RC Lens (vainqueur) et Toulouse. Presque tous les matchs se jouent à guichets fermés. Il n’y a que 33'000 habitants à Lens, mais le stade, construit par des chômeurs lors de la crise des années 1930, compte 38'000 places, dont 29'000 sont occupées par des abonnés.» Une supportrice abonde en ce sens: «C’est très difficile d’obtenir un abonnement. Il faut presque attendre qu’un titulaire décède!» Le parcours de l’équipe – qualifiée à la prochaine Champions League et récente vainqueure de la Coupe de France – est impressionnant, d’autant plus que le RC Lens ne dispose que du 8e budget du championnat.

 

«Sang et or»

On appelle les joueurs du RC Lens les «Sang et or». Et cela parce que leurs cuissettes sont rouges comme le sang des mineurs, alors que leurs maillots jaunes symbolisent l’or des mineurs, à savoir le charbon, qui était leur seule richesse. Le spectacle n’est pas seulement sur la pelouse, mais aussi dans les tribunes où presque tous les supporters portent les couleurs du club et chantent sans discontinuer. Les incidents sont quasiment inexistants. Le moment du match le plus émouvant est celui où les joueurs reviennent sur la pelouse pour entamer la seconde mi-temps. La foule entonne alors le chant des corons, habitations des mineurs. 

Les Corons est également une chanson emblématique de Pierre Bachelet, hommage aux mineurs et à la vie ouvrière du Nord-Pas-de-Calais, dont on rappelle le couplet: «Au Nord, c’était les corons/La terre, c’était le charbon/Le ciel, c’était l’horizon/Les hommes, des mineurs de fond.» 

La gauche résiste
Nombre de communes de la région des Hauts-de-France sont aux mains du Rassemblement national (RN) et celui-ci a encore renforcé son implantation à l’occasion des élections municipales de mars dernier. A Lens, la gauche l’a toutefois emporté, mais de peu. Maire socialiste sortant, Sylvain Robert s’est imposé au 1er tour avec 50,72% des voix face à Bruno Calvet, son adversaire du RN. Selon plusieurs témoignages, sa réélection serait notamment due à son action pour la jeunesse et les écoles, à son engagement pour le RC Lens et pour la défense du patrimoine.

Mesure très populaire, les transports publics sont gratuits. A Lens, vous pouvez en effet utiliser les transports urbains sans débourser un seul euro. C’est aussi la pratique dans d’autres villes du Nord de la France. Autre endroit gratuitement accessible, le Louvre-Lens, magnifique musée qui présente 3000 tableaux et sculptures et premier lieu d’exposition de collections du Louvre en dehors de Paris.

Semaine de 4 jours
Certains employés de la Municipalité, en particulier ceux qui exercent des métiers difficiles, ont des horaires de travail allégés. Un fonctionnaire préposé à l’entretien des routes explique qu’il bénéficie de la semaine de 4 jours et s’en réjouit. Mais il précise que, pour accomplir 36 heures en une semaine, il doit travailler 9 heures par jour, «ce qui est un peu long». On le comprend, mais il s’agit tout de même d’un grand progrès, surtout si on le compare aux horaires… suisses!

En raison de la fin de l’extraction du charbon, Lens a connu une difficile crise de reconversion, marquée par un recul de la population, un taux de chômage élevé (15% en 2010) et la disparition de nombreux services. Cela permet de comprendre certaines frustrations, bien sûr exploitées par le RN. Les autorités municipales ont toutefois favorisé une diversification de l’économie, fondée sur l’industrie textile, la métallurgie, l’automobile et l’industrie alimentaire. Malgré cela, Lens est encore l’une des villes les plus pauvres de France.

La grève, arme des mineurs

De 1833 à 1963, explique l’historien Yves Smague, cinq grandes grèves se sont déroulées dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais:

1833, «l’Emeute des quatre sous» est la grève de la misère. Le procès de 19 mineurs révélera à l’opinion française la condition des salariés de la mine, ce qui aboutit à une augmentation des salaires.

1906, les mineurs protestent contre la catastrophe de Courrières, qui fera près de 2000 morts.

1941, 100'000 mineurs dénoncent l’occupation allemande, ce qui donne lieu à une terrible répression.

1948, 300'000 mineurs de toute la France arrêtent le travail, mais le mouvement ne débouche sur aucun résultat.

1963, 178'000 mineurs sont en grève, le gouvernement Pompidou accorde des hausses de salaires et propose des discussions sur la quatrième semaine de congés payés et la durée du travail.

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