Aller au contenu principal
Menu

Thèmes

Rubriques

abonnement

Le service civil au miroir du monde émietté

Référendum contre le projet de loi sur le service civil. Un des deux objets fédéraux dont les citoyens trancheront le destin dans vingt-trois jours. Celui dont les enjeux sont d’une portée dépassant de loin la lettre de ce texte et ses effets plaidés par le Conseil fédéral, la droite et l’ineffable UDC. D’une portée qui touche jusqu’aux relations de notre espèce avec ce qui la dépasse et l’englobe, comme le Vivant non humain.

Or ces enjeux sont largement impensés sur la scène de la politique partisane et des médias que l’intuition sensuelle du monde ne visite plus. Pas le moindre discours ou le moindre texte nous rappelant par exemple, dans la perspective de ce scrutin, que notre planète est un orchestre dont tous les éléments sont liés et pourtant bousillés sous la pression de notre imbécillité collective. Et que le projet de loi sur le service civil attente lui-même à cette merveille.

Je commence par observer qu’il n’est fondé sur aucun argument convaincant ni sur le fond, ni déterminé par l’urgence. Et que les effectifs actuels de l’armée satisfont amplement aux dispositions ad hoc, puisqu’ils dépassent de 5% le seuil déclaré nécessaire de 100000 soldats. Ce qui nous tient très éloignés du critère de la nécessité.

Or si nous sommes invités à voter malgré notre éloignement de ce repère, c’est qu’un autre a pris sa place. C’est qu’un glissement, largement placé sous le signe de cette dérive autoritaire aperçue de toutes parts autour de nous, se produit de toutes parts autour de nous. Sauf en Espagne, peut-être.

Au point que notre conseiller fédéral Guy Parmelin a dramatisé son vocabulaire en obéissance à ce glissement. A répandu les toxicités de l’angoisse collective sur le sujet en assurant que le service civil aurait changé. Qu’il constituerait «un phénomène de masse problématique». Qu’il serait devenu, en somme, une entorse au principe initial exigeant que les jeunes Suisses ne puissent pas choisir librement entre l’armée et le service civil.

Ainsi vont les rhétoriques insidieuses. Elles inquiètent suffisamment les esprits mous pour les agréger en blocs réactionnaires dans les assemblées de la Cité. Aux fins d’y plaider plus martialement, en discréditant la diversité des opinions civiques et des comportements subséquents, le besoin d’une tutelle renforcée sur la jeunesse helvétique.

Plus d’école buissonnière au lieu de la militaire, donc, chers petits civilistes helvétiques. Plus d’évasion confortable aux marges du corps social helvétique pour y méditer vos conflits de conscience. Ainsi finissent les profiteurs au pays des mises en conformité mentale au nom de la démocratie.

Et même si ce basculement rectificateur fait jaser les badauds de l’extérieur. Même s’il en résulte à leurs yeux une présomption d’atteinte à votre liberté de croyance et de pensée, comme vient de la dénoncer toute une série d’instances irresponsables allant d’Amnesty International à la Commission permanente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, et de cette Commission permanente à son Comité des ministres.

Voilà, chères lectrices et chers lecteurs, nous y sommes. C’est à ce point de la chronique ici déroulée qu’une perception plus fine des choses fit sursauter son auteur. Aiguisée par le spectacle accablant de nos communautés humaines à la surface de la planète, au sein desquelles la conversation collective est dévastée par les accroissements d’une violence sélective au profit d’une minorité possédante et corrompue. Cette violence qui détruit, et du même geste exactement, l’humain comme le non-humain dans leurs espaces vitaux.

Je vis le monde éclater. Ouvrant des failles à sa surface et en dessous. Comme à Blatten et maintenant aux Fios en val d’Anniviers, mais aussi comme au sein des communautés humaines. Comme dans l’univers médical, entre ses métiers usuels et ceux fournissant des appoints ponctuels. Ou comme dans l’univers agricole, entre ses tâches de production classique et celles à mener sous le signe de la biodiversité. 

Ainsi de suite. De menus exemples illustrant ce que venait de me dire en conférence publique l’excellent Olivier Hamant, chercheur français en biophysique et biologie, qui plaide pour un modèle de société inspiré par le Vivant. C’est-à-dire appuyé sur le principe de la robustesse qui répare et s’autorépare plutôt que sur celui de la performance, qui tue forcément. D’une part l’option des travaux intercalaires essentiels caractéristiques du service civil, donc, de l’autre celle de l’exploit dévastateur sur les champs de la bataille sociétale. Eh bien, c'est clair.