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A Gaza, l’eau est une arme du génocide

Foule à Gaza.
DR

Les pénuries favorisent la propagation de maladies, en premier lieu les infections respiratoires, les maladies de peau et les diarrhées.

Médecins sans frontières dénonce la privation d’eau infligée par Israël à la population de Gaza. Une «punition collective» qui pourrait encore empirer suite à l’interdiction de nombreuses ONG.

«A Gaza, la privation d’eau est un instrument du génocide.» C’est ainsi que Laureline Lasserre, responsable de Médecins sans frontières (MSF) pour les affaires humanitaires à Gaza, résume le rapport publié mardi par son organisation. L’étude détaille les conséquences mortelles de la pénurie d’or bleu infligée par Israël à la population palestinienne. Et appelle la communauté internationale à agir.

Depuis le 7 octobre 2023, les autorités israéliennes ont détruit 90% des infrastructures d’eau et d’assainissement de l’enclave, dénonce MSF. En conséquence, les Palestiniens de Gaza sont réduits à «se battre pour obtenir suffisamment d’eau». Le précieux liquide est désormais livré par des camions-citernes mis à disposition par des ONG, des municipalités ou des entreprises privées. Mais ils sont loin de pouvoir répondre à la demande: en août 2025, la moitié des foyers de l’enclave n’avait pas accès à suffisamment d’eau potable pour satisfaire ses besoins minimaux; et plus d’un quart ne disposait pas de la quantité nécessaire à son usage domestique.

Mourir en cherchant de l’eau
Décimées par les bombardements israéliens, les familles n’ont souvent pas d’autre choix que d’envoyer leurs enfants les approvisionner, au péril de leur vie: «Mon petit-fils faisait la queue avec d’autres enfants, et ils l’ont tué. Il avait 10 ans… », témoigne Hanan, une grand-mère gazaouie, citée dans le rapport. Le personnel humanitaire n’est pas épargné: «Il y a un mois, deux conducteurs de camions-citernes de l’Unicef ont été tués par l’armée israélienne», indique Laureline Lasserre, jointe par Le Courrier. 

Autre écueil, les entraves systématiques mises aux activités des humanitaires. Entre mai et novembre 2025, une distribution d’eau sur cinq réalisée par MSF n’a pas permis de répondre aux besoins de la population, les véhicules de l’organisation ayant été empêchés de transporter des volumes suffisants. Quant à l’approvisionnement en électricité, en carburant et en équipements indispensables au traitement et à la distribution de l’eau, comme les générateurs, il est coupé, ou fortement restreint, depuis le début de l’offensive israélienne. C’est le cas aussi pour d’autres biens essentiels: unités de dessalement, pompes, chlore, réservoirs ou encore latrines, systématiquement bloqués à la frontière.

Epidémie de gale
L’impact sanitaire de ce blocus est terrible. «Il ne reste pratiquement plus rien des toilettes et des réseaux d’égouts, et les déchets solides s’accumulent», souligne MSF. Les populations sont contraintes de creuser des trous dans le sable, et les déjections contaminent ainsi l’environnement et les nappes phréatiques. Les biens d’hygiène de base – savon, couches, produits d’hygiène menstruelle – sont devenus des produits de luxe. Combinées à des conditions de vie indignes, les pénuries favorisent la propagation de maladies – en premier lieu, les infections respiratoires, les maladies de peau et les diarrhées. «Au cours des dernières semaines, les cas de gale ont fortement augmenté dans l’enclave, indique Laureline Lasserre. Or dans un de nos hôpitaux, il nous reste moins d’un mois de traitement disponible», ajoute la travailleuse humanitaire. C’est une des conséquences de l’interdiction de MSF – et de nombreuses autres ONG – annoncées par l’Etat d’Israël en fin d’année dernière.

Depuis janvier, le personnel international de l’organisation ne peut plus entrer à Gaza, et ses livraisons sont prohibées. «En matière d’aide, le peu qui est en place risque de s’effondrer», alerte Laureline Lasserre. Cela concerne aussi l’or bleu. Dans l’enclave, l’ONG est aujourd’hui la principale productrice d’eau potable, après les autorités locales. Mais cette activité ne tient plus qu’à un fil: «Il suffit qu’un générateur se casse, ou que nous manquions d’huile à moteur, pour que des milliers de personnes se voient privées d’accès à ce bien vital».

Appel au réveil des Etats
Dans son rapport, MSF précise que les restrictions imposées par Israël relèvent d’une intention de «punir collectivement la population de Gaza». Ce déni prolongé d’infrastructures vitales, en totale violation du droit international, équivaut à une «mort par attrition», à travers le démantèlement progressif des conditions matérielles préalables à la survie. Pour l’empêcher, l’organisation humanitaire appelle à un sursaut des Etats membres de l’ONU. Elle les invite à «utiliser tous les moyens à leur disposition pour garantir que cet accès soit rétabli et protégé pour la population de Gaza». L’ONG exige en parallèle une augmentation rapide et sans entraves de l’aide humanitaire, ainsi qu’une hausse des financements. «La pénurie d’eau affecte en premier lieu les plus vulnérables: enfants, femmes et personnes handicapées. Face à cette catastrophe, est-ce que les Etats rempliront enfin leur devoir légal et moral?» interroge Laureline Lasserre.

Article paru dans le quotidien Le Courrier.

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