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Dénoncer le pillage des matières premières

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© Olivier Vogelsang

A Lausanne, la manifestation s'est terminée à Ouchy près du Beau-Rivage Palace.

MULTINATIONALES Face au sommet des traders, un contre-forum et une manifestation ont eu lieu à Lausanne.

Après un week-end riche de conférences et de tables rondes – de la souveraineté alimentaire au techno-fascisme en passant par les financements suisses de la police ICE – le collectif Stop Pillage a appelé à descendre dans les rues de Lausanne le 20 avril. «A bas, à bas l’impérialisme! Traders, pilleurs, assassins!» a été l’un des messages adressés aux 530 participants du Commodities Global Summit organisé par le Financial Times au Beau-Rivage Palace (du 20 au 22 avril). Si les manifestants étaient moins nombreux que ceux-ci, ils ont été moins discrets. Sur la place du 14-Juin, au micro, les différents orateurs et oratrices ont rappelé que ce sommet est «symbolique de l’impérialisme suisse». Gabriella, membre de la coordination Stop Pillage, a réaffirmé «la solidarité internationaliste avec tous les peuples en lutte contre l'exploitation des multinationales dans leur pays, contre le pillage de leurs ressources et contre la guerre». 

«Nous vivons aujourd'hui un scénario de barbarie, a-t-elle ajouté. Partout dans le monde, les conflits se multiplient et s'intensifient. La guerre est devenue un moyen par lequel les capitalistes et les classes dominantes tentent de restaurer les taux de profit. Et pendant que des populations entières sont bombardées. Ici en Europe, les budgets militaires explosent, les plans de réarmement se multiplient pendant que les services publics sont démantelés, les salaires stagnent et les droits sociaux reculent.»

Plaque tournante

La militante a rappelé que la Suisse reste une plaque tournante, où se négocient 35% du commerce mondial du pétrole, 60% des métaux, 50% des céréales et 40% du sucre. Par ailleurs, «en République démocratique du Congo, en 2024, trois sociétés suisses contrôlaient plus de 70% des mines de cobalt où des travailleurs sont exploités dans des conditions dramatiques». «La Suisse n'est pas juste un petit pays neutre et inoffensif. C'est bien une puissance impérialiste, financière et industrielle de premier plan. Le capitalisme suisse profite de la guerre et orchestre le pillage de matières premières des pays du Sud», a-t-elle ajouté, en soulignant l’urgence de construire un rapport de force, un mouvement anti-impérialiste, antifasciste et anti-guerre, pour la justice climatique et sociale, et pour des solidarités internationales. 

Aline, militante de Droit de rester, a alerté sur l’expulsion imminente de requérants d’asile burundais. Puis, un représentant du POP a souligné l’importance de lier les luttes entre elles, car «l’impérialisme impacte concrètement les travailleuses et les travailleurs», notamment quand le prix de l’essence grimpe, «faute à l’agression de l’Iran par les Etats-Unis». 

De la souveraineté alimentaire

Raffaele, représentant du CETIM à l’ONU, a mis, quant à lui, en lumière les luttes paysannes contre les recettes néolibérales, l’agrobusiness, la spoliation des terres et les fluctuations des marchés. «A qui profite le crime? Précisément à celles et ceux qui sont réunis aujourd'hui à Lausanne dans un palace luxueux. Face à cela, la souveraineté alimentaire n'est pas juste une alternative de vie pour le monde rural. Il s'agit d'un véritable levier politique, stratégique pour transformer ce système impérialiste. Nous refusons que notre alimentation et nos politiques agricoles soient dictées et orientées par les intérêts du grand capital financier.»

Et d’ajouter: «La souveraineté alimentaire, c'est le droit des peuples de décider de leur agriculture, de leur alimentation. C'est le droit de protéger les marchés, les semences, les terres, de produire localement pour nourrir les populations et non pas enrichir les élites dominantes et les actionnaires assoiffés. Mais ce droit est aujourd'hui attaqué frontalement, principalement par les clauses des accords de libre-échange, la marchandisation de l'agriculture et par des espaces comme ce sommet où les décisions se prennent sans les premiers concernés.» Il a souligné que la souveraineté alimentaire est pourtant reconnue par le droit international depuis 2018. «C’est un instrument de plaidoyer, comme moyen de lutte pour contribuer à démonter ce système commercial et construire des alternatives par le bas.»

Les jeunes en nombre

Vers 19h, le cortège s’est ébranlé, petit mais bruyant. «Solidarité avec les peuples du monde entier», «Siamo tutti antifascisti!» ou encore «El pueblo unido jamás será vencido!», ont scandé les manifestants, jeunes pour la plupart. Sanna, 22 ans, est apprentie: «Ça fait du bien de se retrouver, d’imaginer un futur qui donne envie. C’est important de nous rendre compte de la responsabilité de la Suisse. A l’école, malheureusement, on ne nous aide pas à avoir un esprit critique.» Robin, 28 ans, porte un petit drapeau de la Grève du climat: «Entre le nombre de sièges de multinationales, le forum de Davos, et son négoce, la Suisse est au cœur du capitalisme... Cette manifestation est donc importante, socialement et écologiquement.»

En musique, grâce à la fanfare militante, les militants ont dévalé les pentes lausannoises jusqu’à Ouchy, où ils ont dû s’arrêter bien avant le Beau-Rivage Palace. Hors de vue, les CEO de Trafigura, Vitol ou Mercuria ont peut-être entendu des bribes de discours, ceux d’une militante de Solidarité Vaud, ou du CAN (Congo Accountability Network) – qui a rappelé que les richesses du sous-sol du Congo ne profitent pas à la population locale; qu’au contraire, leur exploitation par les multinationales «perpétue l’instabilité, les massacres, les violences sexuelles généralisées, les déplacements forcés». Ou encore les propos du collectif Contre-attaque et autonomie qui a donné d’autres exemples extractivistes, racines des guerres, tel l’or soudanais couvert de sang, également négocié en Suisse.

La suite au G7

Azul, membre de la coordination Stop Pillage et du collectif Jaguar, a conclu: «Derrière chaque ressource, il y a des territoires et derrière chaque profit, il y a des vies.» «En Amérique latine, l'extractivisme n'est pas nouveau. Depuis des siècles, nos territoires sont exploités pour alimenter les économies du Nord. Hier, c'était l'or et l'argent. Aujourd'hui, ce sont le pétrole, le gaz, le lithium. La logique reste la même: extraire sans consentement, détruire des écosystèmes et sacrifier des peuples, déclare-t-il. C'est la face du colonialisme moderne et ce système est présent ici en Suisse, et précisément à Lausanne cette semaine. Il alimente un système global, qui relie l'Amérique latine au Moyen-Orient et jusqu'en Palestine. Quand du pétrole alimente une machine de guerre, alors il devient une arme. Aujourd'hui, des entreprises basées en Suisse participent activement dans ces chaînes d'approvisionnement.» Et de donner pour exemple Vitol, qui approvisionne Israël avec du pétrole extrait au Brésil. 

Et d’appeler: «Nous devons faire front commun pour dénoncer ces injustices et nous organiser politiquement en tant que mouvement social contre l'impérialisme et ses nouvelles formes fascistes; nous organiser pour construire un nouveau système fondé sur la justice climatique et sociale, pour un système hors du capitalisme qui permette à divers mondes de coexister. Nous appelons à faire preuve d'endurance, de détermination et de créativité. Et vous donnons rendez-vous le 14 juin à Genève pour la manifestation NO-G7.»

 

Plus d’informations: stop-pillage.ch

 

La Suisse complice?

Une exposition intitulée «Le génocide suisse en Palestine?» est visible au centre socioculturel Pôle Sud jusqu’au 3 mai (av. Jean-Jacques-Mercier 3, Lausanne). Stop Pillage et la Commission d’enquête sur le rôle de la Suisse dans la colonisation en Palestine questionne la responsabilité du gouvernement et des entreprises dans le «vol systématique des terres palestiniennes et le nettoyage ethnique du peuple palestinien». Cette exposition présente les résultats de plusieurs mois de recherches qui exposent les liens entre les instances suisses et la colonisation de la Palestine, dans différents domaines: politique, médias, finance, universités, industrie, armement. 

polesud.ch 

 

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