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«Nous devons de plus en plus lutter pour des évidences»

Vania Alleva
© Olivier Vogelsang

Vania Alleva, à l’occasion de la conférence de presse sur le fonds climat, soutenu par Unia. La présidente a justifié cette position, rappelant les effets négatifs des canicules et des phénomènes météorologiques extrêmes pour les salariés travaillant à l’extérieur.

Présidente d’Unia, Vania Alleva dresse le bilan de 2025 et évoque les principaux défis qui attendent le syndicat cette année.

L'année a débuté de manière dramatique, avec la tragédie de Crans-Montana et l'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par les Etats-Unis. Comment avez-vous commencé l'année 2026?
Disons que je suis pensive. La tragédie de Crans-Montana m'a d'abord laissée sans voix. Et les guerres, les violations mondiales du droit international et l'escalade toujours plus effrontée de la violence des autocrates de droite sont préoccupantes. Mais c'est précisément pour cette raison que nous devons maintenant mobiliser toutes nos forces. La solidarité, le travail syndical, l'action collective sont plus importants que jamais. 

Revenons d'abord sur l'année dernière. En 2025, Unia a fêté ses 20 ans. Comment s’est déroulé cet anniversaire?
Nous avons célébré cet anniversaire avec un livre, une fête et un congrès à Brigue sous la devise «20 ans de force – ensemble pour la justice sociale ». Unia est une réussite. C'est une force sociale qui donne une voix aux travailleurs. Et un pilier central du modèle suisse de régulation du marché du travail avec des contrats, des salaires minimums et la protection des salaires.

Qu'est-ce qui a particulièrement occupé le syndicat l'an passé?
Ce fut une année intense, marquée par des guerres mondiales, des conflits et une lutte des classes exacerbée par les classes supérieures. Mais la résignation et la peur n'ont pas leur place. Nous devons plutôt nous battre ensemble pour de meilleures conditions de salaire et de travail et pour le respect des droits fondamentaux. Dans les branches, les entreprises et dans la rue, nous avons repoussé les attaques contre les conditions de travail, les salaires et les conventions collectives de travail.

Quelles ont été les avancées concrètes dans les branches et les entreprises?
Unia a obtenu de nombreuses améliorations. Par exemple, avec le renouvellement de la Convention collective de travail (CCT) Coop. Celle-ci apporte des progrès en matière de salaires minimums et d'horaires de travail. Dans le secteur du nettoyage également, les salaires minimums augmentent avec la nouvelle CCT. Dans le secteur de la peinture et de la plâtrerie, la nouvelle CCT a aussi permis des avancées qui se traduisent entre autres par un temps de trajet rémunéré allongé et des suppléments pour le travail le samedi. Enfin, nous avons connu des mobilisations impressionnantes autour du renouvellement de la Convention nationale (CN) dans la construction. Les journées de protestation, auxquelles ont participé plus de 15000 travailleurs du bâtiment, ont été décisives pour que les entrepreneurs renoncent à leurs revendications radicales et qu'une bonne solution soit trouvée, sur laquelle la conférence sectorielle doit encore se prononcer.

Pour la CN de la construction, il a fallu exercer une forte pression afin de parvenir à un accord presque à la dernière minute. Pourquoi?
L'attitude idéologique de la direction de l'association des entrepreneurs a considérablement compliqué les négociations. Ils sont venus avec des idées absurdes de démantèlement et ne voulaient même pas discuter des améliorations qui s'imposaient depuis longtemps. Par exemple, l'adaptation de tous les salaires au renchérissement, les temps de trajet payés ou des horaires de travail qui ne rendent pas malades. Mais les entrepreneurs voulaient exactement le contraire.

Les négociations sont-elles devenues plus difficiles de manière générale?
Les discussions sont de plus en plus marquées par l'idéologie. Nous devons de plus en plus lutter pour des évidences. Le partenariat contractuel est une conquête importante dans ce pays. Mais parfois, nous sommes confrontés à des employeurs qui ont perdu de vue l'essentiel et qui préféreraient manifestement voir régner la loi de la jungle sur le marché du travail. 

Et cela alors qu'il y a une grande pénurie de main-d'œuvre qualifiée...
Dans le secteur de la construction, dans plusieurs domaines industriels ou en matière de soins, de nombreux salariés quittent leur emploi en raison des mauvaises conditions de rémunération et de travail. La conséquence logique serait d'améliorer ces conditions. Mais, bien qu’irrationnel, c'est le contraire qui se produit. Pour retenir les gens dans ces secteurs, il faut pourtant créer des incitations et investir dans le personnel. Nombre de dirigeants veulent simplement toujours plus de profits.

Depuis des années, la baisse du nombre d'adhérents est un point sensible pour les syndicats. Comment cette situation a-t-elle évolué en 2025?
L'évolution du nombre d'adhérents reste un défi. Mais nous sommes heureux que 2025 se soit mieux déroulée que les années précédentes et que nous ayons pu réduire considérablement la baisse du nombre d'adhérents, avec une augmentation chez les femmes. Nous mettrons tout en œuvre pour inverser la tendance en 2026.

Y a-t-il des différences régionales?
Certaines régions connaissent une croissance continue du nombre de leurs membres, par exemple le canton de Vaud ou le Valais. Cela montre qu'il est possible d'inverser la tendance en matière d'évolution du nombre de membres.

Au niveau du recrutement des membres, comment Unia compte-t-il susciter l'intérêt d'un nombre accru de jeunes?
La majorité de nos membres ont entre 30 et 50 ans, et c'est une bonne chose. Mais bien sûr, nous aimerions compter plus de jeunes membres qui s'impliquent activement. C'est pourquoi nous sommes présents dans les écoles professionnelles avec des thèmes qui intéressent les élèves, comme la campagne pour huit semaines de vacances pendant l'apprentissage. Nous renforçons également la communication numérique dans les médias sociaux afin d'être encore plus présents sur les canaux où les jeunes s'informent.

Comment se passe la collaboration avec les autres syndicats et les autres associations? S'agit-il plutôt de concurrence ou d'alliance?
Clairement d'alliances. Ce qui vaut pour les travailleurs vaut aussi pour les syndicats: ensemble, nous sommes plus forts. Les alliances syndicales ont d'ailleurs conduit à la création d'Unia. Compte tenu des énormes défis et des améliorations urgentes nécessaires dans le domaine des soins, nous voulons travailler en étroite collaboration avec le SSP et d'autres associations.

Aujourd'hui, Unia est le plus grand syndicat de Suisse, un géant rouge. Comment parvient-il à réunir sous un même toit les nombreux intérêts divergents et l’éventail de sensibilités régionales?
La diversité est notre force. Nous avons une démocratie de base très vivante. Il y a beaucoup d'enthousiasme et d'énergie. Le Congrès a mis en évidence cette diversité. Il y a eu des discussions animées, parfois aussi des décisions serrées, mais toujours dans un climat très constructif. De tels débats sont nécessaires pour que nous puissions nous mettre d'accord sur des priorités communes.

Dans quels secteurs et quelles entreprises se situeront les priorités en 2026?
Nous voulons croître plus rapidement dans les professions des services et maintenir notre force dans la construction, l'artisanat et l'industrie. Le renouvellement de la CCNT dans le secteur de l'hôtellerie-restauration est essentiel. Il s'agit de la plus grande CCT de Suisse. Les négociations étaient bloquées depuis 2019, mais elles avancent enfin de nouveau. Les autres priorités sont les soins de longue durée, les négociations CCT dans la menuiserie et la construction en bois ou encore les négociations CCT dans le second œuvre en Suisse romande.

Une campagne prioritaire sera-t-elle menée l'année prochaine contre le harcèlement sexuel dans le cadre professionnel?
Unia s'engage pour des lieux de travail exempts de harcèlement. Une personne sur deux a déjà été victime de harcèlement sur son lieu de travail. Cela doit enfin cesser. C'est pourquoi, au cours des deux prochaines années, nous sensibiliserons les écoles professionnelles, les lieux de travail et la population à ce sujet et montrerons aux femmes comment se défendre, quels sont leurs droits et où elles peuvent obtenir de l'aide. 

Et que fait Unia en tant qu'employeur pour lutter contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail?
Unia applique une politique de tolérance zéro en matière de harcèlement sexuel. Depuis des années, nous avons une charte que nous avons élaborée collectivement et qui sert à former tous les employés. Nous l'appliquons de manière cohérente.

Au niveau politique également, 2026 sera une année décisive. La lutte contre l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions» de l'UDC, sur laquelle nous voterons probablement en juin, sera centrale. Pourquoi est-elle si dangereuse? 
Elle porte atteinte non seulement aux droits fondamentaux, mais aussi à la protection salariale et aux droits de tous les travailleurs. C'est pourquoi cette initiative chaotique de l'UDC est extrêmement dangereuse. Tous les salaires suisses seraient mis sous pression, tout comme les conditions de travail. En effet, la libre circulation des personnes et les mesures d'accompagnement visant à protéger les salaires suisses seraient supprimées. L'initiative menace les emplois et la prospérité du pays.

Une série d'interventions parlementaires sont aussi en suspens au Parlement, qui s'attaquent de front aux salaires et à la santé du personnel...
La majorité de droite au Parlement est déchaînée. Elle veut autoriser le travail le dimanche douze fois par an au maximum, au lieu de quatre actuellement, sans qu'une autorisation soit nécessaire.
Les travailleurs devraient pouvoir travailler jusqu'à 17 heures par jour. Les employeurs devraient même pouvoir ordonner le travail de nuit à court terme. Et en outre, les salaires minimums légaux devraient pouvoir être réduits. Nous disons clairement non à ces attaques contre la Loi sur le travail. Si nécessaire, nous irons jusqu'au référendum. 

Et comment se poursuivent les négociations sur les Bilatérales III?
Nous avons négocié des mesures de politique intérieure visant à protéger les salaires dans le cadre d'innombrables groupes de travail. Ce sujet continuera de nous occuper. Car pour nous, une chose est claire: nous voulons une relation réglementée avec l'UE, mais pas à n'importe quel prix. Nous ne pouvons approuver les Bilatérales III que si les salaires et les droits des travailleurs sont suffisamment protégés par les mesures de politique intérieure. Le paquet de mesures est désormais soumis au Parlement, où l'on verra si nos lignes rouges sont respectées. Notre position en vue d'une votation populaire en dépendra. 

L'initiative de l'UDC visant à réduire de moitié le financement de la SSR sera soumise au vote le 8 mars. Pourquoi avons-nous besoin d'un média financé par des fonds publics?
Cette initiative populaire est radicale, car elle vise à supprimer le service public dans les médias. C'est extrêmement dangereux, car l'information indépendante est extrêmement importante pour la formation de l'opinion et pour la démocratie. En ces temps de populisme et de fake news, nous avons particulièrement besoin d'un journalisme fiable. Nous devons repousser cette attaque. Sinon, nous risquons de connaître une évolution semblable à celle des Etats-Unis, où quelques grands capitalistes possèdent et contrôlent les principaux médias.

Le même jour, l'initiative sur le fonds pour le climat sera également soumise au vote. Pourquoi les syndicats la soutiennent?
La crise climatique touche durement de nombreux salariés. Ceux qui travaillent à l'extérieur – sur les chantiers, dans l'horticulture, dans la sécurité ou dans la restauration estivale – sont directement exposés à la chaleur et aux phénomènes météorologiques extrêmes. Cela augmente à la fois le risque d'accidents et les risques de maladies cardiovasculaires et de cancers de la peau. C'est pourquoi il faut renforcer la protection du climat. Et celle-ci doit être mise en place. Pour cela, il faut davantage de spécialistes, et c'est pourquoi l'initiative prévoit des contributions à la formation initiale et continue ainsi qu'à la reconversion professionnelle. En outre, des investissements climatiques urgents et nécessaires pourraient être réalisés par les pouvoirs publics et les particuliers, sans peser davantage sur le pouvoir d'achat des salariés. Il est temps de donner un coup de pouce à la protection du climat et à l'économie nationale. Car le fonds pour le climat n'est pas seulement financé de manière équitable, il crée également plus d'équité.

Pour conclure: le monde semble bouleversé, une nouvelle ère de désordre mondial a commencé. Quels sont vos repères?
Ma boussole me dirige vers la solidarité, la communauté, l'équilibre social et la justice. Je m'appuie sur les droits fondamentaux et les mouvements collectifs. Je n'ai besoin ni de luttes idéologiques ni d'exclusion, mais de diversité et de débats constructifs. 

L'article est paru dans le journal Work

Une vidéo de Virginie Zimmerli. 

Images d'archives venant de Olivier Vogelsang, Manu Friederich et Tom Ulrich. 

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