Aller au contenu principal
Menu

Thèmes

Rubriques

abonnement

ZM les bons tuyaux

tuyaux
© Thierry Porchet

Les tubes de ZM s’exportent un peu partout dans le monde. Ils servent principalement à l’industrie alimentaire, pharmaceutique et automobile.

A Aigle, l’entreprise spécialisée dans la construction de tubes en inox, Zwahlen & Mayr (ZM), vient de changer de direction et de signer une convention collective de travail améliorée avec Unia. Plongée dans son histoire, son avenir et ses entrailles.

Depuis le début du XXe siècle, construction métallique et tubes en inox de haute qualité sont fabriqués en Suisse et exportés un peu partout dans le monde. A l’origine de cette longue histoire: deux hommes, Louis Zwahlen et Henry Mayr. Si les activités dans le métal commencent dès 1881 pour le premier, et dès 1918 pour le second, leurs noms s’associent en 1946. L’usine prend de l’ampleur. Faute de place, elle quitte Lausanne pour Aigle en 1964. La société est un fleuron de la construction métallique de pointe, jusqu’au rachat par l’italien Cimolai en 2012 qui démantèle ce secteur. «ZM a réalisé entre autres le centre Paul Klee à Berne, plusieurs ponts à Genève et ailleurs», souligne Noé Pelet. Le secrétaire syndical d’Unia a mené les négociations de la nouvelle Convention collective de travail (CCT) de ZM (lire ci-dessous). En cette journée de janvier, c’est l’une de ses dernières visites à Aigle, car il vient de reprendre le poste de responsable de l’horlogerie au niveau national. «J’ai encore quelques points à régler avec la commission du personnel. Les travailleurs vont me manquer», confie celui qui a accompagné les quelque 140 ouvriers, dont 80% sont syndiqués, pendant les difficiles années ayant suivi le rachat par Cimolai, puis lors de la reprise récente par le groupe Bader (une famille de ferrailleurs du Mont-sur-Lausanne). C’est avec ce dernier qu’Unia et la commission du personnel ont négocié la nouvelle CCT entrée en vigueur le 1er janvier. 

Nouvelle direction
Peu de temps avant la signature, le 23 décembre 2025, Arnaud Marson, chef de production, 25 ans de boîte, a racheté l’usine (les terrains restent aux mains du groupe Bader). Croisé dans les couloirs des bureaux de l’entreprise, il souligne tenir au caractère familial de la société. «J’aimerais beaucoup que mes enfants me succèdent plus tard. Je ne veux pas faire des millions. Je souhaite que les employés soient contents de venir travailler, qu’ils s’identifient à leur entreprise. Nous avons réintroduit les jubilaires dans ce sens. C’est une belle CCT.» 

En concurrence avec l’Europe de l’Est et la Chine, la qualité des tubes de ZM est reconnue au niveau international. Ils servent notamment au secteur alimentaire, automobile et de la chimie. Un marché de niche qui s’exporte jusqu’en Inde, mais surtout en Europe et aux Etats-Unis. «En ce moment les taxes s’élèvent à 51%. C’est notre client qui paie. Mais si nos concurrents s’installent aux Etats-Unis pour éviter ces frais… Bref, il y a beaucoup d’incertitudes. Le franc fort complique beaucoup la situation», explique Arnaud Marson, qui se dit toutefois confiant. 

Métallurgie lourde
Dans les immenses halles de ZM, des tubes sortent de grosses machines automatisées. Reste que le savoir-faire et l’expertise humaine sont essentiels. Tout commence par les bobines d’inox (aux qualités spécifiques selon l’utilisation future des produits) provenant d’aciéries européennes. 
«En Suisse, nous sommes pratiquement les derniers actifs en métallurgie lourde», souligne Jacques Allegra, convivial, tendant la main à chaque ouvrier croisé. Le directeur des ressources humaines travaille à ZM depuis 39 ans. «J’ai vu défiler sept ou huit directeurs», estime le doyen.

«En vingt ans, la boîte a doublé de volume, de nombre de machines et d’employés», ajoute Jean-Marc Alves, 21 ans d’usine au compteur, et président de la commission du personnel. Celui-ci décortique le fonctionnement d’une des neuf lignes de production, de la bobine à la soudure des tubes. La plupart font plus de 20 mètres de long. L’extrême précision se cache dans les lourdes machines et les mains noircies. «On parle en millimètres», explique le travailleur. «Les tolérances sont au centième», précise Noé Pelet. «Petit à petit, le tube se forme, avant de passer sous le galet de soudure qui ne rajoute pas de matière mais le fond de l’intérieur à plus de 1000 degrés, ajoute Jean-Marc Alves. Les fours marchent à l’argon et à l’hydrogène. Puis, le tube est refroidi. Sur la ligne de production, nous avons trois moteurs. Ce qui permet d’augmenter la vitesse pour tirer le tube et pour éviter le déraillement, grâce à des galets de traction.» S’ensuivent le laminage pour écraser la soudure, le calibrage, puis le redressage du tube. 

«Certains tubes sont étirés. Ici, la graisse qui s’écoule permet que ça glisse bien», explique Fejzula Sadiku, à ZM depuis vingt ans et membre de la commission du personnel. «J’essaie d’aider un maximum mes collègues. Les travailleurs aimeraient de meilleurs salaires. Mais c’est clair qu’on ne peut pas arracher l’argent des mains de la direction.»

Travail physique
Neuf lignes de production sont réservées aux tubes soudés (la production sans soudure vient d’être abandonnée). Ceux-ci sont parfois recuits, ensuite coupés, contrôlés, marqués, polis, nettoyés et emballés. Des palans accrochés au plafond transportent plusieurs tubes à travers le hangar. 

«Je me suis formé ici et je continue à apprendre tous les jours. C’est pour ça que j’aime mon métier, même si c’est dur», explique Jean-Marc Alves, qui a travaillé auparavant dans la restauration et le bûcheronnage. «Mon plus long tube soudé mesurait 28 mètres. Mais je me souviens aussi d’un tube de 700 mètres qui s’enroulait.» Le démontage et le montage de la ligne de production en fonction des besoins sont particulièrement physiques. «Les galets sont très lourds», ajoute l’ouvrier. Le bruit, selon les endroits, est assourdissant. La plupart des travailleurs travaillent d’ailleurs avec des casques sur les oreilles, concentrés, tant un accident est vite arrivé dans cet univers industriel qui plonge le visiteur dans un autre temps.  

Une CCT améliorée

La nouvelle Convention collective de travail (CCT) de ZM a été signée le 23 décembre entre la direction et Unia. Si les salaires restent bas et les conditions de travail difficiles, l’accord compte plusieurs avancées importantes. Notamment l’introduction de paliers pour les salaires minimums – avec, à la clé, des hausses de salaire entre 100 et 800 francs – et de meilleures primes d’équipe. «Pour les anciens, cela représente une belle augmentation, se réjouit Noé Pelet. Fait exceptionnel, la CCT compte aussi un article sur le partage automatique de 10% des bénéfices entre les travailleurs et un autre sur la transparence des comptes.» 

A noter encore un congé maternité et un congé paternité payés à 100% (au lieu de 80%). La réduction des jours de carence en cas de maladie, soit de quatre à deux jours, est également un point très positif. AA

Pour aller plus loin

Timbrer pour aller aux toilettes est discriminatoire

manif

Unia dépose une requête de conciliation contre Singer SA afin de mettre fin à la pratique du timbrage des pauses pipi. Le syndicat invoque la Loi sur l’égalité.

Un licenciement collectif en guise de cadeau de Noël

L’entreprise Faulhaber SA a confirmé sa volonté de fermer le site de La Chaux-de-Fonds, supprimant ainsi une septantaine de postes de travail d’ici fin 2025.

Le Canton de Vaud au chevet du secteur industriel

élus vaudois et syndicat

Le Canton de Vaud a réactivé son fonds de soutien à l’industrie. Satisfaction d’Unia qui souligne aussi une meilleure prise en compte du respect des conditions de travail dans l’examen des dossiers.

L’industrie MEM mise au défi

conference MEM

Entre les récentes annonces de licenciements et l’urgence de renforcer les délégations du personnel, la conférence de l’industrie MEM est revenue sur les challenges dans la branche.