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«Un partenariat dynamique, serein et constructif»

Christian Spühler, directeur de Syngenta Monthey, et Tazuila Ngamiak, président de la commission syndicale d’Unia.
© Olivier Vogelsang

Au cœur du site chimique de Monthey, une poignée de main représentative du climat social et de la relation imprégnée de dialogue et de respect mutuel entre Christian Spühler, directeur de Syngenta Monthey (à gauche), et Tazuila Ngamiak, président de la commission syndicale d’Unia.

Tazuila Ngamiak est le président de la commission syndicale Unia pour Syngenta à Monthey. Acteur du changement, il lance un appel à renforcer la représentativité des travailleurs au sein d'Unia

La nouvelle Convention collective de travail (CCT) de Syngenta à Monthey est entrée en vigueur le 1er juin pour une durée de cinq ans et demi. Elle est le fruit d’un partenariat social dynamique, salué par Unia qui met en avant le fort engagement dans les négociations de sa commission syndicale, composée de travailleurs du site affiliés au syndicat et présidée par Tazuila Ngamiak. La convention collective est négociée et signée par Unia, d’où l’importance d’une forte représentativité dans l’entreprise.

Rencontre avec Tazuila Ngamiak pour évoquer ces négociations, les résultats obtenus et son engagement à travers la commission syndicale.


Pourquoi la CCT a-t-elle été renégociée?

A son échéance, habituellement, la CCT est renouvelée tacitement d’année en année, si elle n’est pas dénoncée par une des parties. Nous avions des propositions d’amélioration à apporter et des mises à jour d’acquis existants à inclure. Nous l’avons donc dénoncée en 2021 afin d’ouvrir des négociations.

Quel a été votre rôle dans ces négociations?

Le rôle du président de la commission syndicale est très important. Il établit le lien entre les réalités propres à l’entreprise et les dynamiques sociales qui s’observent dans la société. Le président est à l’écoute du terrain, de ses attentes, de ses craintes et de ses préoccupations. De ce fait, il est en mesure d'apporter, avec son groupe, des suggestions et de présenter des demandes spécifiques lors de l'élaboration du cahier des revendications pour le renouvellement de la CCT.

Il est important de déposer des revendications qui répondent aux besoins concrets du terrain.

La question de la réduction de la pénibilité du travail de nuit est une bonne idée, mais sous quelle forme était-il possible de l’introduire dans l’entreprise sans affecter la productivité?

Comment s’est élaboré votre cahier de revendications?

La commission syndicale est un laboratoire de réflexion sociale qui prend en compte le vécu dans l’entreprise, mais aussi la dynamique de l’environnement dans lequel on vit. En faisant cette analyse, elle arrive à détecter le déphasage de la CCT par rapport à la réalité socioculturelle et aux besoins des salariés. Quand le fruit est mûr, le déphasage décelé, il faut revoir la CCT pour l’adapter à la réalité du moment.

Concrètement, comment se sont déroulées les négociations?

Nous avons tenu sept séances sur six mois. La délégation syndicale était composée de cinq membres de la commission syndicale d’Unia, d’un secrétaire syndical d’Unia et d’une de Syna. De l’autre côté de la table se trouvaient le directeur du site, M. Christian Spühler, la responsable des ressources humaines du site et celle des RH de Syngenta Suisse.

Comme toute naissance, cela n’a pas débuté sans peine, avant de connaître la joie de voir son enfant naître. La difficulté, c’est de démarrer lorsqu’il y a des divergences profondes entre nos revendications par rapport au positionnement de l’entreprise. Cependant, nous recherchons toujours à être en adéquation avec la productivité et la pérennité du site.

Pour obtenir des progrès, nous devons démontrer que l’on maîtrise ses sujets. Plus notre représentativité syndicale est grande, plus nous pouvons aller loin.

Une autre chose importante est l’osmose entre la commission syndicale et l’appareil du syndicat, avec qui nous définissons notre vision et notre stratégie. On ne bâtit rien dans la désunion.

On le ressent bien, en face de nous, la première tentative est souvent de nous fragiliser en remettant en question l’édifice structuré de notre cahier des revendications.

Vous avez obtenu des avancées, pouvez-vous les décrire?

Il y a quatre points qui résument les acquis obtenus. Premièrement, des mesures pour atténuer la pénibilité du travail de nuit avec une baisse progressive du temps de travail pour les collègues dès 58 ans, et cela jusqu’à la retraite sans diminution du salaire. Le deuxième point est l’amélioration de l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie de famille. Une déclaration d’intention a été signée et une commission ad hoc sera constituée pour dégager des orientations et les mesures appropriées. Troisièmement, nous avons valorisé un «prime projet» pour les personnes en équipe passant temporairement de jour pour le suivi d'un projet afin d'atténuer leur perte de revenu. Quatrièmement, nous avons consolidé des avantages sociaux, comme le congé paternité et les congés pour les soins aux enfants et aux proches. Certains, présents dans le règlement du personnel, sont dorénavant gravés dans le marbre de la CCT.

La déclaration d’intention vise à faciliter l’accès des femmes au travail en équipe et donc aussi de nuit…

Depuis 1945, la CCT a été toujours négociée par les hommes pour des hommes. Il fallait opérer ce changement de paradigme et adapter notre CCT à des femmes travaillant en équipe. C’est une avancée qui correspond à la place des femmes dans la société d’aujourd’hui. Cette déclaration vise à ce qu’il y ait davantage d’employées dans les équipes tout en favorisant la main-d’œuvre locale. Actuellement, très peu de femmes travaillent la nuit en équipe. Or, nous avons des opératrices de production fantastiques et redoutables qui nous poussent à nous rendre compte qu’elles font partie du présent et de l’avenir! Nous devons promouvoir auprès des femmes ce métier de technologue dans la chimie, voire même comme opératrice de production.

Quel bilan tirez-vous du résultat des négociations?

Cette nouvelle convention consolide notre partenariat, notre entreprise et pose des jalons pour le futur. Elle s’adapte à la réalité socioculturelle du monde du travail d’aujourd’hui, nous projette vers l’avenir à travers des réflexions sur le monde du travail et du collaborateur de Syngenta de demain. Plus encore, elle contribue à la pérennité de notre entreprise et renforce son attractivité comme employeur dynamique et responsable.

Cette nouvelle convention a été possible grâce à une délégation syndicale bien préparée et à une délégation patronale capable de comprendre les enjeux de l’instant pour le site. La conjonction de ces deux éléments a permis ce beau résultat!

Pour cela, j’en suis convaincu et je le répète: je demande à tous les travailleurs de rejoindre le syndicat, afin de pouvoir densifier notre représentativité, qui est un gage de crédibilité vis-à-vis de l’employeur. Cela nous permettra d’être mieux représenté et de faire des pas supplémentaires.

Garder un climat de paix sociale sur le site

Pouvez-vous décrire le partenariat social existant dans votre entreprise?

Tazuila Ngamiak: Pour Syngenta à Monthey, le partenariat social n’est pas basé uniquement sur la confrontation mais bien sur le dialogue et l’écoute. Il est fondé sur la confiance, en équilibre entre les intérêts des collaborateurs et ceux de l’entreprise.

Cet équilibre est possible et il fait partie de notre ADN. L’industrie dans son ensemble est passée par différentes phases. Il y a trente ans, une culture paternaliste s’imposait. Avec la mondialisation, des changements sont survenus. La culture de l’industrie n’exclut plus le rapport de force. On observe des fusions dans le monde de l’industrie, aujourd’hui il faut nécessairement aussi des forces sociales plus organisées et mieux respectées pour tenir cet équilibre entre les exigences de l’économie, de la finance et les ouvriers, d’où l’importance de notre représentativité.

Dans les négociations, les membres de la délégation syndicale doivent non seulement avoir des compétences, mais être représentatifs de leurs collègues. C’est ce qui nous donne de la force pour les négociations et ce qui crée l’alchimie permettant d’obtenir des progrès. Lors de ce renouvellement de la CCT, nous avons obtenu le maximum possible. Il est temps que les ouvriers comprennent ce changement de paradigme et se syndiquent pour accroître notre représentativité et notre crédibilité à la table des négociations.

Vous dites que cette représentativité assure la paix sociale dans l’entreprise?

Oui, cette représentativité et cette crédibilité sont aussi les garantes de la paix du travail. J’ai coutume de dire à la direction: «Chaque produit que vous sortez de l’usine comprend une part de recherche, une part de marketing et de réglementation, une part de technique et une part d’équilibre social.»

Un ouvrier qui travaille dans un environnement de confiance apporte un plus au produit fabriqué. Si le climat est pourri, cela entraîne immanquablement des conséquences sur la qualité des produits et la productivité. Le partenariat social est un facteur d’équilibre de la production, c’est donc un partenariat actif, serein et constructif.

Quelle est votre relation avec le directeur de Syngenta Monthey?

C’est une relation basée sur le respect mutuel et un dialogue permanent. On n’est forcément pas d’accord sur tous les points, mais en maintenant le dialogue, cela permet de garder un climat de paix sociale, ainsi qu’un environnement décisionnel plus dynamique.


Etre acteur de l’équilibre social

Qu’est-ce qui vous a conduit à adhérer au syndicat?

Tazuila Ngamiak: Ma première intention était d’être sûr que mes intérêts étaient protégés. Puis, j’ai réalisé que, pour les défendre, on le fait mieux dans le collectif. On découvre aussi qu’au-delà de cette simple définition, le syndicat est un outil important dans l’équilibre social, dans les relations entre patronat et travailleurs.

S’engager à travers le syndicat, c’est être un acteur qui contribue à la consolidation de cet équilibre. L’engagement connaît différentes étapes. Quand on arrive à la question «comment puis-je être utile à ma communauté?», on n’est plus dans l’attentisme et l’observation. On devient un acteur du changement! On ne peut pas modifier le déroulement du match en étant dans les gradins du stade, c’est en étant sur le terrain que l’on peut faire bouger les choses. La vraie question pour le syndicalisme, mais qui est vraie pour tout, c’est de savoir si vous souhaitez que le changement se fasse avec ou sans vous.

Bio Express

Tazuila Ngamiak travaille depuis 33 ans sur le site chimique de Monthey. Il a débuté chez Ciba Geigy, qui deviendra Syngenta.

Opérateur de production, il est syndiqué de longue date, d’abord à la FTMH, puis à Unia. Il a repris la présidence de la commission syndicale d’Unia il y a neuf ans.

Il est aussi le président de la commission du personnel des travailleurs qui bénéficient de la CCT. Cette commission n’est pas partie prenante de la CCT, mais la double casquette de président permet de connaître les moindres détails de l’entreprise, ce qui donne du poids dans les négociations.


Syngenta Monthey en bref

Syngenta Monthey est installé sur le site chimique de Monthey qui comprend d’autres entreprises.

En Suisse, Syngenta possède six sites. Monthey est le plus grand site de production du groupe au niveau mondial.

Syngenta Monthey fabrique des produits phytosanitaires. L'entreprise emploie quelque 930 salariés, dont 500 au bénéfice de la CCT.

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