Le droit au travail… en principe
Ce Panorama No 10 de l’ODAE, rédigé par Aude Martenot, Wanda Minnig et Elisa Turtschi, détaille les conditions de travail des requérants dès leur arrivée en Suisse, dans les Centres fédéraux pour requérants d'asile (CFA), où chaque demandeur passe ses premiers mois. «Les requérants d’asile reçoivent 21 francs par semaine et un système de sanction financière existe au sein des centres, expliquent les trois rédactrices. Donc dès qu’ils le peuvent, ils se mettent à travailler pour améliorer leurs conditions de vie.» Selon les chiffres obtenus par l’ODAE auprès du Secrétariat d'Etat aux migrations, en 2025, près de 60 000 heures ont été effectuées par 2023 personnes différentes au CFA de Boudry (NE), le principal centre d’accueil de Suisse romande.
Après quatre mois et demi, les demandeurs sont attribués à un canton et les possibilités d’exercer une activité rémunérée changent. Pour certains requérants (lire ci-dessous), le monde du travail s’ouvre. Enfin… théoriquement. «Les personnes qui obtiennent un permis provisoire ont de la peine à trouver un poste, précisément parce que l’employeur craint que le salarié ne doive quitter le pays d’un jour à l’autre, expliquent Aude Martenot, Wanda Minnig et Elisa Turtschi. Alors qu’en réalité, la majorité des personnes qui ont ce statut finissent par rester définitivement en Suisse.» Pour beaucoup, la seule option est alors d’accepter les «programmes d’occupation» proposés par les cantons, en partenariat avec des communes ou des entreprises. Les situations diffèrent selon les régions, mais à la lecture du dossier de l’ODAE, on entrevoit un système qui se soucie peu de l’avenir des requérants.
Sous couvert d’intégration, ces programmes ont par exemple permis à Saint-Gall de payer des demandeurs d’asile 1,5 franc l’heure. «Officiellement, ils devraient aider à s’intégrer sur le marché du travail, remarquent les trois membres du secrétariat de l’ODAE. Mais dans les faits, on ne leur propose que des tâches pénibles, sans lien avec leurs compétences et leurs qualifications.» De plus, ces «occupations» se trouvent en dehors du champ du travail et donc des lois qui l’encadrent. Or, accepter que ce qui s’apparente à un emploi puisse s’affranchir de la Loi sur le travail pour un requérant d’asile, c’est prendre le risque que d’autres groupes de la population subissent le même sort. Un potentiel détricotage que l’ODAE dénonce.