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Smood: échec de la conciliation

Mosaïque de mobilisations Smood en décembre 2021.
© Thierry Porchet/Olivier Vogelsang/Unia

Le conflit social avait démarré le 2 novembre dernier à Yverdon avant de s’étendre dans plusieurs villes romandes. Au cœur des revendications: le paiement de toutes les heures de travail effectuées ainsi que des améliorations des conditions de travail et d’engagement.

Lancée après cinq semaines de grève, la procédure de conciliation entre les employés de Smood et la direction de la société de livraison s’est soldée par un échec. Unia condamne le licenciement de grévistes et continuera à se mobiliser pour faire respecter les droits des salariés. L’assemblée du personnel a décidé de reprendre les actions syndicales

C’est avec regret qu’Unia a annoncé la semaine dernière l’échec de la procédure de conciliation avec Smood. Début décembre, le Département de l'économie et de l'emploi du canton de Genève, où se trouve le siège de la société de livraison, avait saisi la Chambre des relations collectives de travail (CRCT). L’objectif était de trouver une solution au conflit social démarré le 2 novembre à Yverdon. Soutenu par Unia, le mouvement avait fait boule de neige dans dix autres villes de Suisse romande. Près d’une centaine de livreurs et de livreuses avaient formé des comités de lutte pour obtenir le paiement de toutes les heures de travail effectuées, ainsi que des améliorations des conditions de travail et d’engagement. La direction de l’entreprise de livraison avait toutefois refusé d’ouvrir des négociations avec les grévistes.

Durant la conciliation, Smood a continué à se montrer inflexible et fermée au dialogue social. «Nous avons tout essayé. En vain. Aucun compromis, même partiel, n’a pu être trouvé», déplore le responsable de la logistique pour Unia, Roman Künzler.

Non seulement la direction n’a rien lâché, mais elle n’a pas respecté la paix du travail qu’impose la démarche devant la CRCT. Trois grévistes, dont un délégué du personnel qui participait aux négociations, ont en effet été licenciés avec effet immédiat. Dans un communiqué, l’entreprise a évoqué des «violations graves» des obligations de ces collaborateurs. «Nous n’avons pas de preuve de ces violations, nous n’avons pas reçu de pièces, explique Roman Künzler. Mais quoi qu’il en soit, il fallait, selon nous, soumettre ces procédures de licenciement à la CRCT. Nous demandons la réintégration des licenciés. Nous mettrons tout en œuvre pour les défendre et faire respecter leurs droits.»

Stratégie de «lock-out»

«D’autres grévistes n’ont pas été licenciés, poursuit le responsable syndical, mais ils ont vu leurs heures diminuer drastiquement, alors que de nombreux salariés ont été engagés, et ils peinent à terminer leurs fins de mois. Nous considérons que c’est une stratégie de lock-out. Nous exigeons que Smood cesse immédiatement toute mesure de représailles envers les grévistes.»

Unia a proposé un arbitrage et attend la publication des recommandations de la CRCT. Le syndicat avait aussi saisi les services de l’emploi des cantons de Vaud et de Genève. Dans les villes de la région lémanique, les coursiers de Smood sont engagés par une société tierce, Simple Pay, qui visiblement ne respecte pas la législation en vigueur sur la location de services ni la loi sur le travail, notamment en ne rémunérant que le temps durant lequel une commande est livrée. En s’appuyant sur le rapport de l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail, le Département genevois de l’emploi pourrait sans doute menacer de prononcer une interdiction d’exploitation. «Nous demandons à l’Etat de faire respecter les lois et de combattre ce modèle d’affaires basé sur la sous-enchère salariale. Et nous attendons que Smood mette en œuvre les améliorations minimales promises durant la grève. Les conditions de travail ne se sont pas améliorées», conclut le syndicaliste. Il est vrai que l’entreprise avait annoncé être disposée à augmenter les salaires à 23 francs l’heure, en incluant les vacances et les jours fériés, et à supprimer le système des pénalités.

Jeudi dernier, l’assemblée du personnel a décidé de reprendre les actions syndicales. A suivre.

1000 signatures en solidarité avec les chauffeurs licenciés de DPD

Une pétition munie de quelque 1000 signatures récoltées en une poignée de jours seulement a été adressée la semaine dernière à DPD. Ce texte exige la réintégration de cinq chauffeurs de l’entreprise licenciés ce début d’année au Tessin en raison, dénonce Unia, de leur engagement syndical (voir L’ES du 19 janvier). «DPD a, à cette période, cassé son contrat avec une société sous-traitante au profit d’une autre. Cette dernière a repris l’ensemble des collaborateurs, soit 14 personnes sur 18. Comme par hasard, les quatre qui n’ont pas été réembauchés, auxquels s’est ajouté un cinquième depuis, s’étaient mobilisés pour de meilleures conditions de travail, souligne Giangiorgio Gargantini, secrétaire régional Unia Tessin. Aucune raison n’a été donnée à ce non-réengagement. Ces livreurs affichaient d’excellents états de service. Certains pouvaient même se prévaloir d’avoir occupé des mois durant la tête du classement des meilleurs collaborateurs DPD au Tessin.» Les signataires de la pétition réclament également la reconnaissance des comités du personnel locaux, le respect des droits syndicaux et une amélioration des conditions de travail. «Ces licenciements antisyndicaux ont soulevé une grande indignation dans le canton et ont entraîné une vague de solidarité avec les livreurs de colis», rapporte encore le syndicat dans un communiqué. Et de rappeler au passage les abus constatés au sein de DPD: «Journées de travail interminables, heures supplémentaires, non rémunérées, frais non remboursés, stress énorme. Les chauffeuses et les chauffeurs luttent là contre aux côtés d’Unia depuis plus d’un an.» Pour le syndicat, il n’est pas acceptable qu’une entreprise appartenant à l’Etat français fasse régner des conditions de travail «lamentables en Suisse et foule au pied les droits des salariés». Dans ce contexte, Unia a aussi interpellé la société mère française GeoPost, en attirant son attention sur la violation des droits syndicaux par DPD dans nos frontières. Sonya Mermoud

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