Philippe Martinez, au cœur de la CGT et des luttes
MILITANTISME Dans un ouvrage attachant, Philippe Martinez, ancien numéro un de la CGT, raconte la vie de son syndicat, mais surtout les luttes des travailleurs, sa défense d’un syndicalisme indépendant et son amour de la France
Dans Mon tour de Gaule, Philippe Martinez formule cette déclaration d’amour: «J’aime ce pays, la France. Son histoire riche, son passé révolutionnaire, ses mouvements sociaux qui ont conquis son modèle social: sécurité sociale, retraite, congés payés.»
Une priorité, le terrain des luttes
Evidemment, durant les huit ans qu’il a passés à la tête de la CGT, avant de passer le témoin à Sophie Binet, l’histoire a été moins rose. Il affirme avoir été confronté à la loi El Khomri, synonyme de recul de la législation sur le travail, à la remise en question du régime des retraites et à des centaines de fermetures d’entreprises. Philippe Martinez a d’ailleurs toujours donné la priorité à l’accompagnement, sur le terrain, des travailleuses et des travailleurs qui se battaient contre la disparition de leur outil de travail et les licenciements. A cet effet, il a parcouru la France entière, d’où le titre de son livre.
Indépendance syndicale
Sous son mandat, la CGT a perdu sa place de premier syndicat de France au profit de la CFDT. C’est Le Monde qui l’affirme, mais Philippe Martinez ne le dit pas. Cela ne l’a pas empêché de nouer de bonnes relations avec Laurent Berger, ancien leader de la CFDT, en particulier lors de la bataille contre la «réforme» des retraites. Il s’est en revanche tenu à distance des partis politiques. A 17 ans, Philippe Martinez avait, certes, adhéré au Parti communiste. Mais il démissionne du PCF au début des années 2000, lorsque celui-ci renonce à toute activité au sein des entreprises. Il note que cinq ans après l’élection de François Hollande, sa fameuse formule, «Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance», n’était plus qu’une illusion et que, pour ce président, le Code du travail était trop contraignant pour les entreprises. Il en veut aussi à Lionel Jospin, «coupable» de ne pas s’être suffisamment opposé à la fermeture de l’usine Renault de Vilvorde, en Belgique, alors qu’il s’était engagé à se battre contre cette décision durant sa campagne électorale. Cette volonté d’indépendance de Philippe Martinez face aux politiques ne l’empêchera pas de combattre Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2022.
Soutien aux immigrés
Par ses ancêtres espagnols, Philippe Martinez fait partie de ces 13 millions de Français qui ont au moins un parent immigré. De ce fait, il a toujours défendu les travailleuses et les travailleurs issus d’autres pays. En septembre 2018, alors que la CGT soutenait plusieurs grèves de sans-papiers qui demandaient leur régularisation, il a publié dans Le Monde une tribune intitulée: «Ce n’est pas l’immigration qui crée du dumping social, mais l’absence de droits.» Tout un programme, que l’on pourrait aussi appliquer en Suisse et ailleurs.
Dans les égouts
Philippe Martinez a décidé un jour de visiter des égouts, accompagnant ceux qui y travaillent. «Il faut visiter ces labyrinthes obscures, humides et insalubres, explique-t-il, pour prendre réellement la mesure de ceux qui les entretiennent (…). On côtoie des rats et des insectes répugnants.» Il en a tiré la leçon que les égoutiers ne devraient pas attendre 64 ans pour prendre leur retraite. A son avis, ils devraient partir nettement plus tôt, avant 60 ans! Philippe Martinez ajoute que la pénibilité du travail devrait être beaucoup mieux prise en compte. Cela vaut bien sûr pour la France, mais aussi pour la Suisse et bien d’autres pays!