Médecine à deux vitesses: rester vigilants

Revirement inattendu sous la coupole vendredi passé. Est-ce le vent électoral qui a fait réfléchir l’UDC à quelques mois des échéances fédérales de cet automne? Quoi qu’il en soit, le parti blochérien a rejeté la hausse, pourtant adoptée durant la session, des franchises de l’assurance maladie. Le PDC n’était pas en reste, ses représentants s’étant largement abstenus. La modification de la Loi sur l’assurance maladie (LAMal) prévoyant une augmentation automatique de la franchise à partir de l’évolution des coûts a donc capoté. Pour le plus grand bien des personnes les plus précaires, des retraités et des malades chroniques. Avec ce système, la franchise de base serait rapidement passée à 350 francs, puis aurait augmenté régulièrement de 50 francs. Une mesure contre laquelle une vaste coalition de gauche et d’associations s’était constituée, s’apprêtant à lancer le référendum.

L’UDC a levé le pied sur ce projet risquant de lui coûter quelques voix en octobre. Mais attention. Il s’agit d’un recul pour mieux sauter. Son chef de groupe aux Chambres, Thomas Aeschi, a en effet justifié la volte-face en affirmant tenir à «une symétrie des sacrifices entre l’industrie pharmaceutique, les hôpitaux, les médecins et les assurés», relève le journal Le Temps. Des sacrifices qu’il souhaite faire passer dans le cadre de la révision en préparation de la LAMal, dont le projet devrait être présenté cet automne par le Conseil fédéral.

Or les sacrifices, les assurés, les travailleurs et leurs familles, les retraités, les personnes souffrant d’un handicap, en font déjà depuis des années, avec des primes par tête antisociales. Entrée en vigueur en 1996, la LAMal a besoin d’une véritable réforme pour sortir de la spirale infernale des hausses et de la fausse concurrence entre les caisses, dont seuls profitent les innombrables administrateurs. Ainsi, selon les chiffres du Conseil fédéral, la participation aux coûts de la santé par les assurés a augmenté de 111% depuis 1996, alors que les salaires nominaux n’ont évolué que de 23,6%. Et le soi-disant abus de soins des Suisses est largement démenti. Ces derniers ne vont, en moyenne, que 3,9 fois par année chez le médecin contre 6,6 fois dans les autres pays occidentaux.

La médecine à deux vitesses est déjà établie dans notre pays. Les franchises en sont l’un des déclencheurs. Les personnes à petits revenus choisissent des montants élevés pour voir leurs primes réduites. Résultat: environ 22% des assurés renoncent à se faire soigner, de peur de ne pouvoir payer. Avec à terme des dégâts irrémédiables sur leur santé et des traitements bien plus onéreux par la suite.

En perspective de la prochaine révision de la LAMal, le PS suisse a lancé récemment son initiative, soutenue par Unia, visant à limiter le montant des primes à 10% des revenus. Il faudra aussi rester vigilants pour qu’en fin d’année, l’UDC et la droite ne reviennent à la charge. Et qu’assureurs et groupes pharmaceutiques, très influents à Berne, ne dictent leur volonté au détriment de la santé publique et de la vie des assurés.