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Les atteintes aux droits des salariés au plus haut niveau dans le monde

Selon la Confédération syndicale internationale, les principaux indicateurs des violations des droits des travailleurs atteignent des niveaux record en 2022

Interdictions de syndicats, arrestations de grévistes, assassinats de syndicalistes… Selon l’«Indice des droits dans le monde 2022», les principaux indicateurs des violations des droits des travailleurs atteignent des «niveaux record». Chaque année, la Confédération syndicale internationale (CSI), qui représente 200 millions de syndiqués, classe 148 pays en fonction de leur respect des droits des travailleurs. Dans cette neuvième édition, qui constitue la seule base de données de ce type, on peut remarquer que 113 pays ont privé des salariés de leurs droits de former des syndicats ou de s’y affilier (contre 106 en 2021). Les activités des syndicats indépendants et les grèves ont été réprimées en Afghanistan, en Biélorussie, en Egypte, en Jordanie, à Hong Kong, au Myanmar, au Soudan, en Inde et aux Philippines.

Le rapport note un recours croissant aux agressions violentes et aux assassinats de travailleurs pour les réduire au silence. Des salariés ont subi des violences physiques dans 50 pays et dans 13 d’entre eux des syndicalistes ont même payé de leur vie leur engagement. Ainsi au Myanmar, au moins 27 syndicalistes avaient été tués à la mi-septembre 2021 en participant à des manifestations du mouvement de désobéissance civile contre le pouvoir militaire. Les dirigeants syndicaux sont, en particulier, pris pour cible: 17 ont été abattus en une année. Aux Philippines, par exemple, Dandy Miguel, un jeune président de syndicat, a été assassiné alors qu’il rentrait à son domicile. Bien souvent, note le rapport, il n’y a pas de justice pour les travailleurs, les syndicalistes et leur famille; les gouvernements et les employeurs agissant en toute impunité.

Nécessité d’un nouveau contrat social

Au final, outre les pays déjà cités, figurent au palmarès des pires pays de la planète pour les salariés le Bangladesh, le Brésil, la Colombie, l’Eswatini (ex-Swaziland) et le Guatemala, ces deux derniers ayant rejoint la liste en 2022. «Inégalités, urgence climatique, pandémie, conflits: les travailleurs sont en première ligne des crises exceptionnelles et multifactorielles et l’Indice CSI montre que bon nombre de gouvernements et d’employeurs profitent de cette instabilité pour s’attaquer aux droits des travailleurs», a déploré la secrétaire générale de la CSI, Sharan Burrow, à l’occasion de la parution du rapport le 28 juin. «Nous devons dénoncer ces exactions et faire comprendre aux gouvernements que le moment est venu de reconstruire notre monde sur la base d’un nouveau contrat social assurant emplois, salaires, droits, protection sociale, égalité et inclusion.»

Soulignons que les pays les plus favorables aux salariés, où ne sont observées que des violations sporadiques du droit du travail, sont les pays nordiques, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie. La Suisse, elle, se situe dans la catégorie en dessous, regroupant des «violations réitérées des droits», sans changement depuis l’année dernière.

Nestlé pointé du doigt au Brésil

Le rapport liste aussi toute une série d’entreprises coupables de violations massives des droits des travailleurs. Aux côtés d’Amazon, Coca-Cola, EasyJet, Hyundai ou H&M, on trouve Nestlé. La filiale brésilienne de la multinationale suisse est, en effet, accusée d’utiliser le prétexte de la pandémie pour réduire les salaires et les prestations sociales. La société a notamment baissé drastiquement la participation aux bénéfices et le montant des bons alimentaires dans ses usines de chocolat et de produits laitiers. Au Brésil, l'aide alimentaire versée sous forme de tickets à échanger contre des produits dans les supermarchés est une aide appréciable pour les travailleurs à bas salaire. Nestlé continue pourtant d’enregistrer une augmentation des ventes dans ce pays qui représente son cinquième plus grand marché. Les directions d’entreprises «perdent bien trop souvent leur sens moral», constate amèrement Sharan Burrow.

«Plusieurs entreprises européennes parmi les plus riches piétinent ainsi les droits des travailleurs parmi les plus pauvres du monde en faisant passer leurs bénéfices avant tout. Les dirigeants de ces entreprises devraient avoir honte», a réagi la secrétaire confédérale de la Confédération européenne des syndicats (CES), Isabelle Schömann, en prenant connaissance du rapport. Représentant 89 organisations syndicales nationales réparties dans 39 pays européens, la CES réclame une législation de l’UE forçant les entreprises du Vieux-Continent à respecter les droits humains, ainsi que les normes sociales et environnementales à l’étranger, à l’instar de l’initiative sur les multinationales responsables que nous avons connue en Suisse. La Commission européenne a bien présenté en février un projet de directive en ce sens, mais il est qualifié d’«indigent» par la CES, qui demande son remaniement en profondeur.

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