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«Le monde doit écouter la voix des prisonniers politiques en Algérie»

Les syndicalistes sont menacés en Algérie, au même titre que tous les militants politiques, associatifs et tous les manifestants qui se lèvent depuis plusieurs mois contre le régime

Fin septembre, Industriall Global Union alertait sur les menaces pesant sur les dirigeants de son affilié algérien, le Syndicat national autonome des travailleurs de l’électricité et du gaz (Snateg), et de la Confédération syndicale des forces productives (Cosyfop). Ces responsables «craignent d'être emprisonnés à tout moment alors que plus d'une centaine d'activistes, journalistes et opposants politiques ont été appréhendés ces derniers mois en Algérie», note Industriall dans un communiqué. Le syndicat mondial relève que, depuis le retrait de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat à la suite des manifestations massives débutées le 22 février, «les militaires ont étendu leur emprise à pratiquement tous les domaines de la société algérienne». Quant aux arrestations, elles «sont une tentative d’écraser les syndicats indépendants et le mouvement pour la démocratie lancé par la société civile».

L’accès à internet a été limité pour empêcher les communications entre contestataires, les médias sociaux sont submergés de fausses nouvelles et de «trolls» contre le mouvement, la liberté de la presse a été fortement réduite, avec notamment la fermeture d’un grand site web d’information, souligne Industriall qui cite le président du Snateg et de la Cosyfop, Raouf Mellal: «C'est une période terrible pour des centaines de militants enfermés pour avoir réclamé la liberté et la démocratie en Algérie, et ce pourrait être mon tour demain. C'est pourquoi la solidarité compte plus que jamais aujourd'hui. Le monde doit écouter la voix des prisonniers politiques en Algérie. Le monde doit réclamer le respect des droits de l'homme en Algérie.»

Harcèlement, menaces, intimidations

Condamné à de la prison par contumace, le dirigeant syndical subit un harcèlement quotidien des militaires. Il a été arrêté, détenu et torturé par la police en avril. Et a été contraint de changer d’adresse et de téléphone pour échapper aux menaces et aux intimidations. Un autre responsable du Snateg et de la Cosyfop, Mohamed El Amine Slimani, a été emprisonné, car il avait filmé un cortège d’adhérents. Enfin, un membre de la Cosyfop d’Alger, Nasser Hamitouche a «subi un traumatisme mental après avoir été interrogé par les forces de sécurité pendant dix heures le 18 septembre. Il a été menacé d'emprisonnement pour avoir violé “l'unité” du pays, et on lui a dit de quitter la confédération s'il ne voulait pas avoir “d'autres problèmes”», informe Industriall.

Le syndicat mondial ajoute que des dirigeants de partis d'opposition ayant exprimé leur soutien au Snateg et à la Cosyfop ont été mis en prison, et que la «secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, est incarcérée depuis le mois de mai (voir ci-dessous), tandis que Karim Tabbou, le président du nouveau parti de l'Union démocratique et sociale, a été emprisonné le 11 septembre, remis en liberté plus d'une semaine plus tard, avant d'être à nouveau arrêté». Le secrétaire général d’Industriall, Valter Sanches, a appelé le Gouvernement algérien «à remettre immédiatement en liberté les prisonniers politiques et à abandonner tous les chefs d'accusation contre les syndicalistes», et à «garantir le droit à la liberté d'association, sans violence ni menaces».

Présidentielle illégitime le 12 décembre

Par ailleurs, alors que les manifestations se poursuivent chaque semaine pour le départ du régime, de nouvelles élections présidentielles sont convoquées dans moins de deux mois, le 12 décembre. Des élections rejetées par les Forces du Pacte de l’alternative démocratique, regroupant un large panel d’associations et de partis, dont le RCD, le FFS et le PT. Dans une déclaration datée du 6 octobre, les Forces du Pacte de l’alternative ont dénoncé l’entêtement du pouvoir à aller contre la volonté populaire en convoquant ces élections alors qu’une intense répression s’abat sur des journalistes, des militants de partis, de syndicats, de la société civile et même à l’encontre du collectif de parents de détenus. Elles réitèrent leur exigence de libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques et d’opinion, et s’opposent aux décisions économiques en matière d’hydrocarbures et de finances prises par les autorités actuelles. Les Forces du Pacte de l’alternative «réaffirment que seule une période de transition démocratique vouée à un processus constituant souverain permettra de sortir du système autoritaire en accord avec les aspirations du peuple algérien».

Portrait de Louisa Hanoune.Condamnée à 15 ans de prison!

Le 25 septembre, le Tribunal militaire de Blida a condamné la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, à 15 ans de prison pour «complot contre l’autorité de l’Etat» et «atteinte à l’autorité militaire». Ses avocats ont dénoncé un procès politique et ont fait appel. Dans une déclaration, le Parti des travailleurs parle de «farce judiciaire expéditive truffée de mensonges», lors d’un procès où «tout a été fait pour amalgamer son sort avec celui des autres prévenus, qui ont eu à assumer de hautes fonctions dans le système, dans l’objectif de lui ôter le statut de prisonnière politique». Ces autres prévenus étaient Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président qui s’est retiré en avril, et deux généraux, Toufik et Tartag. Ils ont aussi écopé de 15 ans de prison. Trois autres dignitaires, dont le général Nezzar et son fils, ont été condamnés par contumace à 20 ans de prison.

Ce qui était reproché à Louisa Hanoune, c’est sa participation à une rencontre le 27 mars de cette année avec Saïd Bouteflika, près d’un mois après le début du mouvement contestataire. Lors du procès*, Louisa Hanoune a expliqué pourquoi elle y avait participé: «En acceptant l’invitation de Saïd Bouteflika, mon but était d’accélérer la démission du président (encore en place, ndlr) et la prise en charge des revendications populaires. Je voulais contribuer à trouver une sortie positive pour éviter à mon pays la situation actuelle. Est-ce que cet effort que j’ai consenti est puni par la loi? Je n’ai jamais fait partie d’un pouvoir ou d’un gouvernement. Mon militantisme et celui de mon parti sont connus.» La dirigeante politique, qui se bat depuis plus de 40 ans contre le système et pour la démocratie, a encore précisé: «Ma seule proposition était la démission du président et la nature des décisions politiques à prendre, à savoir le départ du gouvernement, la dissolution des deux Chambres, avant de donner la parole au peuple à travers une Assemblée constituante.»

Louisa Hanoune a également dénoncé les propos du représentant du Parquet portant atteinte à sa personne et à sa réputation «en tant que femme». Et a conclu: «Ma place est dans la rue avec la révolution. Je suis innocente. Il n’y a aucune preuve matérielle qui prouve l’existence d’un quelconque complot contre l’institution militaire. Bien au contraire, la question concerne l’activité politique légitime.»

*elwatan.com: «Ses avocats révèlent: ce qu’a dit Louisa Hanoune au juge.», 2 octobre 2019.


La campagne internationale pour la libération de Louisa Hanoune et de tous les emprisonnés politiques en Algérie se poursuit. Elle est menée actuellement dans 93 pays.

Pour informations: almadoanor [at] bluewin.ch (almadoanor[at]bluewin[dot]ch) ou eit-alger2017.org

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