Le bitcoin ne vaut rien

Johann Schneider-Ammann tient à ce que la Suisse devienne une «Crypto-Valley». Membre du conseil d’administration de Crypto Valley Venture Capital, une société d’investissements active dans la blockchain, l’ancien conseiller fédéral l’a encore redit dans une tribune publiée en février dans la NZZ. «Notre pays doit saisir cette opportunité», estime l’ex-responsable du Département de l’économie, qui appelle à des investissements dans ce secteur. Le libéral-radical ne se soucie toutefois guère de l’impact écologique de cette technologie de stockage et de transmission d’informations décentralisés.

Le bitcoin, l’exemple le plus connu de la blockchain, est en effet un monstre énergivore. Si l’on en croit le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index, le fonctionnement de cette cryptomonnaie exige aujourd’hui une dépense électrique annuelle de 128 térawatts-heure (TWh), soit 0,6% de la production mondiale. A titre de comparaison, l’ensemble des centres de données dans le monde utilisent, sans le bitcoin, environ 200 TWh. Et la consommation de la Suisse, avec 52 TWh en 2020, apparaît bien modeste, comme si nous en étions encore à nous éclairer à la bougie. La hausse du cours du bitcoin – il a dépassé la barre des 50000 francs le 9 mars – ne peut qu’alourdir cette facture énergétique. La faute au protocole informatique. La monnaie virtuelle est formée de blocs reliés entre eux par une chaîne, d’où le terme blockchain. Intégrer de nouveaux blocs exige de puissants calculs, une opération appelée «minage». Aux quatre coins du monde, des «mineurs» sont rémunérés en mettant dans ce but leurs ordinateurs et leurs serveurs à disposition 24 heures sur 24. La majorité de cette activité est exercée en Chine où une bonne partie de l’électricité est produite à partir du lignite, un charbon très polluant. Et tout ça pour quoi? A quoi sert finalement le bitcoin? Soyons francs: à tricher ou, au mieux, à spéculer, ce qui est une forme de triche. En dehors du placement, le bitcoin n’a en effet d’autre utilité que d’opérer des transactions illégales et d’échapper à la police et au fisc. Et c’est encore heureux: si les gens honnêtes devaient l’adopter massivement pour leurs transactions cela provoquerait une catastrophe environnementale. Toutes les monnaies numériques, à l’instar de la libra de Facebook concoctée depuis Genève, représentent, en outre, une menace pour la souveraineté monétaire des Etats.

D’autres applications de la blockchain sont bien sûr moins gourmandes en énergies que le bitcoin. Mais il vaut mieux encourager en Suisse l’industrie et les activités vraiment utiles à l’humanité, la transition écologique ou la recherche médicale. Alors répondons poliment à M. Schneider-Ammann: non merci.