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«La pauvreté n’est pas un crime»

File d'attente aux Colis du coeur.
© Olivier Vogelsang

Nombre de migrants ont, ces derniers mois, perdu leur emploi en raison de la pandémie sans pour autant solliciter de soutiens, de peur de perdre leur permis de séjour. Ils sont venus grossir les rangs des bénéficiaires de nourriture délivrée par des associations caritatives.

Unia est partie prenante d’une alliance luttant contre les durcissements de la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration. Le point avec Marília Mendes, secrétaire syndicale spécialisée dans les migrations

«Il faut combattre la pauvreté, non les pauvres.» Secrétaire syndicale d’Unia spécialisée dans les migrations, Marília Mendes explique pour quelles raisons le syndicat, avec le Parti socialiste et l’Observatoire suisse du droit d’asile et des étrangers ont créé en novembre dernier une Alliance appelée «La pauvreté n’est pas un crime». Cette dernière, depuis, a été élargie à une septantaine d’autres organisations et reste ouverte à de nouveaux membres. «L’origine du groupe se fonde sur une initiative parlementaire déposée en juin dernier par la socialiste Samira Marti.» Ce texte se réfère à l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LEI) et une pratique qui s’est durcie. Il dénonce le fait qu’il soit aujourd’hui possible de renvoyer des migrants qui vivent depuis des dizaines d’années en Suisse parce qu’ils dépendent de l’aide sociale. Et demande qu’après un séjour légal de plus de dix ans, ils ne puissent être renvoyés, à moins qu’ils n’aient délibérément provoqué la situation qui les a fait tomber dans la misère ou qu’ils n’aient rien tenté pour la modifier.

Des personnes intégrées...

«L’Alliance créée a pour but de soutenir cette requête», poursuit Marília Mendes, choquée par l’idée que des étrangers risquent d’être expulsés faute de ne pouvoir subvenir à leurs besoins. Et ce même après avoir passé de nombreuses années dans nos frontières, voire y avoir grandi ou y être nés. «Depuis le 1er janvier 2019, même les résidents installés depuis plus de quinze ans dans nos frontières pourraient être renvoyés. Il s’agit pourtant, la plupart du temps, de personnes qui ont travaillé et payé leurs impôts. Ou d’autres qui, bien qu’ayant une activité professionnelle, ne parviennent pas à joindre les deux bouts, ceux qu’on appelle les working-poor.» Une perte d’emploi, un accident, une maladie, un divorce, la malchance... ou encore, aujourd’hui, les effets de la crise sanitaire... expliquent souvent un basculement dans la pauvreté. La menace de renvoi est jugée d’autant plus inadmissible qu’un arrêt de la Cour fédérale parle en défaveur de cette issue. «Cette dernière a estimé en substance qu’après un séjour de dix ans, la personne est bien intégrée, donc qu’elle doit pouvoir rester. Elle argumente sa position, car c’est la durée après laquelle on peut déposer une demande de naturalisation.»

La peur au ventre

La collaboratrice d’Unia mentionne encore les conséquences délétères de la LEI réformée. «En raison de la nouvelle pratique, les étrangers dans la précarité n’osent plus se tourner vers l’aide sociale, craignant qu’on leur retire leur permis. Les permis C sont aussi susceptibles désormais d’être rétrogradés en permis B. Nombre de migrants ont, ces derniers mois, perdu leur emploi en raison de la pandémie sans pour autant solliciter de soutiens, angoissés par cette perspective. Ils sont venus grossir les rangs des bénéficiaires de sacs de nourriture délivrés par des associations caritatives. Les longs points de distribution montrent que, pour beaucoup de gens, les services sociaux ne sont plus une véritable aide aujourd’hui.»

Dans ce contexte, l’Alliance se mobilise pour qu’après dix ans de séjour, un étranger tributaire de l’aide sociale ne puisse être expulsé. La coalition entend aussi empêcher de nouveaux durcissements, le Conseil fédéral en prévoyant d’ores et déjà à l’encontre de ressortissants de pays tiers, précise la syndicaliste. Concrètement, l’Alliance a rédigé une lettre qui sera adressée aux parlementaires. Un courrier mis en ligne dimanche dernier et qui a déjà été signé par plus de 9000 personnes. «Criminaliser la pauvreté est inacceptable. Chacun peut, à un moment de sa vie, tomber dans la misère. Mais tous ne sont pas traités de la même manière», conclut Marília Mendes, estimant que des changements législatifs doivent intervenir de toute urgence...

Signer la lettre sur: poverty-is-not-a-crime.ch

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