La grève: un droit à défendre!

Racheter un hôpital privé subventionné pour étendre son empire de cliniques; dénoncer la convention collective en vigueur dans tous les établissements hospitaliers du canton pour baisser les salaires, les allocations et augmenter le temps de travail du personnel; demander de surcroit au Canton d’augmenter ses subventions pour dégager encore plus de bénéfices; et virer 22 grévistes n’acceptant pas que leurs conditions de travail, déjà difficiles, se dégradent… C’est possible dans la triste Helvétie qui piétine allégrement les droits syndicaux. C’est possible et c’est désormais cautionné par le Tribunal fédéral dans son arrêt, rendu en début d’année, sur la grève à l’hôpital de la Providence de Neuchâtel. Une grève, menée de fin 2012 à janvier 2013, qu’il a jugée illicite et dont la revendication a été qualifiée de «disproportionnée». Disproportionnée car les grévistes, dont la seule exigence était le maintien de leur CCT, auraient refusé la prolongation de la convention pour une année. Une proposition de la direction de l’hôpital de la Providence jugée pour sa part raisonnable par la Haute cour de justice.

Ce jugement du Tribunal fédéral qui, pour la première fois se positionne sur le fond d’un conflit et non sur la forme, remet gravement en cause le droit de grève en Suisse. Un droit déjà soumis à de nombreuses cautèles. Avec son arrêt, le Tribunal légitime aussi les politiques de rentabilité et de profit menées sur le dos du personnel, que ce soit dans la santé ou ailleurs, en pratiquant du dumping salarial et social.

Défenseur des grévistes de la Providence, le Syndicat des services publics, soutenu par l’Union syndicale suisse, a saisi la Cour européenne des droits de l’homme pour qu’elle annule ce jugement contraire aux libertés syndicales, garanties non seulement par les conventions de l’Organisation internationale du travail mais également par la Convention européenne des droits de l’homme.

La démarche risque de prendre du temps. D’ici la fin de la procédure, n’oublions pas que la grève est un droit. Un droit fondamental de tous les êtres humains de cesser de travailler lorsque leurs acquis sont remis en cause ou que le revenu de leur travail ne suffit pas à les nourrir. C’est le seul outil dont disposent les travailleurs face à un patronat tout puissant. Un droit que les patrons, ici et partout dans le monde, aimeraient voir disparaître pour revenir à une exploitation éhontée du travail humain. Un droit à exercer, et à reconquérir en permanence!