Industrie du jouet: sueur et misère des ouvriers

Chaîne de montage de l’usine Everfront, à Dongguan.
© Solidar Suisse

L’enquête menée dans cinq usines met en lumière des heures supplémentaires excessives et un épuisement des ouvriers attelés à la fabrication des jouets (chaîne de montage de l’usine Everfront, à Dongguan).

A la veille de Noël, Solidar Suisse publie un nouveau rapport sur les conditions de travail des ouvriers chinois fabriquant des jouets. L’exploitation au cœur de cette industrie

Si la Chine s’est hissée au premier rang de l’économie mondiale, son extraordinaire développement ne profite de loin pas à l’ensemble de sa population. Parmi les principaux laissés-pour-compte, les migrants internes, provenant des régions agricoles pauvres du pays. Cette main-d’œuvre bon marché, estimée à quelque 290 millions de personnes, est notamment employée dans l’industrie des biens électroniques, du textile et des jouets. Un dernier secteur sur lequel s’est penché Solidar Suisse, engagé dans le domaine depuis 2015. L’ONG a mandaté des enquêteurs anonymes de l’organisation de défense des droits des travailleurs, China Labor Watch (CLW), pour évaluer la situation des ouvriers œuvrant sur des chaînes d’approvisionnement des marques Disney, Lego, Hasbro et Mattel. Pour mener à bien leur mission, les militants ont décroché, entre juin et octobre, des jobs au sein d’usines fournissant ces enseignes. Les conclusions se révèlent sans appel. Près de vingt ans après la première recherche menée par CLW dans le domaine, l’exploitation des ouvriers reste la norme.

Journées interminables

Salaires de misère, formation à la sécurité et à la manipulation de produits chimiques toxiques lacunaire, management agressif, chambres surpeuplées et insalubres... Les violations mises au jour par l’enquête mandatée par l’ONG concernent de nombreux aspects de l’existence des migrants. Les activistes ont mené leur recherche dans cinq usines différentes fournissant les plus grandes multinationales du domaine. On imagine dès lors la situation prévalant dans les fabriques fournissant des sociétés de taille plus petite... Parmi les problèmes les plus graves qui se retrouvent à différents degrés dans toutes les usines contrôlées, la question des rémunérations. Si elles respectent le salaire minimum en vigueur, elles ne permettent pas aux employés de vivre décemment. Conséquence: les ouvriers sont contraints d’effectuer des journées de travail interminables pour assurer leur subsistance. «Ils triment jusqu’à 126 heures supplémentaires par mois, alors que le droit du travail chinois n’autorise que 36 heures», dénonce Solidar Suisse qui exhorte l’industrie du jouet à payer des salaires corrects. Dans une des fabriques contrôlées, les collaborateurs ont ainsi enchaîné onze jours consécutifs, sans un jour de repos. La santé des travailleurs, exposés à des diluants à peinture, du n-hexane et d’autres solvants, inquiète aussi l’ONG qui estime que les employés ne sont pas toujours suffisamment protégés. «Ils ne connaissent pas précisément les produits avec lesquels ils sont en contact, et les usines ne fournissent pas l’équipement de protection adéquat ni la formation nécessaire.»

Appel aux grandes marques

Les usines n’ont pas toutes non plus suivi l’obligation de faire passer à leurs collaborateurs un examen médical avant leur engagement et à son terme. Aucune n’a de surcroît respecté l’exigence de l’Etat qui stipule que les employés doivent, avant le début de leur activité, bénéficier d’une formation de 24 heures. Enfin, Solidar Suisse pointe du doigt les manquements en matière d’assurance sociale et, pour nombre d’ouvriers, des conditions de vie déplorables dans des dortoirs bondés et sales, infestés de punaises de lit. L’absence de représentation des travailleurs – la liberté d’association n’existe pas en Chine – ainsi que la discrimination et des violences fondées sur le genre viennent encore obscurcir le tableau.

«Depuis des années, les grandes marques de jouets affirment que les conditions de production dans leurs chaînes d’approvisionnement sont acceptables et humaines. Sur place, ce n’est pas ce que nous constatons. Au lieu de chercher à améliorer les conditions, elles transfèrent la responsabilité sur les usines», s’indigne Solidar Suisse qui, cofondateur de la Fair Toys Coalition, demande aux entreprises d’assurer aux employés de leurs usines partenaires des conditions de travail décentes et un traitement humain.