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Grande-Bretagne: l'ère Thatcher est-elle révolue?

Depuis la victoire électorale de Margaret Thatcher en 1979, tous les gouvernements britanniques ont appliqué des mesures néolibérales en matière de service public, y compris les gouvernements du «New Labour» de Tony Blair et de Gordon Brown. Ce n'est qu'en Irlande du Nord et en Ecosse que le service public est resté en partie entre les mains de l'Etat. Cela pourrait désormais changer. Le nouveau chef du gouvernement travailliste, Andy Burnham, souhaite renforcer le service public en Angleterre. Ainsi, la compagnie des eaux Thames Water, menacée de faillite, devrait par exemple être renationalisée. 

Catastrophe dans le secteur de l’eau. La privatisation des chemins de fer, des transports en commun, de l’énergie et de l’approvisionnement en eau a conduit à une catastrophe. Les investisseurs privés dans ces domaines étaient avant tout intéressés par des profits rapides et non par le service public. C’est pourquoi Burnham a déclaré dans le journal britannique The Guardian que «des milliards et des milliards ont été retirés du secteur de l’eau sans que cet argent soit réinvesti dans les infrastructures». Il en a été de même pour les chemins de fer et le secteur de l’énergie. «Nous avons laissé […] un petit groupe de personnes gagner beaucoup d’argent grâce à ces services, tandis que la grande majorité devait payer de plus en plus cher pour un service de plus en plus médiocre.» Cette autocritique est remarquable, d’autant plus que Burnham avait soutenu la ligne du New Labour de ses mentors Blair et Brown. La question de savoir s’il y aura effectivement une nationalisation de Thames Water reste ouverte. Les capitalistes concernés s’opposent à leur expropriation. L’un d’entre eux est Paul Singer, multimilliardaire et gestionnaire de fonds spéculatifs notoire, qui a également financé la campagne électorale de Donald Trump. 

Le désastre des primes. Les créanciers, qui dirigent Thames Water à titre provisoire, exigent des indemnités de 109 milliards de francs si le gouvernement Burnham nationalise le groupe. Sur le plan juridique, cette exigence est difficilement applicable, car le droit anglais ne prévoit aucune indemnisation de l’Etat pour les créanciers d’entreprises en faillite. Sur le plan politique, les groupes capitalistes d’importance systémique ont toutefois bien des atouts en main. Tout comme de nombreux gouvernements qui se sont vus contraints de sauver leurs banques d’importance systémique pour éviter un blocage des flux financiers, Burnham ne pourrait guère risquer une interruption de l’approvisionnement en eau pour des millions de personnes – tel est le calcul politique des capitalistes de Thames Water. C’est pourquoi ils exigent des milliards supplémentaires de la part de l’Etat ainsi que le report d’une amende de plusieurs milliards infligée par l’Etat pour le rejet illégal d’eaux usées, afin d’empêcher la faillite de Thames Water. Malgré tout, et malgré les coupures d’eau régulières subies par des dizaines de milliers de personnes, Thames Water continue de verser des primes de plusieurs millions à ses cadres supérieurs.

Catastrophe ferroviaire. L’avenir nous dira comment Burnham réagira au chantage exercé par les capitalistes des fonds spéculatifs de Thames Water. Peut-être que sa version du contrôle public ne différera finalement guère des solutions apportées à la débâcle de la privatisation de chemins de fer par son prédécesseur impopulaire, Keir Starmer. Grâce à ce dernier, tous les chemins de fer anglais seront exploités à partir de 2027 par une nouvelle société ferroviaire publique. Pourtant, la décision de Starmer en faveur d’un contrôle public accru dans le secteur ferroviaire ne causera guère de nuits blanches aux capitalistes concernés. L’Etat étant propriétaire de la nouvelle Great British Railways, les voyageurs pourront à l’avenir tenir l’Etat pour responsable de tous les problèmes.

Malgré tout, les capitalistes ferroviaires continueront à prélever des bénéfices sur le secteur ferroviaire, car le matériel roulant restera entre des mains privées. C’est pourquoi la vie en Angleterre de ces patrons pourrait même devenir plus facile à l’avenir. Au lieu de devoir s’occuper de la gestion complexe du réseau ferroviaire, ils pourront se concentrer – depuis des paradis fiscaux internationaux – sur l’envoi de factures à Great British Railways pour la location de «leurs» locomotives et wagons. Si Burnham, chez Thames Water, suit la version de contrôle public proposée par Starmer, sa popularité ne tardera pas, elle aussi, à s’effriter. 

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