Amiante: stop au nouveau drame qui se profile!

Un tas de gravats. Un coup de balai. Des multitudes de fibres d’amiante qui se propagent dans les airs. Du désamiantage, sans confinement, et là encore, des fibres envahissent l’espace. A Genève, des ouvriers actifs sur le chantier d’une école ont tiré la sonnette d’alarme depuis des mois, sans effet. Le chantier s’est poursuivi. Le tas de gravats est toujours là. A Romont, de l’amiante a été découvert dans les faux plafonds d’un établissement scolaire, après plusieurs expertises n’ayant pas signalé le problème, et juste avant de gros travaux de rénovation (pages 3 et 9). L’été passé, à Lutry, des travailleurs ont scié et démoli des murs recouverts de crépis amianté dans une villa en rénovation. Sans masque. Sans combinaison. Sans confinement. Ces situations ne sont que la pointe de l’iceberg d’un scandale où le profit l’emporte sur la vie des gens, ouvriers ou élèves et employés d’établissements construits dans les années 1970.

Il y a tout juste 30 ans, le 1er mars 1990, l’utilisation de l’amiante était totalement interdite en Suisse. Mais il aura fallu des années pour en arriver là. Depuis le début du siècle passé, la toxicité du produit était avérée. En 1939 déjà la Caisse nationale suisse en cas d’accident, la Suva, reconnaissait l’asbestose comme une maladie professionnelle. Malgré ça, l’amiante, produit «miracle» par sa résistance au feu, à la corrosion ou encore au frottement, a été utilisé à large échelle dans les bâtiments, les garages (les garnitures de frein en contenaient), les usines ou encore chez les particuliers, sur les planches à repasser par exemple. Le profit n’a pas de prix. Ou alors celui des larmes. Car ce premier scandale de l’amiante se traduit aujourd’hui par des milliers de travailleurs, d’épouses, d’usagers de locaux publics qui, ayant été exposés à la fibre mortelle, développent un cancer de la plèvre, des poumons ou une autre maladie due à l’amiante. Ces dernières apparaissant entre 10 et 40 ans après l’inhalation. En Suisse, tous les ans, quelque 180 personnes développent un mésothéliome. Selon la Suva, l’amiante tue deux fois plus que tous les accidents de travail. En Europe, le décès de centaines de milliers de personnes est attendu ces prochaines années en raison de leur exposition à ce matériau avant son interdiction.

Aujourd’hui un nouveau drame se tisse. C’est celui de tous ces ouvriers travaillant sur des chantiers de rénovation ou de démolition d’immeubles contenant la fibre mortelle. Et de toutes les personnes qui y ont été exposées passivement lors de tels travaux, ou simplement parce qu’elles ont fréquenté des lieux munis de faux plafonds, contenant des fibres très volatiles.

Il est urgent de prendre des mesures drastiques. Une expertise amiante est obligatoire en cas de travaux sur des ouvrages datant d’avant 1990. Mais combien d’entrepreneurs, d’architectes  et de propriétaires les réalisent vraiment? Et combien, lorsqu’ils le font, prennent des dispositions pour que la sécurité soit assurée? Tant à Genève, que dans la Glâne ou à Lutry, les faits démontrent la légèreté avec laquelle les risques encourus par les travailleurs sont pris en compte. Bien sûr, désamianter un immeuble coûte cher, très cher. Mais certains préfèrent économiser sur la santé et la vie des ouvriers qui le paieront encore plus cher dans une ou plusieurs décennies. Il faut cesser de se voiler la face. Des garde-fous doivent être mis en place au plus vite par les autorités pour que ces agissements criminels cessent. C’est une question urgente de santé publique, porteuse de nouvelles tragédies.