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Unia Vaud appelle à voter Roger Nordmann

Portrait d'un politicien
©DR

Légende: Roger Nordmann estime qu’en baissant l’impôt sur la fortune, on agrandirait le trou financier provoqué par les cadeaux fiscaux faits par le passé aux grandes fortunes.

Le syndicat affiche son soutien au candidat PS-Vert pour le second tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat. Entretien avec le prétendant.

Le 29 mars prochain, le Parti socialiste saura enfin s’il pourra toujours compter sur un deuxième siège au sein du Conseil d’Etat vaudois. Son candidat, Roger Nordmann, est certes bien placé avant le second tour de l’élection complémentaire, mais l’écart avec son concurrent s’annonce serré. Soutenu par les Verts et par le POP, le Lausannois peut aussi compter sur l’appui d’Unia Vaud, pour qui il incarne le meilleur relais dans la défense des enjeux liés au monde du travail et de certaines problématiques sociétales. 

Evoquons, pour commencer, la politique d’austérité budgétaire mise en place par le Conseil d’Etat. Elle touche des secteurs cruciaux et s’attaque aux conditions de travail. Voyez-vous des marges de manœuvre pour contrer cet état de fait?
Le point central, à mon sens, c’est d’éviter d’aggraver la situation. On peut y parvenir en s’opposant notamment à l’initiative des milieux patronaux qui veut baisser de 12% l’imposition des personnes physiques. Un trou de 500 millions de francs a déjà été creusé par des cadeaux fiscaux, et on voudrait encore l’approfondir de 260 millions en baissant l’impôt sur la fortune. C’est totalement absurde. Cela aurait des conséquences directes, notamment sur le parapublic. L’Etat est souvent tenté de faire des économies dans ce secteur parce qu’il y a moins de protection contre les licenciements. Il existe donc une menace très forte de dégradation des conditions de travail et des effectifs – et les effectifs font évidemment partie des conditions de travail. Cela menace également les revalorisations salariales, qui sont nécessaires.

Un autre élément concerne le retrait du Canton de sa contribution au fonds de la santé et de la sécurité au travail, fixé par la réforme fiscale RIE III. Comment revenir sur cette décision?
Comme pour beaucoup de questions budgétaires, tout dépend des ressources. Si l’on parvient à éviter une aggravation du déficit et à mobiliser de nouvelles recettes – par exemple via l’impôt sur les gains immobiliers ou l’imposition des riches étrangers sans activité lucrative – alors on aura les moyens de réalimenter ce type de fonds.Sans recettes fiscales solides, il n’y a pas de solidarité possible. Par ailleurs, économiser sur la santé et la sécurité au travail est une vision à très court terme. Les accidents et les maladies professionnelles coûtent énormément, en plus du drame humain qu’ils représentent.

Cette réforme budgétaire s’est faite de manière très verticale, avec peu de concertation et de dialogue. N’est-ce pas là le premier problème?
Je suis bien sûr favorable au dialogue. J’estime qu’on ne peut pas reprocher aux syndicats de défendre leurs membres si, au bout du compte, les services publics sont attaqués. Je crois aussi que, s’il existe une symétrie des efforts – par exemple si les hauts revenus contribuent davantage – alors on peut discuter de compromis. Mais il faut des positions raisonnables. On ne peut pas faire de compromis sur des positions totalement absurdes.

Au niveau national, plusieurs dossiers concernent directement le monde du travail. Il y a la motion Ettlin, qui vise à privilégier les conventions collectives plutôt que les salaires minimums cantonaux. Quelle est votre analyse à ce sujet?
Nous devrons combattre cela par référendum si nécessaire. Il s’agit d’une tentative de vider les salaires minimums de leur substance. Fondamentalement, le salaire doit garantir qu’une personne qui travaille à plein temps puisse vivre dignement et faire vivre dignement sa famille. Toute tentative de l’affaiblir revient à favoriser l’exploitation.

Quels dangers voyez-vous dans l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!»?
Elle ferait tomber les accords bilatéraux avec l’Union européenne et, par conséquent, les mesures d’accompagnement qui protègent les salaires. On risque ainsi de se retrouver dans une situation comparable à celle que connaît le Royaume-Uni après avoir voté le Brexit: une crise économique, une immigration toujours présente, mais beaucoup plus désordonnée, et une dégradation massive des conditions de travail. Il est évident que, dans certains secteurs, notamment celui des soins, nous manquerions dramatiquement de personnel. Or, la population âgée va doubler dans les vingt-cinq prochaines années et nous avons besoin de ces travailleuses et de ces travailleurs. C’est une initiative nationaliste et isolationniste qui se cache derrière un argument pseudo-écologiste, celui de la durabilité, alors que ses promoteurs s’opposent systématiquement aux politiques environnementales.

Le débat sur l’extension du travail dominical dans les commerces est vif. Comment percevez-vous l’initiative zurichoise qui envisage l’ouverture des magasins jusqu’à douze dimanches par année?
Je ne crois pas du tout qu’une société commerciale ouverte 24 heures sur 24 rende les gens plus heureux. Le pouvoir d’achat n’augmente pas: il n’y aura donc pas plus de ventes, mais simplement plus de coûts pour les commerces. C’est l’«économicisation» de toute la vie sociale, et cela n’a pas de sens.

Comment vous situez-vous par rapport à la politique industrielle, en Suisse et à l’échelle cantonale?
Il est crucial de maintenir des industries fortes en Suisse. Elle subit une concurrence très forte, notamment de la Chine. Il faut la soutenir et investir dans leurs transitions énergétiques et écologiques, sans quoi, nous risquons une désindustrialisation. Je pense particulièrement à l’industrie lourde ou aux machines, qui sont beaucoup plus exposées. Je me suis directement investi dans le sauvetage de l’aciérie de Gerlafingen. Ce fut le résultat d’une coopération fructueuse entre syndicat et direction. En échange de certains soutiens publics – notamment sur le prix de l’énergie – l’entreprise a retiré un plan de licenciements. Au final, environ 500 emplois ont pu être sauvés. Cela prouve que, quand le partenariat social fonctionne de manière constructive, il peut produire des résultats impressionnants. 

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