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Rojava: quand le silence international devient de la complicité

Depuis plusieurs semaines, la situation au Rojava atteint un niveau de gravité extrême. Des centaines de milliers de civils kurdes ont été déplacés, blessés ou tués. Les attaques ciblent directement les populations civiles ainsi que des infrastructures déjà fragilisées par des années de guerre.

Ce qui se déroule aujourd’hui dans le nord et l’est de la Syrie ne peut plus être réduit à un simple affrontement armé. De nombreux éléments indiquent un processus de nettoyage ethnique, avec un risque réel de génocide à l’encontre du peuple kurde. Les groupes jihadistes responsables de nombreuses exactions ne sont pas des acteurs isolés. Leur action s’inscrit dans un contexte régional marqué par le soutien matériel, financier et logistique de la Turquie, dont la stratégie vise à empêcher toute reconnaissance ou existence politique kurde.

L’objectif est clair: vider la région de sa population kurde et détruire toute forme d’identité collective. Il s’agit d’un projet politique assumé, mené dans un climat de silence international préoccupant. Face à cette menace, le peuple kurde a répondu par l’unité. Les Kurdes des quatre parties du Kurdistan, au-delà de leurs divergences politiques, considèrent aujourd’hui le Rojava comme une ligne rouge. Cette mobilisation collective traduit une conscience politique forte et une volonté de défendre un projet qui dépasse les frontières ethniques.

Car le Rojava représente bien plus qu’un territoire. Il incarne une expérience politique fondée sur le vivre-ensemble, la coexistence des peuples, l’égalité des genres et la démocratie locale. C’est précisément ce modèle qui est aujourd’hui attaqué.

Les pays occidentaux ne peuvent continuer à considérer cette situation comme périphérique. La stabilité du Rojava, de la Syrie et du Moyen-Orient est directement liée à celle de l’Europe. Fermer les yeux aujourd’hui, c’est accepter que les principes de droits humains et de justice internationale soient sacrifiés au nom d’intérêts économiques et géopolitiques. Le peuple kurde demande une chose essentielle: une solution politique durable, un cessez-le-feu garanti et une reconnaissance de son droit à exister librement sur sa terre. Il ne peut être acceptable de solliciter les Kurdes pour combattre le terrorisme, puis de les abandonner une fois les équilibres stratégiques rétablis.

Alors que l’hiver aggrave encore la situation humanitaire — manque d’eau, d’électricité, de nourriture —, la solidarité internationale devient vitale. En Suisse, le Croissant-Rouge kurde a lancé une campagne d’aide financière d’urgence. Briser le silence médiatique, soutenir les initiatives humanitaires et exiger des positions politiques claires sont aujourd’hui des responsabilités collectives. Soutenir le peuple kurde n’est pas un acte militant marginal: c’est une exigence morale face à l’histoire qui s’écrit sous nos yeux. 

Sevgi Koyuncu, conseillère communale d'Ensemble à Gauche à Lausanne et membre de Lajin (Assemblée des femmes kurdes Vaud).

 

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