Pour une relance verte

Manifestation de cyclistes à Lausanne.
© Thierry Porchet

Le 26 mai, des centaines de cyclistes écologistes ont répondu à l’appel d’Extinction Rebellion (XR) afin de demander au Conseil communal lausannois des mesures fortes.

La Grève du climat propose des solutions concrètes à la crise dans le cadre d’une transition écologique et sociale

Une aide immédiate à la crise, des investissements respectueux du climat et la création d’emplois durables. Les trois axes du plan d’action de crise de la Grève du climat ont été posés lors d’une conférence de presse le 25 mai. Ce plan s’inspire de celui en cours d’élaboration depuis des mois entre les jeunes écologistes et des experts (des professionnels du terrain, des scientifiques, des professeurs…) qui devrait être publié prochainement. Il a été envoyé aux parlementaires avant la session de juin et appelle à un débat populaire.

Pour le collectif national, la décarbonisation va de pair avec un investissement fort dans les énergies durables, qui demandent elles-mêmes la création de milliers d’emplois. Un cercle vertueux en somme. Un exemple parmi d’autres: l’équipement de chaque toit de maison de panneaux photovoltaïques dans les dix prochaines années. Ou encore: la création d’une banque ou d’un fonds climatique (géré démocratiquement) pour investir dans la transformation du système énergétique et des transports, entre autres secteurs. Un montant unique de 50 milliards de francs y serait versé par exemple par la BNS, puis son financement proviendrait d’une partie de la taxe sur le CO2 et sur les billets d’avion.

Des emplois durables

Par rapport à l’emploi, la Grève du climat propose la création d’un «Office public pour le travail vert» qui collaborerait avec les centres régionaux de placement pour proposer des alternatives aux professionnels (notamment les employés du secteur de l’aviation) des secteurs polluants contraints de réduire leurs activités, voire de disparaître. Le plan d’action pour le climat prévoit un besoin de 2500 planificateurs et de 17000 installateurs d’ici à 2031. Dans ce sens, les travailleurs du secteur du bâtiment doivent également pouvoir se former. «Les emplois verts, c’est aussi le care, prendre soin de la vie, l’agriculture, la politique, etc. Toutes les activités bas carbone en somme», précise en aparté Steven Tamburini, l’un des orateurs de la conférence de presse. La Grève du climat estime, comme les syndicats et la Grève féministe, que le temps de travail doit être réduit sans diminution de salaire, afin d’atteindre une répartition équitable de la charge de travail.

Au niveau du transport, le soutien financier aux trafics routier et aérien doit être assorti, selon le plan de crise, d’objectifs de réduction des gaz à effet de serre pour atteindre un bilan nul d’ici à 2030. Entre autres mesures: des quotas d’émission pour chaque compagnie et l’interdiction des vols au sein de l’Europe, le développement de nouvelles lignes de trains de nuit, de meilleures correspondances et des sites de réservation au niveau européen, des routes consacrées au vélo, des villes sans voiture privée. «Cela améliorera considérablement la qualité de l’air et donnera plus d’espaces libres aux citadins. Des niveaux élevés de pollution atmosphérique affaiblissent le système immunitaire et augmentent les risques de contracter des maladies telles que le Covid-19», indique le rapport. Ses auteurs estiment aussi qu’une aide financière à une entreprise doit être conditionnée à son engagement à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2030.

La fin de l’agro-industrie

Du côté de l’agriculture, le plan souhaite la promotion d’un système alimentaire agro-écologique local, ainsi que l’augmentation des salaires et de meilleures conditions de travail dans cette branche. Quant à l’élevage intensif, le collectif souligne que la Suisse doit prendre des mesures contre toutes les activités des entreprises et des gouvernements qui soutiennent une production animale industrielle propice à la propagation et au développement des virus.

Enfin, il demande la fin des subventions aux énergies fossiles – y compris les exonérations fiscales pour le kérosène et le diesel – et des plans clairs d’ici à fin 2020 de la part des institutions financières qui leur permettent d’atteindre un bilan d’émissions zéro d’ici à 2030. Autant de propositions dont les impacts pourraient être mesurés à l’aune de l’indice de développement durable (IDD) en remplacement du produit intérieur brut (PIB)…

Quelques jours après la présentation de son plan d’action, la Grève du climat – avec Fossil Free Switzerland, Breakfree Suisse, Collective Climate Justice et Extinction Rebellion – exigeaient, en écho à deux études (ran.org et greenpeace.ch), que «Credit Suisse et UBS cessent d’alimenter le chaos climatique».

Le plan d’action complet: climateactionplan.ch

Pour la vie

La pression monte dans le canton de Vaud pour une véritable transformation écologique et sociale. Le 26 mai, des centaines de cyclistes écologistes ont répondu à l’appel d’Extinction Rebellion (XR) afin de demander au Conseil communal lausannois des mesures fortes: la fin du trafic automobile privé au centre-ville et le développement d’alternatives en matière de mobilité, ainsi que la mise en place d’une assemblée citoyenne pour décider des mesures à prendre afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2025. Une semaine plus tard, XR, la Grève du climat Vaud et Lausanne action climat adressaient une lettre ouverte aux autorités communales et cantonales afin de dénoncer la répression de leurs actions de désobéissance civile (contre-affichage de XR, fonctionnaires inquiétés à cause de leur militance…) pourtant nécessaires face à l’urgence écologique et climatique. AA / photo OV

Cycliste manifestant.

 

Politique agricole à revoir

Fridays for Future (la Grève du climat Europe) a adressé le 22 mai dernier une lettre ouverte à la Commission européenne. Dans ce courrier, les militants revendiquent une révision écologique, durable et responsable des politiques agricoles communes (PAC). Ils soulignent les limites d’un système alimentaire mondialisé, mises en lumière par la crise liée à la pandémie du coronavirus entre les dépendances aux importations et aux chaînes d’approvisionnement et la situation de travailleurs saisonniers sous payés. Les activistes rappellent également l’impact de l’agriculture conventionnelle qui génère 10% des émissions de gaz à effet de serre du Vieux-Continent. Dans ce contexte, ils demandent une action urgente dans le domaine des PAC, notant encore que ce programme fait partie des plus subventionnés du monde – 58 milliards d’euros d’allocations par an. Estimant les réformes agricoles de l’UE insuffisantes pour faire face à l’érosion de la biodiversité et le dérèglement climatique, le mouvement propose différentes solutions. «Diviser par deux la production et la consommation de produits d’origine animale réduirait les émissions de gaz à effet de serre de 40% environ», affirme Fridays for Future dans son communiqué, plaidant également pour une restauration des sols et des zones humides et l’arrêt de la pollution par les pesticides. Mais surtout pour une «agriculture régionale, équitable, garantissant des emplois stables et bien rémunérés». Le groupe demande que l’UE prenne des mesures fortes dans ce sens, visant la neutralité carbone. Il réclame un changement de système d’aides aux agriculteurs qui ne serait plus basé sur la taille des exploitations mais sur des paiements en fonction des méthodes privilégiées et de leur impact sur la société et l’environnement. «L’argent public doit être investi dans une transition durable en faveur du climat et de l’agriculture rurale.» Dans nos frontières, la Grève du climat entend aussi s’immiscer dans le débat sur la question. SM