Plus de 800 migrants interdits de travail

Mardi 5 juin, la pétition «Droit au travail et à la formation pour toutes et tous!» a été remise à la présidente Verte du Grand Conseil vaudois, Sylvie Podio.
©Neil Labrador

Une pétition pour le droit au travail et à la formation pour les requérants d’asile a été déposée au Grand Conseil vaudois munie de quelque 2500 signatures

Plus de 800 personnes déboutées de l’asile vivent, pour certaines depuis des années, dans le canton de Vaud, sans avoir ni le droit de travailler ni celui de se former. Un désœuvrement allant souvent de pair avec l’angoisse d’être expulsées, alors qu’un retour est souvent tout simplement impossible.

Le collectif Droit de rester rappelle que «le droit au travail, comme celui à la formation, sont des droits fondamentaux de chaque être humain». Il a ainsi récolté près de 2500 signatures depuis fin octobre. «Les maintenir dans un système qui leur interdit de travailler est une aberration qui les oblige à une oisiveté mal vécue. Le collectif est en particulier préoccupé par la situation des jeunes personnes déboutées de l’asile, forcées d’arrêter leur apprentissage, alors qu’elles ont fait l’école obligatoire dans le canton.» La pétition, remise aux autorités vaudoises le 5 juin, demande donc d’octroyer des permis de travail aux personnes qui vivent ici et de soutenir leurs demandes de régularisation.

Or, jusqu’à présent, l’aide d’urgence dans le canton de Vaud consiste, comme l’indique le site de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (Evam), «en un hébergement collectif en foyer et en prestations délivrées en nature».

 

Quatre ans d’aide d’urgence

Arrivé en janvier 2012, Dzmitry Toustsik est l’une de ces personnes déboutées de l’asile. Biélorusse, il témoigne dans un français presque parfait: «J’aurais la possibilité de travailler comme cuisinier, mécanicien, informaticien. Mais à chaque fois, le patron me demande mon permis de travail.» Devant le Grand Conseil vaudois, il tient une pancarte: «J’ai une promesse d’embauche, j’ai besoin de l’autorisation de l’office de l’emploi.» Depuis qu’il est à l’aide d’urgence, à la suite du rejet de sa demande d’asile il y a quatre ans, le monde du travail lui est interdit. La situation est identique pour son épouse, infirmière de métier. Leurs deux filles de 5 et 9 ans sont scolarisées, et leur troisième enfant verra le jour en juin.

Dzmitry Toustsik n’a plus rien à perdre et ne cache pas son désespoir: «Ma femme a dû aller plusieurs fois à l’hôpital de Cery. Et, l’année passée, je me suis taillé les veines quand les policiers sont venus nous chercher à 5h du matin pour nous expulser. Je n’ai pas eu le choix. Je préfère mourir ici en sachant mes enfants en sécurité, plutôt que là-bas!»

Dans une autre pétition lancée en avril, le collectif Droit de rester relève qu’en cas de renvoi, cette famille risque – de par son militantisme politique contre le Gouvernement biélorusse, «dictature qui punit sévèrement les opposants» – une arrestation dès son arrivée en Biélorussie.

 

 

Témoignages relayés par le collectif Droit de rester

«Je ne comprends pas où est le problème: si on travaille, on devient autonome, on ne coûte pas à la société.» (R., sans-papiers depuis dix ans)

«Ma demande d'asile a été rejetée en 2013 et, depuis lors, je suis à l'aide d'urgence sans identité, sans futur ni perspective d'évolution. Malgré la précarité de ma situation, je me suis intégré en faisant plusieurs formations et stages couronnés par un CFC d’assistant en soins et santé communautaire (ASSC) au CHUV. Après mes cinq ans en Suisse, je fais ma demande d'article 14 (permis humanitaire, ndlr) qui a été acceptée par le canton, mais refusée par le SEM (Secrétariat d’Etat aux migrations, ndlr) sous prétexte que je bénéficie du social (aide d'urgence). Pourtant j'ai une promesse de contrat de travail au CHUV à la suite de ma formation, et j'attendais juste ce permis pour travailler et ne plus dépendre de l'aide d'urgence; un cercle vicieux infernal.» (M.A.K., 24 ans, en Suisse depuis sept ans)

«A quoi ça sert de faire un apprentissage, si après t’as même pas le droit de travailler?» (K., 23 ans, à l’aide d’urgence depuis trois ans.)