«Oui, nous pouvons gagner une majorité!»

Portrait de Magali Mangin.
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Magali Mangin, de la France insoumise de Suisse, porte les couleurs de la gauche aux législatives françaises.

Les législatives françaises approchent à grands pas. En Suisse, la candidature de la gauche pour les Français de l’étranger revient à la France insoumise. Entretien

S’il n’a pas passé la rampe du 2e tour, le candidat à la présidentielle française Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième avec près de 22% des voix, à 1,2% de la candidate d’extrême droite, a néanmoins réussi l’exploit de rassembler toute la gauche en perspective de ce qu’il nomme le 3e tour social: les législatives, qui se tiendront les 12 et 19 juin prochain (premier tour avancé au 5 juin pour les Français de Suisse). Au soir de la victoire d'Emmanuel Macron contre Marine Le Pen, le 24 avril, le leader de la France insoumise et de l’Union populaire appelait à la mobilisation pour remporter la majorité des sièges de l’Assemblée nationale et forcer le président à le nommer Premier ministre. Une situation qui permettrait de rompre avec la politique antisociale des gouvernements précédents. Il y a dix jours, la France insoumise a ainsi réuni, sous la bannière de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), les écolos d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), le Parti communiste et le Parti socialiste. Un accord a été conclu pour ne présenter qu’une seule candidature de gauche par circonscription.

En Suisse, pays formant avec le Liechtenstein la 6e circonscription des Français de l’étranger (sur onze), la place revient à la France insoumise. Une circonscription estimée comme «gagnable», à l’instar de neuf autres réparties sur toute la planète. La candidate de la France insoumise, Magali Mangin, vit dans notre pays depuis deux ans et travaille comme gestionnaire de projets dans une entreprise sous-traitante de la pharma à Zofingue, en Argovie. La jeune femme de 31 ans, titulaire d’un master en chimie et biologie, a accumulé les petits boulots dans la pharma en Allemagne, faute de débouchés en France. Après cinq ans de missions à durée déterminée, elle décroche un emploi fixe dans l’entreprise argovienne. C’est à Munich qu’elle s’engage, en 2017, à la France insoumise. Passé la frontière, elle rejoint le groupe zurichois. Entretien, à moins de trois semaines du premier tour en Suisse.


Vous êtes candidate de la France insoumise et de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale. Comment expliquez-vous cette union de la gauche que personne n’osait imaginer?

Je pense que la publication du dernier rapport du GIEC a favorisé l’alliance avec les Verts d’EELV. Lors de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a montré que notre programme présente des solutions. De plus, c’est un vrai programme de lutte populaire, visant à réparer des situations qui se sont dégradées, dans la santé par exemple. Des questions sociales, comme la retraite à 60 ans, alors que Macron prépare celle à 65 ans, ont permis au Parti socialiste, poussé par ses adhérents, de rejoindre la Nouvelle Union populaire. Quant au Parti communiste, dont le programme est très proche du nôtre, sauf sur le nucléaire il est vrai, il paraissait évident qu’il rallie cette alliance et porte, comme nous, l’exigence d’un salaire minimum garanti à 1400 euros net.

Quels sont les points forts que vous allez défendre?

Il y a plusieurs points qui concernent les Français de l’étranger. Par exemple l’abolition du délai de carence de trois mois à la sécurité sociale en cas de retour au pays. Une personne sans emploi peut se retrouver privée de soins à cause de cette disposition. Il y a aussi les questions relatives à l’éducation. Durant le dernier quinquennat, beaucoup d’écoles françaises à l’étranger ont été privatisées. Nous demandons la gratuité universelle pour l’accès à ces écoles. Nous voulons également des moyens pour les centres culturels. Comme féministe, je plaide pour un soutien aux femmes dans l’accès à l’IVG ou à la pilule du lendemain, via les consulats, afin de faire face aux interdictions existantes dans certains Etats. Autre revendication: le guichet unique pour les Français de l’étranger, regroupant les questions citoyennes et sociales. Ces éléments, et bien d’autres, ont été développés par la base dans des livrets du programme L’Avenir en commun de l’Union populaire.

Quelles sont les thématiques de ce programme qui vous tiennent le plus à cœur?

J’ai été très touchée dans mon parcours par la précarité de l’emploi. Je ne m’attendais pas à de telles difficultés après avoir obtenu mon master. La France insoumise va se battre pour de vrais emplois, la fin des jobs précaires, pour l’emploi pour tous. Un des moyens d’y parvenir est la baisse du temps de travail à 32h. Autre point, l’égalité salariale entre hommes et femmes. Si nous sommes majoritaires à l’Assemblée nationale, nous ferons introduire dans les entreprises des comités veillant à combler les écarts salariaux, qui vont jusqu’à 20%.

Pourquoi voter pour vous, pour les candidats de la France insoumise?

Pour la bifurcation écologique et la règle verte, c'est-à-dire ne pas prélever à la nature plus qu'elle ne peut régénérer, pour l'investissement dans les institutions françaises et la retraite à 60 ans. Mais aussi parce que nous portons un programme complet, élaboré par la base et auquel chacun peut apporter des améliorations, comme on l’a fait avec l’Union populaire. L’objectif est de partir du bas, des besoins des gens, pour aller vers le haut. C’est un processus démocratique essentiel face au décrochage politique que nous connaissons. Voyez comment Macron a traité les Gilets jaunes... Nous façonnons notre programme tous ensemble. C’est pour cela que j’ai rejoint la France insoumise. Et parce que j’ai découvert que Jean-Luc Mélenchon parlait sans cesse de solidarité, d’éthique, d’école, d’entraide et d’harmonie.

Comment menez-vous la campagne en Suisse?

Nous avons rencontré les militants d’EELV pour discuter de la manière de mener une campagne commune afin de toucher les quelque 180000 Français de Suisse et du Liechtenstein. Pour l’heure, les équipes de la France insoumise proposent des apéritifs populaires et hebdomadaires à Genève, Lausanne, La Chaux-de-Fonds et Zurich. Nous développons aussi notre campagne sur les réseaux sociaux*.

Pensez-vous qu’il est possible de gagner l’élection en Suisse, les macronistes étant loin devant à la présidentielle?

Oui, c’est possible. Nous avons quatre candidats en face de nous, dont, pour le parti de Macron, l’un de ses amis proches et ancien conseiller ministériel qui ne vit pas en Suisse. Pour les législatives, nous sommes parvenus à réunir toutes les forces de gauche et écologistes, ce qui représente la seule opposition possible. Nous pouvons gagner.

Et en France?

Un vrai changement peut intervenir durant ces législatives. Jean-Luc Mélenchon est arrivé premier dans certaines villes ou régions. Avec les résultats de la présidentielle, nous pouvons obtenir les 289 élus nécessaires pour une majorité qui permettra la mise en œuvre de notre programme.