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Objectif santé

Dépression, épuisement émotionnel, burn-out: le travail affecte un nombre croissant d’actifs. Ou plutôt les conditions qui le régissent, déterminées par la quête d’une maximalisation de la rentabilité et des profits. Une course à la compétition et à la performance malsaines et dangereuses pour le personnel. Conséquences: de plus en plus de salariés souffrent de troubles de la santé mentale; sont mis à l’arrêt par leur médecin; ou vont au boulot à reculons dans un acte de présentéisme stérile. Près d’un employé sur trois confie se trouver dans une situation critique, dépassé par la charge de travail, au bord de la rupture. Avec, parfois, des issues fatales. Le stress fait le lit de maladies cardiaques, suicides et dépressions. Chaque année en Europe, 10000 travailleuses et travailleurs en meurent. Des tragédies responsables de trois fois plus de victimes que les accidents professionnels! Autant de drames qui pourtant, pourraient souvent être évités. 

Si tous les domaines professionnels sont concernés par la problématique, certains présentent un terrain plus propice à l’apparition de troubles psychiques. Avec des éléments déclencheurs récurrents entre intensité des cadences, plannings de dernière minute, horaires interminables, manque de reconnaissance, sous-effectifs et plus largement perte de sens. Parmi les secteurs les plus exposés, celui de la santé et du social. Selon une récente étude de la Haute école de travail social de Fribourg, le risque suicidaire pour les employés de la branche se révèle quatre fois plus élevé que pour le reste de la population! Un chiffre témoignant en filigrane des difficiles conditions de travail. Notamment en raison d’une pénurie chronique de personnel mettant à rude épreuve l’équilibre des salariés. Sans oublier la dimension humaine de l’activité, porteuse, mais propre aussi à générer beaucoup de frustrations quand le temps fait constamment défaut. Quand il faut courir d’un patient à l’autre au détriment de la relation et de la qualité des prestations. Un soignant sur trois, à bout de souffle, raccroche d’ailleurs la blouse prématurément. D’autres secteurs se révèlent souvent limites pour les nerfs et la motivation du personnel. Comme l’hôtellerie-restauration qui enregistre 29% d’employés sous pression. Ou la construction, où ce taux s’élève à 28%. Un dernier domaine qui mérite une attention accrue. Dans ce milieu essentiellement masculin, l’image de virilité fréquemment véhiculée s’accorde souvent mal avec des passages à vide. Pas sûr que la question de la santé mentale soit abordée sur les chantiers. Le tabou pourrait bien masquer des fragilités. Non sans danger...

Selon l’Union syndicale suisse, les absences pour maladie ont fortement augmenté: 80 millions d’heures de plus qu’avant la pandémie! Le camp parlementaire bourgeois n’en a cure. Et défend l’élargissement du nombre annuel de dimanches travaillés dans les commerces à douze au lieu de quatre, la flexibilisation accrue des horaires ou encore la restriction de l’application des salaires minimums cantonaux. Des attaques qu’il faut absolument combattre, menaçant encore de détériorer le bien-être et le moral des salariés. Et, partant, la productivité. Un argument qui devrait faire mouche auprès des entreprises. Sachant encore que, selon la Fondation Promotion Santé Suisse, le stress a occasionné en 2022 un manque à gagner de 6,5 milliards de francs pour les sociétés du pays. Celles-ci ne resteront compétitives sur la durée qu’en privilégiant des rythmes humains, en rémunérant de manière décente le personnel face à pénurie de main-d’œuvre, en lui offrant un cadre où la vie professionnelle n’empiète pas sur celle privée. Les syndicats ont en tous cas promis de veiller au grain, plaçant la question de la santé au travail en tête de liste de leurs objectifs de l’année. Du pain sur la planche en perspective. 

Près d’un salarié sur trois confie se trouver dans une situation critique, dépassé par la charge de travail, au bord de la rupture.