C’est un combat sans fin entre la nécessité de préserver les acquis et celle d’en obtenir de nouveaux. Une lutte qui réclame une vigilance constante, tant pour s’assurer du respect de l’application d’éventuelles règles plus favorables au personnel que pour défendre d’autres améliorations. Après les fortes mobilisations qui ont permis de décrocher une bonne Convention nationale de travail dans le secteur de la construction, couvrant quelque 80000 maçons, et au lendemain de sa déclaration de force obligatoire intervenue le 1er avril, d’autres corps de métiers sont appelés à monter au créneau. L’artisanat du métal ou le second œuvre romand par exemple. Dans ce dernier cas, les menuisiers, charpentiers, plâtriers-peintres, carreleurs et artisans divers devront dresser la liste de leurs principales revendications, l’accord de branche arrivant à échéance fin 2028. Une date qui peut sembler lointaine, mais dans ce genre de démarche, l’anticipation favorise le regroupement des troupes – 28000 salariés sont concernés par l’accord – et la mise en place de stratégies. Des démarches d’autant plus importantes que la partie adverse s’est montrée plus que coriace lors des dernières discussions sur les salaires ces précédentes années. Rappelons-le, rien n’était allé de soi. Un long bras de fer avait opposé les travailleurs aux patrons. Sans la ténacité et la détermination des premiers, les rémunérations seraient restées désespérément basses, largement entamées par un coût de la vie qui n’a cessé de prendre l’ascenseur.
Démarrant le mois prochain, la campagne menée par Unia auprès des collaborateurs de la branche permettra de mettre en évidence des enjeux majeurs du domaine. Nombre de problèmes ont déjà été identifiés. Dont une pression sur les délais avec des chantiers qui devraient être terminés pour la veille et les risques inhérents en matière de sécurité et de qualité de l’ouvrage. La bataille pourrait bien aussi porter sur la pleine compensation des trajets et l’avancement de l’âge de la retraite anticipée à 60 ans – comme dans la construction et désormais bientôt également dans la branche des techniques du bâtiment – au lieu des 62 ans actuels. Rien d’exagéré au regard de la pénibilité des métiers représentés. Et cela alors que nombre d’ouvriers, quand ils peuvent enfin poser les outils, ressentent trop souvent tout le poids d’un travail qui a abîmé, voire brisé leur corps. Les salaires pourraient encore revenir sur la table, en dépit des améliorations arrachées de haute lutte.
La mobilisation des électros, qui bénéficient d’une nouvelle CCT depuis le 1er janvier, aura, elle aussi, permis de décrocher de meilleures rémunérations, sans oublier davantage de vacances ou encore des indemnités repas revalorisées.
Ces quelques exemples de batailles remportées et à venir rappellent que seul l’engagement des travailleuses et des travailleurs permet de construire un rapport de force. D’obtenir des avancées et de réfréner les ambitions d’un patronat constamment tenté d’élargir ses exigences. Et ce quand bien même nombre de chantiers souffrent d’une pénurie de main-d’œuvre à laquelle participent des conditions de travail peu attractives. La problématique des effectifs insuffisants inquiète pourtant clairement les entreprises. Et cela d’autant plus dans le contexte de l’initiative de l’UDC qui veut restreindre l’immigration et limiter à dix millions de personnes la population du pays d’ici à 2050. Une fois n’est pas coutume, les employeurs partagent ainsi l’opposition de la gauche et des syndicats à ce texte. Un combat d’un autre ordre qui, perdu, signera la fin des accords bilatéraux, de la protection des salaires et mettra en péril nos retraites. Aussi s’agira-t-il de faire front commun au-delà des divergences partisanes et de convaincre l’électorat des dangers d’un projet qui, accepté, nuira à l’ensemble.