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«L'inaction politique nous mène droit dans le mur!»

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© Olivier Vogelsang

Plus de 12000 personnes ont manifesté à Lausanne samedi après-midi.

CLIMAT Des manifestations pour le climat à l’initiative de la Coalition «Pas d’été à 50°» ont eu lieu ce week-end à Genève, Lausanne et Fribourg. La mobilisation ne fait que commencer.

Il a fait très chaud à Genève et à Lausanne en ce 19 septembre 2026. Dans les deux villes, quelque 20000 personnes, au total, ont répondu à l’appel de la Coalition «Pas d’été à 50°». Celle-ci compte plus de 140 organisations climatiques, paysannes, syndicales, de quartier, et de partis politiques de gauche... Un mouvement large qui veut faire pression sur les autorités avec 38 mesures (A lire sur: 50degres.ch). 

A 14h, dans la capitale vaudoise, la place de la Riponne se remplit d’une foule bigarrée intergénérationnelle brandissant de nombreuses pancartes. En introduction, quelques discours. «Nous sortons de cet été caniculaire, et il y en aura d’autres. Est-ce que les partis politiques au pouvoir, les entreprises, la place financière suisse et notre conseiller fédéral Albert Rösti mettent en place des mesures pour protéger tout le monde du réchauffement climatique?», lance un des organisateurs. «Nooooonnn !», hurlent les manifestantes et les manifestants en cœur. 

 

«Caca-pipi-talisme»

Une deuxième intervenante souligne: «Le droit à la vie est mis en danger par l’inaction des politiques. L’adaptation de nos logements, de nos lieux de travail, et des espaces publics est nécessaire. Mais cela ne suffit pas, il faut s’attaquer à la source, au système capitaliste qui pousse à toujours plus de production, d’extraction de ressources, de consommation d’énergie, de CO2, de destruction des écosystèmes, de déchets, et qui rend les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres.» Une pancarte brandie résume: «Caca-pipi-talisme».

«Notre manifeste demande que le système économique soit transformé en profondeur et que l’urgence climatique soit traitée en priorité absolue au niveau politique, budgétaire, social et économique», expliquent des représentantes de la coalition en rappelant la capacité du gouvernement à agir pendant la pandémie de Covid-19, à mettre en place des contraintes sur l'économie, à débloquer des centaines de millions de francs pour faire face à cette crise. «Pourquoi ne prend-il pas la mesure de celle en cours? Pire, pourquoi continue-t-il à présenter des politiques d’austérité, alors que pour l'armée, les milliards sont là? La sécurité, c'est aussi de pouvoir respirer quand il fait 40 degrés, se soigner, avoir un logement digne, pouvoir jouer et grandir dehors… Nous n'avons plus le luxe de la patience. L'inaction politique nous mène droit dans le mur!»

 

Appel à la démission de Rösti

Si des plans climatiques cantonaux ont émergé à la suite des mobilisations en 2019 des jeunes pour le climat, leur application est trop lente. Le philosophe et ancien professeur des sciences de l’environnement, Dominique Bourg, démontre l’urgence: le rythme de réchauffement de la Terre est en train de s’emballer et de prendre de l’ampleur. «On a vécu plus de 50 jours largement au-delà des moyennes des 30 dernières années dans toute l’hémisphère Nord! Jusqu’à présent les canicules étaient beaucoup plus courtes et plus localisées. Avec El Niño, les pertes de production alimentaire vont s’alourdir...» Il rappelle la lourde responsabilité de la Suisse quant aux émissions de gaz à effet de serre du fait des investissements de sa place financière. Comme beaucoup d’autres manifestants, il en appelle à la démission du conseiller fédéral Albert Rösti qui a un «comportement assassin» preuve en est ses décisions anti-écologiques prises ces derniers mois. 

 

Des travailleuses et des travailleurs en souffrance

Trois éducatrices de la petite enfance racontent leur été très difficile: «Nous avons travaillé dans la peur, car la plupart de nos locaux et le manque d’effectif ne nous permettent pas d'accueillir les enfants dans des conditions qui permettent de garantir leur sécurité et leur santé. Nous refusons que les personnes les plus vulnérables payent le prix de cette situation.» Elles en appellent donc à l'adaptation thermique prioritaire des lieux d'accueil des enfants en utilisant des solutions écologiques et de meilleures conditions de travail concernant le taux d’encadrement, les pauses, l’adaptation des horaires…

Alberto Silva, maraîcher et secrétaire politique à Uniterre, transmet un message du Mouvement pour une agriculture paysanne et citoyenne (MAPC), partagé au même moment lors de la manifestation de Genève. Le constat d’abord de cette année très compliquée: «Herbage insuffisant, culture en stress et rendement à la baisse, calendrier des vendanges et des moissons bouleversés, pression accrue des ravageurs, dont certains sont apparus avec le dérèglement, et fortes intempéries.» Cette pression du dérèglement climatique accentue encore les difficultés liées au système, soit «le capitalisme qui privatise et marchandise les ressources naturelles, qui sacrifie l'agriculture avec ses traités de libre-échange, qui détruit la biodiversité, qui s'accapare les terres agricoles et qui pousse les paysans et paysannes endettés à la faillite ou au suicide. Ce système agricole industriel ne produit pas de la nourriture, mais des bénéfices pour une poignée d'entreprises en faisant disparaître celles et ceux qui nous nourrissent avec le consentement complice de notre gouvernement.» 

Loin de baisser les bras, il en appelle à la lutte. «Nous devons nous battre pour une agriculture diversifiée et rémunératrice, pour le droit à l'alimentation et pour la souveraineté alimentaire.»

 

Et 4, et 5 et 6 degrés…

Le slogan «On est plus chaud, plus chaud que le climat!» est repris en cœur par les manifestants. «Et un, et deux, et trois degrés, c'est un crime contre l'humanité!» rappelle aussi des souvenirs des manifestations de 2019. Or, aujourd’hui le slogan se prolonge: «Et 4, et 5, et 6 degrés, C'est aussi un crime contre l'humanité!»

Le cortège s’ébranle, sillonnant la ville sous un soleil estival alors que l’équinoxe est à nos portes. Plusieurs discours se tiennent tout au long du parcours. Sur la place du château, les critiques fusent sur l’inaction du Conseil d’Etat vaudois pour l’application du plan climat. «Le bilan carbone publié en janvier atteste qu'aucun secteur n'atteindra les objectifs pour 2030. Même face à ce constat alarmant, le Conseil d'État n'a rien changé. On n'a plus le temps d'attendre des mesures insuffisantes. Nous exigeons une réaction forte de notre gouvernement et les élections cantonales de février seront décisives», explique une représentante d’Objectif climat. Les sujets abordés sont nombreux tels qu’un moratoire sur les projets qui détruisent les terres agricoles et les forêts comme l’extension de l’autoroute A1 à Chavannes-près-Renens ou le projet de méga-gravière dans le bois de Ballens. 

Un représentant du POP assène: «La dépendance aux énergies fossiles, qui nous mène à l’extinction, permet d’imposer une relation de pouvoir. L’été a été dur, l’hiver pourrait s'annoncer aussi assez technique. Les crises globales et locales se multiplient… Mais les milliardaires qui dirigent l’économie du monde n’ont pas encore gagné. La mobilisation d’aujourd’hui le prouve.»

«Une solution! Révolution!» et «Siamo tutti antifascisti!» résonnent dans les ruelles de la ville, pendant que la fanfare militante, fidèle alliée des manifestations lausannoises, joue ses airs militants.

Comme le rappelle une des organisatrices en guise de mot de la fin dans le parc de Montbenon: «Cette journée marque la toute première étape de ce mouvement national qui doit continuer pour créer le rapport de force et accélérer l'action climatique pour protéger toutes les vies. On ne lâche rien!»

Une dizaine de manifestations sont encore prévues dans plusieurs villes de Suisse, notamment à Neuchâtel le 2 octobre.

Témoignages de manifestantes et de manifestants

 

Mayane, 9 ans et demi: «Ce qui est important pour moi c'est qu'on n'ait pas trop chaud, qu'on puisse vivre et survivre assez longtemps, qu'on puisse tous espérer un jour pouvoir faire ce qu'on veut avant de mourir. Il n'y a plus assez d'eau dans le monde alors ce serait bien de protéger la planète. J’ai écrit sur ma pancarte: moins de pollution, plus de papillon.» 

Isabelle, 81 ans: «Je suis très en colère contre le gouvernement, cantonal et fédéral, c’est ça qui me fait sortir dans la rue. Ils réduisent les budgets pour la protection de la forêt, pendant que la moitié de l'Europe brûle! C’est très important de manifester, on n’est jamais assez nombreux.»

Thelma, la vingtaine: «J’ai l’impression qu’on fonce droit dans le mur, le climat devrait être le sujet central des politiques. Ca fait peur, mais ça donne espoir quand on voit la mobilisation d’aujourd’hui.»

Sven, la cinquantaine: «Le déni politique est absolument délirant. Vu l'été qu’on a vécu et alors que ça fait 40 ans qu'on est au courant du réchauffement climatique et que les gens commencent à tomber comme des mouches, on fait comme si de rien n'était. La maison brûle, mais on nous demande gentiment de l’entretenir ou de faire le ménage! (…) J’ai appris que Rösti a des enfants. Ca m’a étonné. Peut-être qu’il se dit que les plus fortunés s’en sortiront mieux que les autres…»

Eric, 22 ans: «Est-ce que les étés vont être toujours comme ça, de pire en pire? Est-ce que c'était le dernier été aussi froid qu'on n'aura jamais?»

Violette, 11 ans et demi: «Si je suis ici, c'est pour pas mourir de chaud!» 

Jean-Michel, la cinquantaine: «Pour le climat, comme pour le Covid, on devrait être dans une situation d’urgence. Ce qui se passe est très grave, et les politiques ne prennent pas les mesures nécessaires. Il y a cette espèce de psychose liée à la guerre et au réarmement. Or c’est de l’argent dilapidé, qui devrait être investi pour le climat, dans l’éducation, l’environnement...»

 

 

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