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Le salaire minimum, une mesure féministe

Deux femmes discutent
© Thierry Porchet

Agnès Aubry (à droite) et les militantes du Collectif de la Grève féministe Vaud ont pu échanger avec de nombreuses femmes lors de leur action, au centre-ville de Lausanne.

Pas facile de boucler les fins de mois lorsqu’on gagne moins de 23,60 francs de l'heure. C’est ce qu’a démontré ce mercredi 3 juin le Collectif de la Grève féministe Vaud lors d’une action.

C’est un petit ticket qui résume tout. On y voit le salaire net d’une nettoyeuse – qui gagne moins de 23,60 francs par heure –, puis toutes les charges qui s’accumulent au fil du mois… et à la fin, il ne reste presque plus rien. Cette réalité est vécue par de nombreuses personnes dans le canton de Vaud et particulièrement par les femmes. Une situation que dénonce le Collectif de la Grève féministe Vaud qui a organisé mercredi la distribution de ces tickets autour de la place du 14 juin à Lausanne. «Ce vote représente un enjeu féministe, a martelé Agnès Aubry, membre du collectif, lors de sa prise de parole. En Suisse, les femmes représentent encore deux tiers des travailleurs à bas salaires. Les inégalités salariales persistent et notre société capitaliste ne reconnaît pas la valeur de nombreux services essentiels rendus à la population: accueil de l’enfance, soins aux aînés, hôtellerie et restauration, nettoyages, commerce de détail.»

Le ticket de caisse distribué par le collectif montre combien il est difficile de boucler les fins de mois lorsqu'on touche moins de 23,60 francs par heure.
Le ticket de caisse distribué par le collectif montre combien il est difficile de boucler les fins de mois lorsqu'on touche moins de 23,60 francs par heure.

Tout le travail de care non-rémunéré est essentiellement pris en charge par les femmes, soulignent aussi les militantes, et ce sont elles qui baissent majoritairement leur taux d’activité lors de la naissance d’un enfant. Ce qui a aussi pour conséquence d’accroître leur dépendance économique.

Un message intergénérationnel

Face aux différentes intervenantes qui se succèdent sur les escaliers de l’Eglise Saint-Laurent, on retrouve une petite fille, Ayla, qui écoute attentivement. «C’est elle qui a voulu s’arrêter», sourit sa maman, Monica Molha. Mais le message touche aussi cette mère Lausannoise. «Ce salaire minimum, ce serait important et c’est même un peu tard pour l’avoir, soupire-t-elle. Nous, les femmes, nous subissons les difficultés du système: des salaires plus bas, mais aussi le devoir de s’occuper de la famille et de la maison.» Alors voir sa fille enthousiaste face à la demande d’instauration d’un salaire minimum, forcément, cela réjouit la physiothérapeute. «Si on se bat aujourd’hui, c’est pour la génération d’Ayla.»

Les femmes comprennent bien leur intérêt dans le cadre de cette votation. C’est en tout cas ce que remarque Agnès Aubry. «Lorsqu’on leur parle, elles voient tout de suite l’importance d’instaurer un salaire minimum. Soit elles sont directement touchées, soit elles ont des amies ou de la famille qui bénéficieraient d’une telle mesure. C’est un enjeu féministe et populaire, puisqu’on parle d’une rémunération digne pour les plus nombreuses.»

Un imprévu et tout bascule

D’où l’idée du ticket de caisse distribué par le Collectif de la Grève féministe Vaud, qui parle – au moins indirectement – à la plupart des femmes. «L’objectif est de montrer combien il est difficile de vivre avec moins de 23,60 francs de l’heure. Le moindre imprévu, comme un passage chez le dentiste par exemple, et on risque de devoir s’endetter pour des dépenses nécessaires. Un tel salaire ne permet pas d’absorber tous ces coûts.»

La consigne du groupe féministe est donc très clair en vue des votations du 14 juin. Voter deux fois «oui» pour un salaire minimum cantonal et «non» au contre-projet du Conseil d’Etat, qui veut que les conventions collectives de travail priment sur le salaire minimum, même si celles-ci sont moins avantageuses pour les travailleuses et les travailleurs. «Je note que la conseillère d’Etat en charge du Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes, Isabelle Moret, soutient ce contre-projet, alors qu’il instaure justement des différences selon les branches et donc de l’inégalité. Il faut voter «non» à ce texte qui privilégie certains patrons et soutenir les deux initiatives du comité unitaire.»

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