LafargeHolcim refuse le partenariat syndical

Manifestants devant l'assemblée générale de Lafargeholcim à Dübendorf
Unia

L’assemblée générale à Dübendorf dans le canton de Zurich de LafargeHolcim a été l’occasion pour les faîtières syndicales IBB et Industriall, ainsi que pour Unia, de dénoncer le manque de sécurité des travailleurs sur les chantiers du géant du ciment.

Alors que 150 personnes ont perdu la vie ces deux dernières années sur les chantiers du leader de la construction, ce dernier refuse toujours de signer un accord-cadre mondial

Après les accusations de financement de groupes djihadistes en Syrie et d’exploitation d’enfants en Ouganda, LafargeHolcim n’en est pas à un scandale près. Alors que la ratification de l’accord-cadre mondial (ACM) rédigé avec les fédérations syndicales Industriall Global Union et l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) aurait pu quelque peu adoucir son image désastreuse, sa direction refuse toujours de le signer. Or, depuis deux ans, les syndicats dénombrent plus de 150 décès et de nombreux blessés sur ses chantiers. «Un chiffre exorbitant par rapport aux autres grandes entreprises du secteur», précise Rolf Beyeler, coordinateur du comité d’entreprise européen de LafargeHolcim.

«La compagnie continue d’exposer ses travailleurs à des substances dangereuses qui provoquent à terme des maladies débilitantes et mortelles», dénonce Industriall, dans un communiqué. Matthias Hartwich, directeur de la faîtière pour le secteur des matériaux de construction, souligne: «Les dividendes annuels élevés des actionnaires de 2 francs par action sont payés avec le sang, la sueur et les pleurs des travailleurs.»

Le 28 avril, des manifestations se sont ainsi déroulées un peu partout dans le monde pour réclamer que LafargeHolcim signe un ACM, protège les travailleurs vulnérables, contrôle le recours à la sous-traitance, mette l’accent sur la prévention des maladies professionnelles – notamment respiratoires générées par l’exposition à la poussière –, et respecte les droits syndicaux ainsi que les normes de l’Organisation internationale du travail.

Promesse non tenue

Une année auparavant, lors de son assemblée générale, le numéro un du ciment s’était pourtant engagé à signer un accord comprenant des mesures essentielles en termes de sécurité et de protection de la santé. Le 12 juillet 2017, un protocole d’entente entre Industriall et IBB était même signé en vue d’un ACM, qui aurait ainsi pu améliorer les conditions de travail de plus de 80000 salariés dans quelque 80 pays. Or, en janvier, la multinationale est revenue sur sa promesse. Un revirement qui s’explique par l’arrivée du nouveau patron Jan Jenisch. «Nous n’avons jamais pu parler avec lui directement. Il a clairement dit qu’il ne signerait aucun accord avec les syndicats! Mais nous allons continuer à mettre la pression», relève Rolf Beyeler qui avait pourtant observé une ouverture depuis la fusion de Lafarge et de Holcim en 2015. «Lafarge, en tant que société française avait davantage l’habitude de collaborer avec les syndicats.»

 

Du travail des enfants

La semaine dernière, en marge de l’assemblée générale de LafargeHolcim, les ONG Pain pour le prochain et Action de Carême ont aussi rappelé la situation des enfants travailleurs en Ouganda. Pendant plus de dix ans, Hima Cement, filiale du groupe LafargeHolcim, se serait fournie auprès d’exploitations minières artisanales qui faisaient travailler quelque 150 enfants et adolescents. Lorsque le scandale a éclaté en 2016, LafargeHolcim a décidé d’acheter la matière première uniquement auprès de carrières mécanisées n’employant que des adultes, tout en soulignant paradoxalement qu’il n’y avait jamais eu d’enfants dans sa chaîne d’approvisionnement. Reste que de nombreux témoignages confirment que de jeunes travailleurs mineurs ont perdu leur travail à la suite de cette décision. «Durant leurs années de travail, ils ont mis en danger leur santé, sacrifiant leur scolarité au profit d’un travail dangereux dans les carrières. Mais LafargeHolcim et ses fournisseurs continuent de fuir leur responsabilité, même s’ils devraient apporter des réparations conformément aux principes directeurs de l’ONU pour les entreprises et les droits de l’homme», indiquent les ONG dans un communiqué. Elles demandent ainsi à la multinationale d’aider ces jeunes gens à reprendre une scolarité ou une formation professionnelle. Une affaire qui montre une fois de plus l’urgence de réglementer le devoir de diligence des entreprises par la loi, comme le réclame l’initiative pour des multinationales responsables. AA