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«Je n’ai pas peur de dire ce que je pense à la direction»

Giovanni Nola
© Thierry Porchet

Giovanni Nola restera toujours reconnaissant à Unia de l’avoir soutenu quand il s’est retrouvé seul à dénoncer des dysfonctionnements dans son entreprise.

Après trente ans à travailler comme ouvrier dans l’industrie de l’aluminium, son corps montre des signes d’usure. Giovanni Nola, employé chez Constellium, à Sierre, se remet en ce moment d’une opération au genou. «C’est un travail très physique, malgré les moyens de levage, confie le quinquagénaire. Et puis, on est debout toute la journée. Pendant plus de vingt ans, j’ai fait les trois-huit (tournus de trois équipes sur 24 heures, ndlr), et j’ai même travaillé régulièrement dans l’équipe du week-end. A la longue, la moitié des gens ont mal aux genoux, au dos ou ailleurs.» Ce Valaisan d’origine sicilienne, qui est aussi actif au sein du comité de l’industrie MEM à Unia, et entraîne par ailleurs une équipe de foot, commence donc à se dire qu’il va peut-être falloir songer à lâcher du lest quelque part.

Cela fait bientôt huit ans qu’il a intégré la commission du personnel de Constellium, dont il a un temps été le président. «A l’époque, ce sont les collègues qui m’ont poussé à y aller, raconte-t-il. Ils me disaient: “Vas-y toi, tu as une grande gueule!” Alors je me suis lancé sans trop savoir de quoi il s’agissait.» C’est aussi à ce moment qu’il adhère à Unia. «Avant, j’ai longtemps été dans un autre syndicat, mais Unia, c’est un autre monde. Ils sont vraiment impliqués et nous donnent les moyens de nous défendre.»

Unia, une affaire de famille
Il restera toujours reconnaissant au syndicat de l’avoir soutenu quand il s’est retrouvé seul à dénoncer des dysfonctionnements dans son entreprise, alors que ses collègues étaient intimidés par les pressions de la direction. «Il y a des gens qui trouvent que ça coûte trop cher d’être syndiqué, mais les cotisations, ça ne sert pas à rien. Les secrétaires syndicaux sont toujours disponibles quand on a besoin d’eux.» Ce père de trois enfants âgés de 17 à 25 ans a même fait adhérer toutes les personnes actives de sa famille. «Ma femme et mes deux plus grands enfants sont aussi à Unia, et mon père était déjà à la FTMH (l’un des deux syndicats qui ont donné naissance à Unia, ndlr).»

S’il naît à Sierre, Giovanni Nola grandit en Sicile. «Ce sont mes grands-parents qui m’ont élevé jusqu’à mes 6 ou 7 ans, alors que mes parents travaillaient en Valais.» C’est à cet âge qu’il les rejoint en Suisse. Ne parlant alors qu’italien, les premiers mois sont un peu difficiles. Aujourd’hui, tout en restant attaché à la Sicile, où il passe régulièrement ses vacances, il se dit Valaisan de cœur. «J’aime beaucoup les Valaisans. Ils sont sincères et francs, mais aussi très ouverts.»

Après sa scolarité obligatoire, le jeune homme suit un apprentissage d’installateur sanitaire. Il travaille ensuite dans le bâtiment, avant de retrouver un poste dans les sanitaires. Poste qu’il n’occupera jamais... «Je devais aller à Zurich signer le contrat, mais là, mon père, qui travaillait à l’usine d’Alusuisse, à Sierre, me dit que je peux m’y faire embaucher. J’ai accepté. Au début, c’était difficile. J’ai appris le métier sur le tas, et je trouvais ça très bruyant, avec les grues, les machines.» Mais il apprécie l’esprit familial qui règne alors dans l’entreprise. «Déjà quand j’étais gamin, les enfants des employés recevaient des cadeaux à Noël. Et quand j’ai moi-même été salarié chez Alusuisse, on m’offrait chaque fois une caisse de vin pour mon anniversaire. Aujourd’hui, ce n’est plus la même mentalité…»

Rachats successifs
En trente ans, l’ouvrier a vu l’usine changer cinq fois de mains. Jusqu’au rachat par le groupe Constellium, il y a une dizaine d’années. Comme dans beaucoup d’entreprises, la logique du profit a alors pris le pas sur le reste. «Par exemple, ils font des économies sur le chauffage et, certains matins, en hiver, on n’arrive pas à démarrer les machines parce que l’huile gèle…» Mais il admet que l’entreprise a été très correcte quand l’usine a été mise à l’arrêt quelque temps à la suite des inondations de juin 2024. «C’est vrai qu’il y a une partie des temporaires qui ont perdu leur travail, mais le personnel fixe a continué de toucher 100% de son salaire.»

Malgré l’usure du travail et ses diverses casquettes, Giovanni Nola n’exclut pas de rempiler pour un nouveau mandat à la commission du personnel. «On verra… Il faut des délégués qui soient prêts à se battre pour défendre leurs collègues. De mon côté, je n’ai pas peur de dire ce que je pense à la direction.»

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