Immobilisme coupable

Pollution de l’eau, des champs, de l’air. Travail d’enfants. Exportation de produits toxiques interdits dans nos frontières. Dommages sanitaires... Les scandales entachant le nom de sociétés helvétiques se multiplient sans émouvoir pour autant la Chambre haute. Sous la pression de puissants lobbys des entreprises, le Conseil des Etats a refusé, le 12 mars dernier, le contre-projet à l’initiative pour des multinationales responsables. Mouture qui avait été adoptée en juin par le National. Un texte moins exigeant que celui des initiants qui s’étaient néanmoins engagés à retirer le leur en cas d’adoption. Douche froide. Sans état d’âme les sénateurs ont préféré suivre les thuriféraires d’une économie en roue libre, principalement représentés par Swissholdings et Economiesuisse. Des faîtières qui ont redoublé d’efforts pour orienter le vote dans leur sens. Opiniâtreté que seuls des agissements irresponsables de leurs membres expliquent.

Reste que la majorité bourgeoise a refusé de légiférer en la matière. Pas question pour cette dernière de réclamer des comptes à, par exemple, des géants de l’extraction de matières premières comme le zougois Glencore. Des industries à l’origine, selon un rapport de l’ONU, de 50% des gaz à effet de serre. Et tant pis si ces activités s’exercent au mépris de populations et/ou de l’environnement. A une courte majorité, les élus ont refusé d’exiger des multinationales qu’elles s’assurent, sur toute leur chaîne de production, du respect des droits humains et de standards environnementaux minimaux. Ils ont jugé la proposition, bien qu’édulcorée par l’acceptation de compromis par les auteurs initiaux, trop rigide. Trop contraignante. La perspective d’obliger les compagnies à faire diligence et à répondre des actes de leurs filiales et fournisseurs n’a pas passé la rampe des consciences. Une exigence pourtant minimale à l’aune des juteux profits que réalisent les multinationales dans les pays où elles opèrent. Dont de nombreux Etats où la législation se révèle insuffisante ou non appliquée. Où la corruption a parfois pris le pas sur la justice. Situation laissant des communautés locales impuissantes et désarmées face à ces géants étrangers sans scrupules ne poursuivant d’autres buts que de maximaliser les profits. Indifférents aux conséquences écologiques et humaines désastreuses sur des populations qui ne tirent de leur présence que supplément de misère. Ironie totale... Les richesses de leur propre pays augmentant leur malheur. Dans ce contexte, seule une législation adaptée permettrait de changer la donne. En jouant un rôle préventif. En offrant la possibilité aux victimes de dommages collatéraux de porter plainte. Et d’obtenir réparation.

Si la question va retourner au Conseil national, elle sera certainement au final tranchée l’an prochain en votation populaire. Avec de fortes chances de l’emporter, l’initiative s’inscrivant aussi dans une lame de fond plus large en faveur de la justice climatique, avec notamment les extraordinaires mobilisations estudiantines. Et une société civile de plus en plus choquée par ces permis de polluer et de violer les droits humains en toute impunité. Une tendance qui n’a pas été prise en compte par les représentants des cantons prisonniers de schémas obsolètes et sous influence. Immobilisme pour le moins coupable.