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Des médias sous pression…

Logo de campagne en faveur du OUI.

La votation du 13 février sur l’aide aux médias met au centre la question de leur indépendance. Une problématique abordée lors d’une récente table ronde de Syndicom

Dans moins d’un mois, le 13 février, le peuple suisse sera appelé à se déterminer sur le train de mesures en faveur des médias décidé par le Parlement en 2021. Un paquet combattu par des opposants dénonçant un subventionnement étatique et attaquant, à grand renfort d’affiches, les soutiens supplémentaires qui pourraient être accordés à la presse régionale et associative, aux médias électroniques ou encore aux radios et télévisions locales. Les jeux ne sont pas encore faits, et les sondages sont pour le moins partagés.

Le 10 janvier, Syndicom organisait une table ronde avec des professionnels des médias pour débattre de ce train de mesures. L’indépendance des rédactions, élément crucial d’une information objective et de qualité, était une des thématiques de ce podium en ligne. Présente au débat, la conseillère aux Etats genevoise Lisa Mazzone a rappelé qu’il était faux de parler de subventions: «Les principaux éléments du projet sont des aides indirectes», a-t-elle précisé. Serge Gumy, directeur du Groupe Saint-Paul, éditeur du journal La Liberté et d’autres titres fribourgeois, évalue à 7 ou 8% la part des aides publiques au chiffre d’affaires de son groupe en cas de Oui au paquet. Aujourd’hui, cette part, constituée par un rabais sur la distribution des journaux, se situe autour de 4%. «On est loin d’un principe d’étatisastion», souligne-t-il, ajoutant que «l’indépendance rédactionnelle est absolument garantie». En tant qu’ancien journaliste et correspondant parlementaire, il témoigne n’avoir jamais reçu d’injonction du Conseil fédéral ou de quiconque. Il compte sur l’indépendance d’esprit des journalistes pour résister aux pressions qui peuvent exister, y compris de la part des annonceurs.

Des milliardaires à l’affût

Des pressions indéniables, note Olga Baranova, coordinatrice de la campagne du comité pour la diversité des médias, qui tendent à augmenter. «L’avantage de l’aide publique c’est qu’elle est démocratiquement légitime et qu’elle est transparente, vu qu’il n’y a aucune emprise sur le contenu. Qu’avons-nous en face? Nous avons l’argent, le grand capital. Les personnes qui le détiennent cherchent à avoir du pouvoir. Le plus simple pour elles c’est d’acheter un média», indique-t-elle, en invitant à regarder ce qui se passe aux USA, en France, en Russie. Et même en Suisse où les financeurs de certains titres, comme la Weltwoche ont un agenda politique très clair imposé aux rédactions.

Editeur d’une revue entièrement en ligne, Gotham City, spécialisée dans la criminalité économique, François Pilet subit des pressions au quotidien. Sa petite PME a été créée sans le moindre financement extérieur. Elle est régulièrement attaquée par des milliardaires empêtrés dans des affaires judiciaires et souhaitant que leur nom ne soit pas diffusé. «Le rôle des médias dépasse la seule activité de l’entreprise. Nous avons un rôle d’intérêt public dans le fait de dévoiler des infos. Cela nous confronte à des résistances qui dépassent notre statut de modeste PME», explique-t-il. Face aux attaques régulières en justice qui épuisent économiquement son titre, il considère qu’un modeste financement tel que prévu par le paquet d’aide serait «une compensation juste à notre apport au système public».

Marcher sur plusieurs jambes

Ces dérives liées au pouvoir économique inquiètent aussi le rédacteur en chef du Courrier. Philippe Bach estime qu’un refus au train de mesures le 13 février «donnera un signal politique extrêmement négatif. Cela signifiera que les milliardaires pourront faire la loi et acheter des journaux avec lesquels ils défendront leur politique.»

«Qui paie commande…» L’un des auditeurs de la table ronde a interpellé les professionnels présents sur le traitement de la crise Covid qui, dit-il, ne laisse aucune place à une opinion ou une analyse divergente de celle de l’Etat. Pour Serge Gumy, la réponse se trouve non pas dans l’aide aux médias ni dans les dires d’Alain Berset, mais dans le large consensus dans la communauté scientifique. «Force est de constater que l’on n’a pas encore trouvé des éminences qui remettent en question ce qui est considéré par certains comme la doxa», souligne-t-il. Quant à Philippe Bach, il estime que cette question du Covid a «cristallisé une méfiance par rapport aux médias» et risque bien d’influer sur la votation. Il rappelle néanmoins que les lecteurs paient et commandent aussi en partie. «Marcher sur plusieurs jambes permet de garder un certain équilibre.»

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