Combattre le racisme, ça commence à l’école
Le corps enseignant est encore très peu racisé, ce qui peut influencer les regards portés sur ces enjeux.
Les lieux de formation sont parmi les plus touchés. Dans le cadre de la Semaine d’action contre le racisme, le thème a été abordé avec la présentation d’un projet pilote vaudois.
En matière de discriminations, mieux vaut s’emparer du problème très tôt. En effet, cela peut se manifester déjà chez les plus jeunes, dès l’école primaire. L’an dernier, un rapport de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) a montré que les incidents racistes ont fortement augmenté en Suisse, et que les lieux de formation figurent parmi les principaux endroits concernés. Alors, comment sensibiliser les enfants et les étudiants? Exemple avec un projet pilote lancé par l’Unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire de l’Etat de Vaud (PSPS). Il a été présenté au public ce 19 mars dans le cadre de la Semaine d’action contre le racisme, qui se tient dans toute la Suisse.
Ce projet se base sur la lecture de livres sur cette thématique, et d’activités en lien avec ceux-ci. «Une prestataire externe a élaboré une sélection de quelques dizaines d’ouvrages de référence, baptisée “Ma bibliothèque antiraciste”, destinés aux élèves de la 1P à la 8P, explique Alexandra Papastefanou, référente de la prévention du racisme pour l’Unité PSPS. Il s’agit d’albums jeunesse qui thématisent cette question, mais aussi d’histoires où le personnage central est un enfant racisé. Varier les représentations et ne pas lire que des récits avec des protagonistes de type européen est un des points clés de la lutte contre le racisme. Ces ouvrages sont lus en classe et donnent lieu à des séquences didactiques.» Celles-ci varient selon l’âge des élèves.
Déconstruire les stéréotypes
Cela peut consister à discuter du contenu du récit, à expliciter le vocabulaire utilisé, à développer l’empathie, l’esprit critique, etc. «Avec les plus grands, on questionne certains stéréotypes et préjugés pour les déconstruire, poursuit Alexandra Papastefanou. Mais on ne va jamais dans l’intime, dans le vécu des élèves.»
Les retours ont été positifs et le projet va être étendu à d’autres écoles. Il s’inscrit dans le cadre du plan d’action annoncé à la rentrée scolaire 2024 par le Département vaudois de l’enseignement et de la formation professionnelle, qui concerne les niveaux obligatoire et post-obligatoire. Ce document rappelle le cadre légal et prône la tolérance zéro face aux propos et comportements racistes, tant de la part des élèves et de leurs parents que des professionnels. Il implique de plus la nomination dans les écoles de personnes référentes, chargées du traitement des incidents et du suivi des victimes.
Le plan d’action stipule que le corps enseignant et les directions d’établissements doivent eux aussi être sensibilisés et outillés, afin de pouvoir thématiser la question du racisme tout au long de l’année, notamment par l’organisation d’événements ponctuels, tels que des journées pédagogiques, par exemple. «C’est un travail continu et quotidien», résume Alexandra Papastefanou.
En amont, la formation des futurs enseignants et enseignantes revêt donc également un caractère crucial. Après la publication du rapport de la CFR, la Haute école pédagogique (HEP) du canton de Vaud a décidé de ne pas se limiter à une semaine contre le racisme, mais d’organiser tout un mois de mars antiraciste. Au programme (lien hypertexte : www.hepl.ch/evenements/mars-antiraciste-K1K.html), des expositions, ateliers, conférences, tables rondes, spectacles ou films.
Enseignants peu racisés
Depuis 2014, l’institution s’est dotée d’une instance pour lutter contre toutes formes de discriminations. Nicole Wegmann, référente pour la lutte contre le racisme à la HEP, remarque que le corps enseignant est encore très peu racisé, ce qui peut influencer les regards portés sur ces enjeux. «Lorsqu’on n’y est pas directement confronté, certaines réalités peuvent être plus difficiles à saisir dans toute leur complexité.» D’où l’importance de sensibiliser les personnes en formation à la HEP.
Celles qui se destinent à enseigner aux plus jeunes participent à un cours obligatoire sur les discriminations de genre et raciales. «Mais ça reste très modeste, puisque ça se limite à un cours sur les trois ans de la formation», note Muriel Guyaz, déléguée à l’égalité à la HEP. Dans la filière secondaire, un module est proposé à choix. «Une partie des étudiants et des étudiantes y prend part. Néanmoins, on se rend compte que ce sont surtout des personnes qui sont déjà conscientisées et qu’on ne touche pas forcément celles qui auraient le plus besoin d’être formées à ces enjeux.» K