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Au cœur de la mobilisation des salariés du Groupe St-Paul

Pancarte de soutien lors de la mobilisation
©Olivier Vogelsang

Dans la foule qui s'est mobilisée pour la presse régionale, on retrouve des journalistes, des correcteurs, des membres de l'équipe marketing, mais aussi des acteurs du monde politique et culturel fribourgeois. 

La société qui édite notamment le quotidien fribourgeois La Liberté veut supprimer 18 postes. Une centaine de personnes a clamé son soutien à une information régionale de qualité.

D’habitude, ils la relatent. Mais cette fois, ce sont eux qui font l’actualité. Les salariés du groupe fribourgeois St-Paul Médias SA, qui édite La Liberté, La Gruyère et La Broye, se sont réunis devant le siège de l’entreprise le jeudi 2 juillet pour protester contre les licenciements annoncés il y a deux mois. Le 30 avril dernier, l’éditeur avait indiqué vouloir supprimer 18 postes en équivalent plein temps (EPT) et ne former plus qu’une rédaction pour les trois titres. Sur le boulevard de Pérolles, au centre-ville de Fribourg, une centaine de personnes est rassemblée pour manifester son soutien à la presse régionale. Journalistes, équipes marketing, correcteurs, évidemment, mais aussi des représentants du monde politique et de la culture, cette dernière étant – selon les informations qui circulent – l’une des rubriques les plus touchées par les coupes prévues. Au-dessus de la foule, quelques affichettes sont brandies: «Sans journalistes, pas de journal !», «Gruyère râpée, Liberté Broyée».

A midi, sous les applaudissements, une délégation du personnel va remettre à la direction, dont les bureaux se trouvent juste en dessus de ceux de la rédaction, son rapport de consultation. Chiffres à l’appui, il démontre que ce licenciement collectif n’a pas de sens, assurent syndicom et impressum, les deux syndicats engagés dans cette lutte. Julie Rudaz est journaliste depuis 14 ans à La Liberté. C’est elle qui représente le personnel de St-Paul Médias SA. Elle explique le processus qui a mené à cette action. «Mardi a eu lieu une assemblée de l’ensemble du personnel du groupe. Je n’ai pas dû beaucoup insister pour organiser cette mobilisation. On sent que la colère est là.»

Peu de reconnaissance

Effectivement, au pied de l’édifice, coiffés de casquettes et de bobs aux couleurs des différents titres menacés, les employés disent leur incompréhension. «Nous sommes tous sous pression, regrette Angélique Eggenschwiler, salariée depuis 2021. Les équipes ont déjà été réduites ces dernières années via des ‘‘départs naturels’’ qui sont en réalité régulièrement des burn-out… Les gens ne se reconnaissent plus dans le métier. Malgré tous nos efforts pour couvrir la région, on a l’impression que notre travail n’est que peu reconnu par la direction.» Un sentiment qui ne devrait pas s’améliorer dans l’immédiat. Sollicité justement par La Liberté, qui a couvert la mobilisation, la direction de St-Paul Médias SA a indiqué «ne pas souhaiter s’exprimer à ce stade de la procédure».

Julie Rudaz, représentante du personnel
Julie Rudaz, journaliste et représentante du personnel du groupe, tient à saluer le travail de ses collègues: «Ce sont des héros du quotidien.»

Qu’ont demandé les salariés? «On considère que tous les licenciements peuvent être évités, explique Mathilde Matras, secrétaire syndicale romande presse et médias chez syndicom. Désormais, nous attendons une réponse argumentée de la direction.» Tout au long de la mobilisation, les valeurs humanistes dont se vante le Groupe St-Paul ont été rappelées. La société est la propriété de la Congrégation des Sœurs de Saint-Paul, communauté catholique fondée en 1873 par un chanoine. Une particularité dans le paysage médiatique romand qui a souvent valu au groupe une image de bon employeur. «On voit que les logiques comptables priment sur ces valeurs, analyse la secrétaire syndicale. St-Paul Médias SA reste un groupe de presse privé qui se comporte comme les autres groupes de presse privés.»

«On reste dans le flou»

Car l’annonce de licenciement collectif du 30 avril dernier n’est pas le premier au sein du groupe. Plusieurs postes avaient déjà été supprimés il y a trois ans, et un bureau fermé. St-Paul Médias a déjà perdu près de 20% de ses effectifs ces dernières années, rappelle impressum. «C’est pénible, parce que cette procédure dure longtemps, soupire Ludovic Roulin, correcteur. Tout le monde en a marre et voudrait entendre le fin mot de l’histoire… et recevoir de bonnes nouvelles. Selon nous, la situation n’est pas si mauvaise.» Une lassitude qui gagne aussi Angélique Eggenschwiler: «On reste dans le flou. Mais, malheureusement, on a appris à vivre dans l’incertitude lorsqu’on travaille dans le journalisme. Il n’empêche que le timing est très mauvais. On arrive à un grand carrefour pour le groupe, avec une refonte éditoriale complète. Ce n’est vraiment pas le moment de couper dans les forces vives des titres.»

Reste une source d’espoir: cette mobilisation du 2 juillet réussie. «Ça nous met du baume au cœur, sourit Ludovic Roulin. Et surtout, ça contribue à nous faire entendre. La lutte continue!» Julie Rudaz, responsable du personnel abonde. «On reste dans le dialogue et ce dernier n’est pas rompu. Mais aucune mesure n’est exclue. La mobilisation se fera sur le temps long. Quand nous avons remis le rapport de consultation à la direction, dans ses bureaux, les fenêtres étaient ouvertes. Je peux vous dire qu’on entendait fort la manifestation qui avait lieu dans la rue.» Peut-être la direction a-t-elle aussi entendu ce dernier cri, lancé à la toute fin de la mobilisation: «Et surtout, syndiquez-vous!»

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