Arrêt des activités non essentielles!

Le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint dans notre pays que déjà, depuis une bonne semaine, les milieux économiques, soutenus par l’UDC et le Parti libéral-radical (PLR), veulent lever les mesures mises en place pour limiter la contagion. Le Conseil fédéral leur avait déjà fait une immense concession, en poussant à la reprise des patrons qui, soucieux de la santé de leurs employés, les avaient mis au chômage partiel. Avec sa décision du 27 mars dernier, le gouvernement pose des conditions draconiennes aux cantons, tels que le Tessin, Genève et Vaud, qui avaient, à des degrés divers, répondus aux sollicitations des salariés, soutenus parfois par les entrepreneurs, afin d’arrêter les chantiers et les activités non indispensables. Et pour se faire entendre, le Conseil fédéral prend les grands moyens: si les conditions ne sont pas toutes remplies dans un canton qui souhaiterait aller plus loin, l’indemnisation du chômage partiel y serait tout bonnement supprimée…

Depuis lundi, des travailleurs et des apprentis, toujours interdits d’école professionnelle, sont retournés au travail, rappelés par des employeurs inquiets de ne pas avoir droit à ce qu’ils espéraient. Pendant ce temps, les milieux économiques et la droite libérale continuent leurs pressions. Cette même droite libérale qui, durant ces vingt dernières années, n’a cessé de prôner les restrictions budgétaires dans les services publics et les privatisations, avec les conséquences que l’on connaît aujourd’hui dans le système de santé. Ces tenants de l’économie exigent une réouverture des commerces et des entreprises après le 19 avril, date de fin de la «situation extraordinaire» prévue dans l’ordonnance fédérale. Pour eux, peu importe ce qu’il arrivera aux salariés obligés de retourner sur leur lieu de travail, souvent exigu, en recourant à des transports publics risquant d’être bondés.

Le PLR exige la réouverture rapide de tous les magasins pouvant respecter les mesures sanitaires. Mais on le sait, celles existantes aujourd’hui n’empêchent pas le personnel d’être en contact rapproché avec les clients. Et peu importe si des cas de contamination au travail ont déjà été rapportés. Comme en France, avec cette salariée de Carrefour décédée fin mars du Covid-19, ou cet intérimaire de Manpower travaillant chez Fedex, un service de livraison, qui a lui aussi succombé au virus alors que d’autres collègues étaient atteints. Le 30 mars, des employés d’Amazon à Manhattan ont fait grève face à l’absence de protections et aux nombreux cas positifs dans leurs entrepôts. Sur l’une de leurs pancartes, ce message: «C'est difficile de fermer une entreprise pour trois ou quatre semaines. Mais c'est encore plus difficile de fermer pour toujours le cercueil de quelqu'un qu'on aime!» Pour ne pas en arriver là, pour que la vie de tous soit protégée, il est urgent d’arrêter toutes les activités non essentielles!

Le Conseil fédéral doit annoncer de nouvelles mesures ce mercredi. La question d’un couvre-feu à Pâques est dans l’air. Un couvre-feu? Alors qu’on renvoie des salariés au travail? Ces relents autoritaires sont inquiétants. Le gouvernement n’en est pas à une contradiction près. Mais une telle décision ne serait que mépris et irrespect pour toutes celles et ceux qui, en suivant les mesures de précaution, se permettent quelques pas à l’air libre, et pour les ouvriers, les vendeuses, et tous les autres qui sont contraints de travailler et risquent à tout moment la contamination. Le Conseil fédéral devrait y réfléchir à deux fois…