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En verre et contre tout

Le fabricant de verre Vetropack a annoncé sa volonté de fermer le site de Saint-Prex, qui l’a vu naître en 1911, laissant 175 employés sur le carreau. Selon la direction, l’usine vaudoise ne serait plus rentable, elle nécessiterait un investissement de l’ordre de 30 millions de francs, qui ne serait pas viable. Pourtant, le groupe n’a eu de cesse depuis plus de trente ans d’investir… à l’étranger. Présent dans neuf pays, s’appuyant sur 3700 collaborateurs, Vetropack est devenu l’un des plus grands producteurs européens de verre d’emballage. En 2023, ses revenus ont avoisiné les 900 millions, son bénéfice net a atteint 63 millions, tandis que ses investissements se sont montés à 238 millions. Soulignons encore que la multinationale peut s’appuyer sur quelque 130 millions de liquidités. Difficile devant ces chiffres de croire qu’il n’existe pas de solution pour sauver la dernière verrerie de Suisse.

Soutenus par Unia et Syna, les salariés ne manquent pas d’idées pour maintenir l’activité. Encore faut-il qu’ils obtiennent une oreille attentive de la direction. Pour maximiser les résultats, les managers n’ont souvent pas d’état d’âme à fermer une usine. Ils n’ont cure que des ouvriers se retrouvent sans emploi et qu’une région perde un précieux savoir-faire. Mais là, il y a quand même quelque chose qui ne tourne pas rond. Je m’explique: Saint-Prex est la seule usine suisse qui recycle le verre usagé pour fabriquer de nouveaux récipients. La moitié des bouteilles et des bocaux que nous jetons dans les containers est déjà recyclée à l’étranger; demain, si la direction de Vetropack met en œuvre son funeste plan, ce sera la totalité qui sera fondue en Autriche, en Croatie ou en République tchèque. Envers et contre tout bon sens à l’heure où la catastrophe climatique nous oblige à privilégier les circuits courts.

Mais, tandis que les élus et les autorités du canton de Vaud font leur job en s’engageant pour la défense du site, Guy Parmelin semble se tourner les pouces. Faudrait p't-être que notre conseiller fédéral en charge de l’Economie se secoue un peu. Surtout que Vetropack n’est pas un cas isolé. Les deux entreprises sidérurgiques du pays, Stahl Gerlafingen et Swiss Steel, ont ainsi fait part de leurs difficultés. Stahl Gerlafingen a annoncé l’arrêt d’un laminoir et la suppression de 95 emplois. Alors que l’Union européenne et les Etats-Unis soutiennent massivement leurs industries et multiplient les projets, la politique industrielle de la Suisse, elle, est proche de l’encéphalogramme plat. Nos voisins disposent de ministères de l’industrie, ça ne nous ferait pas de mal de pouvoir compter à Berne sur un Monsieur ou une Madame Industrie, ou, encore mieux, un secrétariat d’Etat consacré au secteur. Et surtout, comme le réclame depuis longtemps Unia, que soit élaborée et mise en œuvre une véritable politique industrielle permettant de maintenir l’activité et les emplois autant que d’assurer la transition écologique.