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Baignades en eaux troubles

L’été bat son plein. La chaleur est au rendez-vous. Aller se baigner est toujours une bonne idée. Et puis, nous sommes chanceux, nous en Suisse, avec nos beaux lacs bien proprets. Eh bien, c’est le moment de rappeler – désolée de casser l’ambiance – que notre somptueux Léman n’a rien à envier aux autres en matière de plastiques… Il semblerait même qu’il y en ait de plus en plus, avec toutes les conséquences que cela engendre pour la faune et la flore lacustres, mais aussi pour les humains. En 2018, des chercheurs ont évalué cette contamination à 50 tonnes par an, dont 60% proviennent de l’altération des pneus sur les routes et 20% des emballages et des déchets sauvages. Dans son dernier bulletin du mois de juin, l’Association pour la sauvegarde du Léman détaille comment a été mené son projet d’évaluation de l’état des stocks de macro et de microplastiques sur les plages lémaniques. Les résultats de ce recensement, conduit en grande partie entre 2021 et 2022, est édifiant.

Au total, un peu moins de 7500 éléments de plastique ont été récoltés sur les 1700 mètres de ligne d’eau que comptent les 25 plages lémaniques sélectionnées. A noter, et c’est très important, que ces plages étant publiques, elles sont nettoyées régulièrement par des agents municipaux… L’étude montre que les plages suisses de l’Empereur aux Grangettes et de Rive-Bleue au Bouveret, tout comme celle d’Excenevex en France, affichent une concentration en plastiques plus de deux fois supérieure à celle des autres plages. Qu’est-ce qu’on a au menu? Du film alimentaire plastique (27%), des granulés plastiques (18%), des cotons-tiges (8%), des bouchons PET (6%), des bâtonnets de sucette (4%) et tant d’autres trésors qui vont du gobelet au briquet en passant par le maintenant célèbre masque chirurgical… Ces chiffres sont révélateurs. Hormis le fait que les enfants mangent trop de bonbons (ça fait quand même 300 bâtons de sucette…), il y a un vrai problème de civisme – chez les petits comme chez les grands – et/ou un manque de conscience des enjeux pour l’environnement.

Du coup, peut-être est-ce important de rappeler ici que le plastique est un dérivé du pétrole, et qu’il pollue de sa création à son élimination, puisque seulement 9% du plastique mondial est recyclé. Les 12% sont incinérés, et le reste est tout simplement abandonné dans la nature… A lui seul, le plastique a généré 1,8 gigatonne (soit en milliard de tonnes) de gaz à effet de serre dans l’atmosphère en 2019, soit 3,4% des émissions mondiales. C’est l’industrie qui a la croissance la plus rapide, avec une prévision de 4,3 gigatonnes en 2060. Ben évidemment, le plastique, c’est fantastique, pourquoi s’en passer? La seule et unique vraie solution serait pourtant d’arrêter d’en produire, mais les principaux pourvoyeurs (la Chine et les Etats-Unis), et les Etats pétroliers sont loin d’être de cet avis et promettent encore de belles années à cette arme de destruction massive. Le seul levier, c’est nous, consommateurs. A nous de trouver des alternatives au plastoc, d’être plus vigilants et de mieux sensibiliser nos marmots. Il en va de la survie de la planète. A bon entendeur, et bel été!